L’esprit du vin en peinture

À toutes les époques, le vin est une source d’inspiration pour les arts visuels. Les artistes-peintres ont profusément associé le vin au divin, au sacré et au profane. Les arts visuels ont servi à illustrer l’histoire sociale et culturelle du vin. À travers l’histoire des arts visuels, trois thèmes principaux émergent : les dieux antiques du vin Bacchus et Dionysos; la symbolique du sang du Christ dans le christianisme; et le vin comme source de plaisir.

Ce qui suit est une sélection personnelle d’œuvres d’art marquantes explorant le rôle et la symbolique du vin et de la vigne à travers les âges.

Les premiers dieux du vin : Osiris, Dionysos et Bacchus

C’est en Égypte que l’on a retrouvé les plus anciennes activités liées à la viticulture. Des hiéroglyphes datant de 3 200 ans avant notre ère, représentant des piquets supportant des pieds de vigne, ont été découverts en Égypte.

Des fresques ont également été retrouvées dans les chambres funéraires de Louxor. Il s’avère que le premier dieu du vin est Osiris, lequel est également le dieu du cycle de la végétation et de la vie après la mort. Les Égyptiens surnommaient parfois le vin « la sueur de Ré », le dieu solaire.

chambre funéraire du prince Khâemouaset

Fresque murale de la chambre funéraire du prince Khâemouaset, quatrième fils de Ramsès II et le deuxième de la seconde grande épouse royale Isis-Néféret, par Ägyptischer Maler, c. 1500 av. J.-C. (Louxor, Égypte). Cette fresque illustre la culture de la vigne, de la vinification et du commerce du vin dans l’Égypte ancienne.

Par la suite, autant les civilisations grecque que romaine ont rendu hommage au vin et à la vigne en lui dédiant un dieu : Dionysos chez les Grecs et Bacchus chez les Romains. Le dieu du vin symbolise le délire mystique. Les fêtes de Dionysos (les dionysies) et de Bacchus (les bacchanales) étaient littéralement un hymne à l’ivresse, laquelle, croyait-on, permettait de se rapprocher de leur dieu.

Bacchanalia par Titien 1523-24

Bacchanales, par Tiziano Vecellio (huile sur toile), 1523-1524 (Musée du Prado, Madrid, Espagne). Tiziano Vecellio, communément appelé Titien en français, était un peintre italien de la Haute Renaissance (période qui s’étend approximativement de 1485 à 1576); il fut très influent à Venise. Titien, dont le talent a été profusément reconnu de son vivant, était fasciné par les thématiques mythologiques; cette passion se reflète dans ses œuvres.

Selon la mythologie romaine (essentiellement calquée sur la mythologie grecque), Bacchus (Dionysos) est le fils de Jupiter (Zeus) et de la mortelle Sémélé, fille du roi de Thèbes. Jupiter trompe son épouse Junon avec Sémélé et lui fait un enfant, Bacchus. Par vengeance, Junon incite Sémélé à demander à Jupiter (qui a promis d’accomplir tous ses souhaits) de se montrer dans sa pleine gloire. Jupiter ne peut se dédire et s’exécute ainsi à la demande de Sémélé : en apparaissant sous sa forme réelle, il la foudroie. Il recueille alors le fœtus et le coud dans sa cuisse, le cachant pour un temps des représailles de Junon. Jupiter confie Bacchus aux nymphes de Nysa (déesses subalternes associées à la Nature). Une vigne dissimule leur grotte et le jeune dieu s’en nourrit : c’est là qu’il crée le vin.

À ses débuts, la représentation du vin dans les arts visuels est inspirée principalement de la mythologie et de la religion. Ainsi, dans l’Antiquité, les représentations de Bacchus/Dionysos sont nombreuses sur les vases peints, les bas-reliefs et les monnaies.

L’intérieur d'une coupe athénienne à figures rouges, par Peintre de la Cage, c. 490-480 av. J.-C.

