Le verre à vin – Des origines aux traditions contemporaines

Une brève histoire du verre à vin

Depuis que le vin existe, il y a une façon de le contenir et de le servir. Les premiers récipients, souvent sous forme de gobelets, sont constitués de métaux (typiquement en argent ou en plomb, parfois en or), de poterie ou de bois.

L’histoire du verre à vin débute vers l’an 1 500 av. J.-C., alors qu’apparaissent en Égypte les premiers récipients en verre (le verre est composé de sable et de potasse). Ceux-ci se répandent à l’époque romaine alors que la technique du verre soufflé est adoptée par l’Empire.

Par la suite, il faut attendre le début du 14esiècle avant de voir apparaître les verres « sur pied », c’est-à-dire possédant une tige et une base.

C’est à cette époque que Venise devient le centre mondial de la production des verres à vin. Les verres vénitiens, au pied raffiné et souvent décoré, sont des objets d’art et des

Verre à vin vénitien

produits de luxe réservés à l’aristocratie. En effet, jusqu’au 17e siècle, la verrerie est plus dispendieuse à produire que les verres en argent et sa durée de vie est moindre que les récipients métalliques. On considère alors la verrerie vénitienne comme un symbole du statut social.

À cette époque, l’industrie de la verrerie consomme une énorme quantité de bois pour chauffer et fondre le verre, créant ainsi des pénuries de bois dans certaines régions. Par conséquent, les verriers se déplacent vers les zones forestières à travers l’Europe. Jusqu’à ce que les Anglais, en réponse à la pénurie de bois, inventent au début du 17e siècle le four à charbon, plus efficace car générant beaucoup plus de chaleur.

Ce tournant historique coïncide avec la découverte, en 1675, du principe de fabrication du cristal (du verre à l’oxyde de plomb) par George Ravenscroft, un Anglais. Cette découverte révolutionne l’industrie de la verrerie : il s’avère que le cristal est plus solide que le verre de soude vénitien.

Malgré cela, les premiers modèles de verres en cristal s’avèrent souvent peu stables. Les verriers développent alors une nouvelle technique consistant à insérer une multitude de petites craquelures dans le verre, ce qui lui donne un aspect laiteux. Cette technique permet de fabriquer des verres d’une bonne densité, donc plus solides. Par contre, cela ne

Verres anglais du 19e siècle

permet pas de produire des coupes aussi claires et élégantes que la verrerie vénitienne ni de les embellir de fins treillis.

Les verriers européens s’efforcèrent dès lors d’améliorer le modèle anglais, entre autres, en allégeant le verre grâce à l’incorporation de bulles d’air ou de larmes soufflées dans la tige du verre et parfois à la base du calice.

Le modèle anglais se répand rapidement à travers l’Europe, entre autres en France, en Allemagne et en Autriche. La technique de fabrication du verre à vin progresse à grands pas : le verre en cristal soufflé devient de plus en plus fin et élégant, infligeant une vive concurrence à la verrerie vénitienne.

L’évolution de la composition du verre à vin

Le cristal demeure encore de nos jours un matériel de choix dans l’industrie de la verrerie, pour plusieurs raisons. D’abord, le cristal a un index de réfraction supérieur, ce qui permet à la lumière de mieux passer à travers le matériel : le cristal donne donc des meilleurs résultats au niveau de la brillance, de l’éclat et de la résonance du verre, en plus d’être davantage résistant. Le cristal aide également à maintenir la température du vin constante sur une plus longue période de temps comparé à d’autres matériaux, incluant le verre.

Au niveau microscopique, le cristal est un matériel plus poreux et rugueux que le verre : cela génère plus de « turbulence » lorsque l’on fait tourner le liquide dans le verre, assurant ainsi une meilleure aération du vin. De plus, au plan de la production, le plomb rend le matériel plus maniable. Cela permet de fabriquer des verres avec un buvant (le contour de l’ouverture du verre) d’à peine un millimètre d’épaisseur : par conséquent, le vin coule plus délicatement en bouche.

