Système de notation

Pendant plus de six ans, j’ai publié mes capsules informatives et mes recommandations de vin sur le site La Page vinicole de Marie-France. Six ans est une éternité dans le monde de la gestion de l’information; il me tardait donc de moderniser mon site web.  Mon nouveau blog, Les bacchuseries de Marie-France, se veut plus convivial. Dorénavant, vous aurez accès à des outils de furetage tels qu’un menu déroulant et une fonction de recherche par mots-clés, lesquels faciliteront les recherches d’articles par sujet.

Dans mes efforts d’accroître la convivialité de mon site web, j’en ai profité pour réviser mon système de notation. J’utilise dorénavant une échelle de notation sur 20 points. Pourquoi?  Cela me permet de mieux nuancer les niveaux de qualité des diverses cuvées que je commente chaque mois.

Le Bacchus de Michelangelo

Pourquoi pas alors une échelle sur 100 points, système très populaire auprès de certains critiques de vin, surtout en Amérique du Nord? Pour la simple raison que je trouve ce système trop subjectif. J’ai discuté de cette question avec quelques critiques de vin qui utilisent l’échelle à 100 points, leur demandant de m’expliquer rationnellement et concrètement la différence entre un vin à 89 points et un autre à 90 points (ou encore entre 85 et 86 points)? Aucun n’a réussi : les réponses restent profondément vagues et ambiguës. Les mots ne peuvent expliquer clairement ces faibles écarts de points. La subjectivité prend le dessus. Néanmoins, le système à 100 points reste populaire parce que c’est celui que plusieurs d’entres-nous ont connu à l’école. À cette époque, vous vous rappelez, obtenir une note de 90 % était considéré comme une grande réussite. La note de 90 points constitue un seuil psychologique important dans nos esprits, lequel s’est transposé dans l’analyse du vin.

On ne peut nier la subjectivité qui colore l’analyse du vin, entre autres à cause des goûts personnels, lesquels sont influencés par plusieurs facteurs dont la culture œnologique et gastronomique de la région d’origine du dégustateur. Certains critiques de vin voudront vous faire croire qu’ils sont au-dessus de cette influence des goûts personnels – ils se leurrent. Pour se rendre compte de la portée de ces facteurs d’influence personnelle et culturelle, il suffit de lire les notes de dégustation de sources américaines tels que WineSpectator ou Robert Parker, lesquels favorisent plus souvent qu’autrement les vins à la matière fruitée bien extraite et au boisé insistant, puis les comparer, par exemple, à des critiques européens tels que Jancis Robinson ou Michel Bettane, lesquels tendent à favoriser les vins plus secs et moins extraits, ceux-ci s’avérant plus souvent qu’autrement de meilleurs compagnons à la table. Je ne dis pas qu’une approche est supérieure à l’autre : ça demeure une question de goûts et de préférences.

Je n’échappe pas à cette influence des goûts personnels. Ainsi, à titre illustratif, je n’ai jamais été émue par les vins de zinfandel, alors que je garde des souvenirs indélébiles de grandes cuvées de Bordeaux ou de Brunello di Montalcino. Donc, pour mitiger l’influence de mes goûts personnels (en d’autres termes, pour essayer d’être davantage objective dans l’appréciation du vin), je m’efforce d’analyser une cuvée dans son contexte, entre autres, en tenant compte du terroir dont elle est issue.

Un zinfandel n’est pas supposé goûter comme un grand vin de Bordeaux, alors il serait injuste de le comparer à un cru classé. Les vins de zinfandel sont vinifiés pour offrir un profil organoleptique différent et unique en son genre. Donc, lorsque j’analyse un zinfandel, j’évalue comment il se compare vis-à-vis d’autres zinfandels. Est-ce que la cuvée représente bien la typicité du cépage ou du terroir dont elle est issue? Est-ce que ses éléments (tanins, acidité, alcool, matière fruitée) sont en équilibre? Le vinificateur a-t-il réussi à imputer à cette cuvée une qualité qui la démarque des autres vins de l’appellation (profondeur, harmonie, originalité, complexité)?

C’est ainsi que je suis capable d’accorder une excellente évaluation à un zinfandel qui se démarque particulièrement bien, alors que dans une même chronique, je peux exprimer une déception vis-à-vis un grand cru bordelais réputé qui ne livre pas tout son potentiel pour une raison ou une autre (pauvreté du millésime, erreur de vinification, défaut organoleptique qui s’est développé avec le temps, etc.). C’est ainsi que je peux également accorder une note exceptionnelle à un vin qui se détaille sous la barre des 20 $ si celui-ci s’avère un modèle d’harmonie et d’expression aromatique, alors qu’une autre cuvée se détaillant à plus de 100 $ peut se mériter une note pondérée si elle ne rencontre pas mes attentes pour un vin dans cette gamme de prix.

C’est donc dire que mon système de notation est relatif et non pas absolu. L’analyse du vin n’étant pas une science exacte, je suis d’avis qu’il serait absurde de décrire le vin en des termes absolus. Il reste toutefois qu’une formation appropriée dans l’analyse du vin permet d’identifier des marqueurs qualitatifs importants, peu importe le terroir ou l’encépagement. Ces marqueurs, tels que l’équilibre des éléments, la persistance des saveurs, la structure et le potentiel de vieillissement, permettent d’évaluer la qualité d’une cuvée et de la comparer à une autre. C’est dans le contexte de cette approche analytique que j’offre mes recommandations des meilleures cuvées que je déguste chaque mois.

Mon système de notation sur une échelle de 20 points se définit comme tel :

0-10 points — le vin affiche un défaut évident – en règle générale, je ne commente pas ces vins sur mon site.

11-14 points — le vin est quelque peu déficient au plan qualitatif; malgré cela, si le prix vous convient, il peut vous apporter du plaisir.

15-16 points — cuvée bien vinifiée qui mérite votre attention si le prix vous convient.

17-18 points — cuvée hautement recommandable peu importe la plage de prix.

19-20 points — fabuleuse expérience bachique qui génère des émotions et qui laisse des souvenirs indélébiles.