L’intérieur d’une coupe athénienne à figures rouges, par Peintre de la Cage, c. 490-480 av. J.-C. (Musée du Louvre, Paris, France). Illustration d’un jeune homme utilisant une œnochoé (la cruche à vin dans sa main droite) pour puiser le vin d’un cratère et remplir son kylix (la coupe évasée dans sa main gauche). Sa nudité montre qu’il sert d’échanson (sommelier des rois et des divinités) dans un symposium (banquet).

Détails d’un vase en céramique à figures rouges, par le Peintre de Cléophradès

Détails d’un vase en céramique à figures rouges, par le Peintre de Cléophradès (aussi épelé Kléophradès), c. 510 – 470 av. J.-C. (Munich, Allemagne). Le Peintre de Cléophradès est considéré comme l’un des meilleurs peintres de vases athéniens à figures rouges de la seconde génération du « style sévère »; il est reconnu pour son désir de donner une vie intérieure à ses personnages. Dans le « style sévère » (période qui s’étend approximativement de 500 à 475 av. J.-C.), l’être humain devient un sujet privilégié et le corps humain est reproduit de façon précise, autant en ce qui a trait aux détails qu’aux proportions.

Les divers visages de Bacchus/Dionysos

Dans les arts visuels, on ne donne pas toujours à Bacchus/Dionysos la même apparence. Parfois, il a une grande barbe, une chevelure aux longues tresses et il est vêtu d’une tunique traînante. Selon d’autres représentations, c’est un jeune homme aux formes efféminées, parfois avec un regard plein de lassitude. Ou alors, il a des cornes de taureau, symbole de la force nouvelle que le vin communique au corps. Bacchus/Dionysos est d’ailleurs fréquemment associé au taureau et au bouc, animaux jugés particulièrement féconds. Souvent, Bacchus/Dionysos est représenté avec une lierre ou une couronne de feuilles de vigne sur la tête.

Bacchus buvant Guido Reni 1623

Bacchus buvant (huile sur toile), par Guido Reni, 1623 (Dresde, Allemagne). Guido Reni était un peintre italien ayant adopté un style principalement baroque mais évoluant vers le classicisme. Le style baroque est un mouvement artistique originaire d’Italie qui date du 16e et du 17e siècles. Le baroque se caractérise par «l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, la grandeur parfois pompeuse et le contraste.»

Jeune Bacchus (huile sur toile), par Tommaso Salini, 17e siècle

Jeune Bacchus (huile sur toile), par Tommaso Salini, 17e siècle (collection privée). Salini était un peintre italien baroque spécialisé dans la peinture de genre (la vie quotidienne) et la nature morte. Comme tant de peintres avant et après lui, Salini fut influencé par le style dramatique de Caravaggio. Malheureusement, peu de ses œuvres ont pu être retrouvées.

Jeune Bacchus, par Sergei Solomko, 1884

Jeune Bacchus, par Sergei Solomko, 1884. On connaît aujourd’hui les œuvres de l’artiste russe Sergei Solomko grâce aux anciennes cartes postales qui ont été publiées avant la révolution russe de 1917 : la reproduction d’œuvres d’art sur des cartes postales permettait de mieux faire connaître les artistes auprès de la population en général. La critique sur les œuvres de Solomko a souvent été divisée: à cette époque où les œuvres sociopolitiques étaient la norme, les artistes comme Solomko qui expérimentaient avec un nouveau style ont souvent été désignés «décadents».

Bacchus Caravaggio 1596

Bacchus, par Michelangelo Merisi da Caravaggio (huile sur toile), c. 1596 (Galerie Uffizi, Florence, Italie). Voilà une illustration classique de Bacchus, avec des raisins et des feuilles de vigne dans les cheveux, drapé à l’antique et une épaule dénudée. Caravaggio est considéré comme le maître du style baroque. Le Bacchus de Caravaggio illustre la symbolique du renouveau de la végétation et de l’ivresse mystique : le vin, les feuilles de vigne de la coiffe, la corbeille de fruits et de feuilles, la mine languissante de Bacchus et son regard un peu absent. La façon dont Bacchus tient son verre est presque une invitation à le joindre. Caravaggio a peint une petite réflexion de lui-même sur la carafe (coin gauche inférieur). La toile a été commandée au peintre par le cardinal Francesco Maria del Monte pour faire un cadeau à Ferdinand Ier de Médicis à l’occasion des noces de son fils Cosme II.