De nos jours, les verres peuvent aussi être composés de cristallin, lequel contient moins de plomb que le cristal, soit dans une proportion de 10 à 24 pour cent (le plus souvent 18 pour cent), alors que le cristal en contient plus de 24 pour cent. Au visuel et au toucher, il peut être difficile de différencier le cristallin du cristal. Ceci étant dit, un verre avec une forte teneur en plomb paraît plus « élastique » et, sous l’effet d’une faible pression, s’avère légèrement flexible.

Par contre, nous savons aujourd’hui que le plomb est nocif pour l’environnement et peut également l’être pour la santé. Selon Santé Canada, les contenants en cristal au plomb peuvent libérer du plomb dans les aliments et les boissons avec lesquels ils sont en contact. La quantité de plomb libérée varie selon la teneur en plomb du contenant et la durée de l’exposition.

Il ne faut toutefois pas partir en peur : encore selon Santé Canada, la libération de plomb est faible si les contenants en cristal au plomb sont seulement utilisés au cours des repas (plutôt que pour l’entreposage à long terme des aliments et des boissons). Des études ont révélé que la quantité de plomb présente dans les boissons alcoolisées consommées dans un verre en cristal au cours d’un repas est habituellement bien en deçà de 0,2 partie par million, concentration maximale permise dans les aliments et les boissons au Canada. Vous n’avez donc pas besoin de vous débarrasser de vos verres et de vos carafes en cristal.

Pour répondre à la demande des consommateurs soucieux de leur santé et/ou de l’environnement, les verriers offrent dorénavant des solutions de verres avec moins ou sans plomb (le plomb est remplacé par d’autres oxydes de métaux ou du baryum qui ne se dispersent pas comme le plomb). Par exemple, Riedel a créé la série de verres sans plomb « Ouverture » et Spiegelau (une filiale de Riedel), la série « Vino Grande ». Bien que plus fragiles et plus légers, les verres sans plomb sont tout aussi élégants que les traditionnels verres en cristal.

Les parties du verre à vin

Le verre à vin est généralement constitué de trois parties distinctes : la base, la tige et le calice. Pendant longtemps, les trois parties étaient produites séparément, puis assemblées. Aujourd’hui, les parties du verre peuvent être soudées ensemble ou alors le verre est coulé en un seul morceau à partir d’un moule. Les verres soudés de moindre qualité sont plus sensibles à la cassure au niveau des joints.

La base

La base des verres à vin, qu’on appelle aussi le socle ou la cuvette, est la partie inférieure du verre sur laquelle repose la tige. La base est presque toujours plate et conique, bien qu’elle peut varier en épaisseur. Elle doit être proportionnée au calice afin de maintenir l’équilibre du verre et son esthétique. À une certaine époque, vers le milieu du 18e siècle, la base pouvait aussi être repliée par-dessous, lui permettant ainsi de gagner en résistance, une pratique maintenant disparue.

La tige

Un verre à vin vénitien à tige torsadée

La tige, parfois appelée jambe ou pied (bien que le pied désigne en réalité à la fois la tige et la base) est la partie qui, historiquement, offre le plus de possibilités ornementales. Les premiers verres possèdent une tige épaisse qui s’amincit à mesure que la fabrication de la verrerie devient de plus en plus sophistiquée. La tige était souvent, et elle peut l’être encore de nos jours, ornementée d’une ou plusieurs décorations torsadées, de nœuds ou de boutons. Dans la tradition vénitienne, la tige pouvait aussi être incrustée de diamants, d’émail ou d’écussons. De nos jours, la tige est souvent liée au calice et à la base par un « bouton », lequel peut être soudé ou faire partie intégrante du verre. L’utilité du bouton est principalement de cacher la soudure ou d’ajouter une valeur esthétique au verre.

Le calice

Le calice, parfois désigné sous les noms bol, gobelet ou ballon, est la partie qui a le plus d’importance, particulièrement à notre époque. Le calice prend différentes formes, chacune ayant son nom : en trompette, en cloche, en seau, en cornet, en accolade, en coupe, en éventail, en entonnoir arrondi, en corolle, en ballon, en tulipe fermée (forme ovoïde) ou en tulipe ouverte. Quelle poésie!

Le calice lui-même comprend diverses parties. Le contour de l’ouverture du calice s’appelle le buvant. Un verre de qualité possède un buvant mince qui n’a pas de vermicelle, c’est-à-dire de petit renflement sur le pourtour. La partie du calice qui se rétrécit vers le haut s’appelle la cheminée; et la partie la plus large du calice est l’épaule.