Tête de Bacchus, un fragment du Triomphe de Bacchus, par José (Jusepe) de Ribera, première moitié du 17e siècle

Tête de Bacchus, un fragment du Triomphe de Bacchus, par José (Jusepe) de Ribera, première moitié du 17e siècle (Musée du Prado, Madrid, Espagne). José de Ribera, né en Espagne, s’établit en Italie en 1612. Il fréquente alors le milieu des caravagistes à Rome avant de s’établir à Naples en 1616; il devient subséquemment le peintre favori des vice-rois espagnols. Son œuvre est inspiré du ténébrisme de Caravaggio, utilisant la technique du clair-obscur pour apporter un certain mystère.

Dans les arts visuels, Bacchus peut également être représenté en état d’ébriété. Parfois, un satyre (demi-dieu à jambes de bouc, aussi appelé silène ou faune) le soutient dans ses mouvements chancelants.

Fragment d’un mur romain, par un peintre inconnu, c. 1-75 av. J.-C.

Fragment d’un mur romain, par un peintre inconnu, c. 1-75 av. J.-C. (Villa de Getty, Malibu, États-Unis). Illustration des époux Dionysos et Ariane dansant avec des coupes de vin. Selon la mythologie grecque, Ariane est la fille du roi de Crète Minos (fils de Zeus et d’Europe) et elle aussi la demi-sœur du Minotaure.

Bacchus (marbre), par Michelangelo, 1497

Bacchus (marbre), par Michelangelo, 1497 (Musée national de Bargello, Florence, Italie). Cette sculpture d’une hauteur de 203 cm du célèbre sculpteur, peintre, architecte et poète italien de la Haute Renaissance dévoile un Bacchus un peu efféminé et en état d’ébriété (ce qui était révolutionnaire à l’époque), avec des yeux révulsés et un corps vacillant, tenant une coupe de vin dans la main droite. Un satyre mange une grappe de raisin qui semble tomber de la main gauche de Bacchus; cette même main tient aussi une peau d’animal. La statue avait été commandée pour les jardins du cardinal Raffaele Riario, lequel collectionnait les sculptures classiques. Mais le cardinal refusa la sculpture de Michelangelo, laquelle aboutit quelques années plus tard dans la collection de Jacopo Galli, le banquier commun de Michelangelo et du cardinal. La statue fut transférée à Florence en 1572.

Bacchus Caravaggio 1593

Jeune Bacchus malade, par Caravaggio, 1593 (Galerie Borghese, Rome, Italie). Cette autre peinture de Caravaggio montre Bacchus sous un angle moins glorifié que l’œuvre précédemment notée. Cette illustration est un autoportrait de Caravaggio alors qu’il tomba malade peu de temps après son arrivée à Rome en 1592. Bien que l’Histoire ne retient pas les détails de sa maladie, des indices laissent croire qu’il aurait attrapé la malaria. La peau et les yeux jaunâtres de Bacchus (proche de la couleur des pêches sur la table) sont indicatifs d’une maladie hépatique élevant le niveau de bilirubine dans le système, causant ainsi une coloration jaunâtre de la peau et des muqueuses (une jaunisse). Dans cette œuvre, Caravaggio choisit de s’écarter des règles définies à l’époque : il fut l’un des premiers à représenter Bacchus malade, ce qui est inhabituel pour une divinité.

Le Triomphe de Bacchus, aussi connu sous le nom Les Ivrognes, par Diego Velásquez, 1628-1629

Le Triomphe de Bacchus, aussi connu sous le nom Les Ivrognes, par Diego Velásquez, 1628-1629 (Musée du Prado, Madrid, Espagne). Velásquez est un peintre baroque considéré comme l’un des plus grands artistes espagnols; Manet, émerveillé par le talent de Velásquez, le qualifie de « peintre des peintres ». À l’âge de 24 ans, Velásquez devint le protégé du roi Philippe IV après avoir fait son portrait. Parmi les œuvres conservées de cette époque, Le Triomphe de Bacchus est l’une des plus célèbres du peintre; Velásquez fait un clin d’œil dans cette toile au Bacchus de Caravaggio. Ce fut la première composition mythologique de Velásquez.

Bacchus ivre (huile sur toile), par Peter Paul Rubens, 1640

Bacchus ivre (huile sur toile), par Peter Paul Rubens, 1640 (Musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg, Russie). Rubens, né en Allemagne mais ayant surtout vécu à Anvers aux Pays-Bas, est l’un des artisans de la Contre-réforme (le mouvement par lequel l’Église catholique romaine réagit, dans le courant du 16e siècle, face à la Réforme protestante) et l’un des maîtres du style baroque. Il a vécu un certain temps en Italie pour étudier les œuvres de Raphaël et surtout de Caravaggio. Son interprétation de Bacchus est loin d’être flatteuse, illustrant les excès du vin et de la bonne chair.

Dans les arts visuels, Bacchus/Dionysos porte souvent une peau de panthère ou de léopard. Dans l’Antiquité, les panthères ou les léopards (parfois d’autres félins sauvages tels le lynx ou le tigre) sont les montures préférées de Bacchus/Dionysos; les félins tirent parfois aussi son chariot. Alors que la panthère devrait typiquement générer de la crainte, les peintres antiques y associaient plutôt un symbolisme positif, celui de pouvoir résister aux plaisirs charnels de ce monde. D’ailleurs, les prêtres de Dionysos portaient souvent des peaux de panthère. À l’époque, les panthères étaient admirées et elles furent importées d’Afrique pour les faire parader dans les arènes et les faire « participer dans des jeux ».

Mosaïque de la Maison de Dionysos

Mosaïque de la Maison de Dionysos, par un artiste inconnu, c. 4e siècle av. J.-C. (Musée archéologique de Pella, Macédoine). Dionysos monté sur une panthère.

Bacchus (à l'origine huile sur bois), attribué à Leonardo da Vinci ou un disciple inconnu de son atelier, 1510-1515

Bacchus (à l’origine huile sur bois), attribué à Leonardo da Vinci ou un disciple inconnu de son atelier, 1510-1515 (Musée du Louvre, Paris, France). Le tableau représente un homme avec des cheveux en guirlande et une peau de léopard. Il pointe de sa main droite une thyrse (grand bâton évoquant un sceptre) qu’il tient dans sa main gauche. La peinture représentait à l’origine Jean le Baptiste. Entre 1683 et 1693, elle fut repeinte et modifiée pour représenter Bacchus.

Le Triomphe de Bacchus et Ariane, par Annibale Carracci, c. 1597- 1600

Le Triomphe de Bacchus et Ariane, par Annibale Carracci, c. 1597- 1600 (panneau central de la galerie du Palais Farnèse, Rome, Italie). Cette peinture est une illustration classique des déplacements de Bacchus et d’Ariane (dans ce cas, vers leur lit conjugal), sur des chars tirés par des tigres et des boucs, accompagnés par des satyres (demi-dieu à jambes de bouc), des nymphes (déesses subalternes associées à la Nature) et des bacchantes (femmes qui célébraient les mystères de Bacchus-Dionysos).

Bacchus garçon (huile sur toile), par Guido Reni, 1615-20

Bacchus garçon (huile sur toile), par Guido Reni, 1615-20 (Galerie Palazzo Pitti, Florence, Italie). Comme plusieurs autres peintres de Bologne, Reni avait adopté un style éclectique et thématique. De façon générale, ses œuvres sont souvent empreintes de sensualité mais sans exclure la religiosité : le Vatican lui passa d’ailleurs plusieurs commandes tout au long de sa carrière.