Dans la tradition vénitienne, le calice est presque toujours ornementé de fins treillis pour lui donner une grande valeur esthétique. À la fin du 17e siècle, le cristal, malgré une moindre valeur esthétique, surpasse néanmoins la verrerie vénitienne au plan de la popularité. Le calice prend dès lors une forme nette, pure et peu ornementée : cela sera l’une des plus grandes révolutions de l’époque dans l’industrie de la verrerie qui influence encore de nos jours l’esthétique de nos verres à vin.

L’origine de quelques traditions contemporaines

Traditionnelles coupes champenoises

L’histoire du verre à vin a connu une multitude de modes à travers les siècles, certaines perdurant à ce jour, notamment celle d’utiliser des verres distincts pour le service du champagne. Ainsi, au début du 19e siècle, on préférait boire du champagne et autres vins effervescents dans des coupes larges et peu profondes, dites des coupes champenoises. La légende raconte que la première coupe à champagne a été moulée à partir du sein de Marie-Antoinette (1755-1793), reine de France et épouse de Louis XVI. Une variante de la légende est que c’était en fait le sein de la marquise de Pompadour (1721-1764), la maîtresse favorite de Louis XV. Je doute qu’il y ait de la véracité dans ces légendes, mais les raconter anime souvent les conversations.

Aujourd’hui, la mode a évolué vers la « flûte », ce verre allongé que l’on associe tant aux célébrations.

Les puristes (j’en suis une et je m’assume) diront que ni l’un ni l’autre n’est idéal pour déguster les vins effervescents. En effet, la coupe champenoise a l’inconvénient de laisser échapper les bulles trop rapidement alors que celles-ci font partie intégrante du plaisir de boire des vins effervescents. La coupe champenoise, de par la forme évasée de son calice, a également le désagrément de disperser les arômes.

Flûte « marquée » de Mikasa

Pour sa part, la flûte corrige le défaut des coupes champenoises en prolongeant la vie des bulles et en préservant la mousse plus longtemps. La flûte permet également d’admirer l’ascension des bulles en longs chapelets, un incontestable plaisir visuel. Pour favoriser la formation de bulles, certains verriers gravent volontairement une marque au fond du verre (voir la photo ci-contre). D’un autre côté, la flûte n’est pas idéale pour pleinement apprécier l’expression aromatique du vin étant donné la forme étroite de son calice.

De plus en plus, les amateurs et les professionnels préfèrent déguster les mousseux dans des verres à vin blanc, lesquels ne sont ni trop ouverts ni trop fermés et dont le calice a une forme de tulipe fermée. Ces verres ont l’avantage d’optimiser l’expression des arômes tout en réduisant la vitesse de dispersion des bulles, du moins par rapport à la traditionnelle coupe champenoise.

Une autre tradition contemporaine qui ne date pas d’hier est celle du « tchin-tchin », laquelle consiste à cogner (délicatement) les verres entre convives avant de boire sa première gorgée. Cette tradition date en fait du Moyen Âge; elle a toutefois débuté dans un contexte très différent de nos coutumes contemporaines.

Au Moyen Âge, il arrivait qu’un seigneur veule se débarrasser d’un rival en empoissonnant son breuvage. Cette pratique était aussi privilégiée par les bandits pour voler les gens aisés. Pour éviter les empoissonnements, il était coutume de verser une petite quantité de sa boisson dans le verre de son interlocuteur et vice-versa pour prouver qu’il n’y avait pas de mauvaises intentions. Apparemment, cette tradition aurait été remplacée par celle de cogner des verres remplis à ras bord afin de transvider une partie du liquide d’un verre à l’autre (ne l’essayez pas à la maison : les verres d’époque étaient en métal et non pas en cristal). D’où l’expression tchin-tchin pour représenter le bruit généré par des coupes qui s’entrechoquent. Cette tradition perdure mais elle symbolise de nos jours une marque d’amitié ou d’appréciation entre les gens.

La deuxième partie de ce billet, lequel sera publié sous peu, traitera du choix des verres et de leur entretien. Entre autres, je répondrai à la question : est-ce que les verres Riedel sont si bons que cela?

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