Le Triomphe de Bacchus, par Michaelina Woutiers, milieu du 17e siècle

Le Triomphe de Bacchus, par Michaelina Woutiers, milieu du 17e siècle (Musée Kunsthistorisches, Vienne, Autriche). L’Histoire retient peu d’information sur la vie de Michaelina Woutiers, autre qu’elle était originaire de Mons en Belgique et qu’elle fut une peintre de la cour viennoise, une rareté pour une femme. On retient de Woutiers qu’elle fut une des rares femmes-artistes à avoir exploré avec succès tous les styles de peinture, tels que les portraits, les natures mortes, la peinture de genre (la vie quotidienne) et les représentations historiques. Bien que Le Triomphe de Bacchus ait été réalisé pendant la Contre-réforme, Woutiers y a inclus un autoportrait à demi-nue, ce qui était considéré alors comme un acte de bravoure. À noter encore une fois la symbolique de la peau de panthère et du bouc.

Autel à Dionysos, par Gustav Klimt, 1886–1888

Autel à Dionysos, par Gustav Klimt, 1886–1888 (plafonds du théâtre de Vienne, Autriche). Le peintre symboliste autrichien Gustav Klimt était l’un des membres les plus en vue du mouvement Art nouveau de Vienne. L’art de Klimt porte surtout sur les femmes qu’il représentait sous diverses formes, souvent sensuelles, à travers des portraits, des nus et des allégories. Klimt aimait également mêler les styles égyptien, grec classique, byzantin et médiéval. Pour ses portraits de femmes, Klimt se tournait vers la mythologie antique pour peindre des personnages de caractère. Dans son Autel à Dionysos, il choisit de représenter des femmes enivrées par le vin et l’amour de leur dieu. À noter encore une fois cette fameuse peau de léopard typiquement bachique sur laquelle est étendue la femme de droite.

Le christianisme, source d’inspiration pour les peintres classiques

Dans le christianisme, la symbolique de la vigne et du vin est omniprésente : le vin et la vigne sont d’ailleurs cités 443 fois dans la Bible (source : « Le vin dans la religion », Pierre Androuet, p. 138).

Le Nouveau Testament, pour sa part, relate plusieurs histoires où le vin tient une symbolique, telle que la Cène où Jésus consacre le pain et le vin. La Cène est d’ailleurs un sujet qui fut exploré par une multitude de peintres, dont le plus célèbre est certes Leonardo da Vinci. Dans le christianisme, le pain et le vin sont des symboles puissants, représentant le corps et le sang du Christ, célébrés lors de l’eucharistie. C’est grâce à ce rite sacré que l’on doit la survie de la viticulture en Occident.

La Cène da Vinci

La Cène da Vinci

La Cène (originale en haut, restaurée en bas), par Leonardo da Vinci, 1495–1498 (Église Santa Maria delle Grazie, Milan, Italie). La Cène (terme issu du latin « cena » qui signifie repas du soir) est le nom donné par les chrétiens au dernier repas que Jésus-Christ prit avec les douze apôtres le soir du Jeudi saint, avant la pâque juive, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa crucifixion, et trois jours avant sa résurrection. La plus récente restauration de cette fameuse peinture a débuté en 1979 pour être complétée en mai 1999, afin de restaurer la peinture écaillée. La restauration a permis de recouvrir des fragments de peinture originale qui avait été recouverte par des « restaurations » précédentes.

Bien que l’Église condamne l’ivresse, le rituel chrétien de la messe et de la communion exige un approvisionnement continu des paroisses en vin. Au Moyen Âge, les monastères se multiplient à travers l’Europe : des régions entières se spécialisent alors en viticulture. L’Église joue un rôle primordial dans l’acclimatation de la vigne et de la diffusion de la viticulture dans les régions septentrionales d’Europe. Les monastères sont non seulement des institutions religieuses mais également des centres socio-économiques importants autour desquels les vignes y sont cultivées. La culture de la vigne devient l’une des activités agricoles principales des monastères pour répondre non seulement aux besoins de la messe mais également à ceux des prélats et de l’hostellerie, grâce auxquels les monastères s’enrichissent grassement.

Moine goûtant son vin, enluminure du « Li livres dou santé », par Aldobrandino da Siena

Moine goûtant son vin, enluminure du « Li livres dou santé », par Aldobrandino da Siena, dernière moitié du 13e siècle. Un maître de chai et moine bénédictin goûte le vin d’une barrique en même temps qu’il verse sa ration autorisée dans une cruche. Cette enluminure est une satire réalisée par un moine copiste.

L’influence musulmane

Chez les musulmans, le vin est à la fois un objet de répulsion et l’une des récompenses du paradis promises par le Prophète. Bien que de nos jours l’islam professe clairement la prohibition de l’alcool, ce ne fut pas toujours le cas. En fait, Mahomet naquît dans une culture moyen-orientale qui louait le vin, lequel faisait partie de la vie quotidienne de La Mecque au 6e siècle, étant même produit localement. Il est intéressant de noter que le mot « alcool » vient de l’arabe « al-kohol » et que c’est la civilisation arabe qui a inventé l’alambic (« al-anbîq » en arabe), lequel permet la distillation.

Peinture murale de la salle de banquet du Palais de Chehel Sotoun, par un artiste inconnu, 17e siècle

Peinture murale de la salle de banquet du Palais de Chehel Sotoun, par un artiste inconnu, 17e siècle (Isfahan, Iran). Une femme perse verse du vin durant la période séfévide (la dynastie des Séfévides régna sur l’Iran, l’ancienne Perse, de 1501 à 1736). En Iran, le vin des perses est un breuvage chargé de symboles; il fut un thème privilégié dans la littérature classique, le folklore, les légendes et la poésie perses pendant plus de mille ans. Le vin n’est alors pas une marque de dépravation, mais l’expression d’un désir d’échapper, à certains moments, aux préoccupations matérielles de la vie de ce monde.

Vers la fin du 16e siècle, la peinture illustre régulièrement le rôle du vin dans la vie quotidienne et dans la recherche du plaisir, et cela jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le goût incomparable du vin et l’ivresse qu’il procure en font le symbole des plaisirs terrestres.

Le déjeuner des Canotiers (huile sur toile), par Auguste Renoir, 1880-1881

Le déjeuner des Canotiers (huile sur toile), par Auguste Renoir, 1880-1881 (The Phillips Collection, Washington, États-Unis). Dans les années 1870, le peintre impressionniste français réalise beaucoup de scènes de la vie populaire parisienne. Le déjeuner des Canotiers représente différents personnages sur la terrasse de la Maison Fournaise à Chatou. En 1880, Renoir rencontra une jeune modiste, Aline Charigot, qu’il maria dix ans plus tard. Aline posa pour Renoir dans plusieurs tableaux, incluant Le déjeuner des Canotiers : c’est la jeune femme assise à gauche. L’ambiance de cette œuvre est heureuse et sereine, pourtant, lorsque Renoir la commença, il ne savait pas s’il pourrait la compléter car il faisait face à une situation financière peu reluisante (la critique était souvent mauvaise et il peinait à vendre ses tableaux). Autour de 1880, la misère devenant trop difficile à supporter, il décida de se consacrer à des commandes de portraits prestigieux. Le déjeuner de Canotiers fut la dernière grande œuvre de sa période impressionniste.

Le Bar des Folies-Bergère (huile sur toile), par Édouard Manet, 1881-82

Le Bar des Folies-Bergère (huile sur toile), par Édouard Manet, 1881-82 (Institut Courtauld, Londres, Angleterre). Il s’agit de la dernière grande œuvre du peintre avant sa mort. La scène, contrairement aux apparences, n’a pas été peinte au bar des Folies-Bergère; elle a été entièrement recréée en atelier. Par contre, la jeune femme servant de modèle, Suzon, est une véritable employée du bar des Folies-Bergère. L’élément qui retient le plus l’attention est le reflet de la dame dans le miroir; celui-ci ne semble pas renvoyer une image exacte de la scène, autant par rapport à la posture de la dame que la présence de l’homme en face d’elle. Le débat continue à savoir si ces anomalies étaient volontaires de la part de Manet ou une simple erreur d’appréciation.

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