L’importation privée de vin au Canada

Au Canada, la vente de vin se fait exclusivement par l’entremise des sociétés étatiques provinciales telles que la Société des alcools du Québec (SAQ) et la Liquor Control Board of Ontario (LCBO), à l’exception de l’Alberta qui a privatisé la vente d’alcool. Ainsi, selon la loi, l’amateur de vin désirant se procurer des produits alcoolisés non distribués par sa société d’état ne peut pas simplement communiquer avec le vignoble d’une autre province ou d’un autre pays pour se faire livrer ses achats.

Deux options s’offrent à l’amateur de vin qui désire se lancer dans l’aventure de l’importation privée. D’abord, il peut passer une commande privée directement auprès de la société étatique de sa province. Les procédures sont relativement simples.

Au Québec, la SAQ offre ce service en ligne : cliquez ici.

En Ontario, la LCBO offre le même type de service : cliquez ici.

Dans un cas comme dans l’autre, la société d’état passe la commande en votre nom et vous prenez en charge les frais de transport et de dédouanement, les taxes habituelles sur l’alcool ainsi qu’une majoration, généralement de l’ordre de dix pour cent, le tout étant additionné au prix des bouteilles. Bien que le processus soit simple, les consommateurs se plaignent souvent de la lenteur des démarches administratives avec ce système.

L’autre option est de transiger avec des agences promotionnelles de vin, aussi appelées agences de représentation en vin. Le principal créneau de ces agences demeure les restaurants, lesquels cherchent à offrir des produits exclusifs à leur clientèle; ils s’accaparent ainsi 87,5 pour cent des importations privées. Malgré cela, les agences vendent de plus en plus aux individus.

Pourquoi se tourner vers l’importation privée ?

Certes, étant donné la diversité des produits disponibles sur les tablettes de la SAQ et de la LCBO, la majorité des consommateurs de vin y trouvent leur compte.

Néanmoins, les produits disponibles dans les réseaux étatiques exigent un apport financier important de la part des vignerons et des négociants pour leur marketing et le paiement de leur espace tablette, en plus de la part des profits et les taxes remises aux sociétés d’état. Par conséquent, le coût associé au placement de produits favorise les vignerons qui en ont les moyens, plus souvent qu’autrement ceux qui produisent en masse, et il défavorise ceux qui vinifient en petites quantités, tels que les vignerons-artisans et les petits domaines familiaux.

Le système de l’importation privée s’adresse donc aux passionnés du vin à la recherche de produits rares, uniques ou différents qui ne sont pas distribués dans les réseaux étatiques.

Toutefois, l’importation privée via les agences n’est pas un moyen de se procurer du vin à meilleur prix. En effet, celles-ci doivent quand même percevoir et remettre aux sociétés étatiques toutes les taxes habituelles sur le vin. Une autre condition attachée à l’importation privée est que vous devez vous procurer au minimum une caisse entière du même vin : certains produits sont disponibles en caisse de six bouteilles, d’autres en caisse de douze. Le prix des bouteilles reste encore réglementé par les sociétés d’état, lesquelles s’occupent également de l’analyse de la qualité à partir d’échantillons et de l’acheminement des produits.

Pour se procurer le cru convoité, le consommateur doit effectuer une recherche afin d’identifier l’agence promotionnelle qui représente le domaine viticole visé. Au Québec, Raspipav, le Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins, facilite cette recherche grâce à son site en ligne qui liste les agences. L’Association québécoise des agences de vins, bières et spiritueux (AQAVBS) est un autre organisme d’importance au Québec, travaillant à promouvoir et à défendre les intérêts des agences et des fournisseurs de vins, bières et spiritueux.

En Ontario, le site anglophone Drinks Ontario répertorie les agences ayant des activités dans cette province. Le site bilingue BlueWine.com présente également une liste d’agences, laquelle se veut davantage nationale, bien qu’on en dénombre qu’une quarantaine pour l’instant.

L’importation privée est un marché en rapide expansion. Il s’est vendu 236 000 caisses en importation privée en 2007-2008; les projections pour 2012-2013 sont de 347 000 caisses. La SAQ prévoit une augmentation annuelle de ses ventes de 3,5 pour cent, alors que les prévisions sont de huit pour cent pour l’importation privée.

Pour vous initier au merveilleux monde de l’importation privée, nul besoin de commander une caisse de douze bouteilles. Commencez d’abord par les restaurants : plusieurs offrent une sélection intéressante de vins d’importation privée. Le serveur sera en mesure de vous informer du nom de l’agence qui importe le cru qui vous a plu.

Parcourez également les salons des vins. Raspipav organise un salon annuel à Montréal et à Québec pour découvrir les vins d’importation privée. En fait, la majorité des salons des vins offrent dorénavant une sélection mixte de vins commercialisés dans les réseaux étatiques et d’importation privée, tels que La Grande Dégustation de Montréal et le Salon du vin et de la gastronomie d’Ottawa.


Voici quelques-uns de mes coups de cœur d’importation privée, dégustés soit à La Grande Dégustation de Montréal en octobre 2011 ou au salon Raspipav en novembre dernier.

BLANC

Pernand-Vergelesses 2009, Maison Champy, Bourgogne, France (32 $ @ Société de Vins Fins) – Les arômes francs et volubiles de pomme verte et de citron s’expriment allégrement à l’olfactif, pour s’étaler par la suite au palais sur un ensemble d’une grande finesse et profondeur. Un vin racé, énergique et bien orchestrée, dont les saveurs ragaillardies par une digeste acidité sur concluent avec grâce sur une glorieuse finale. 18/20

Santenay « Les Coteaux sous la Roche » 2009, Domaine Olivier, Bourgogne, France (34 $ @ Clos des Vignes) –  Le bouquet élégant de cet autre chardonnay bourguignon est dominé par la pomme verte et ponctué de fabuleux accents de pierre concassée. L’ensemble se poursuit au palais sur une structure raffinée et relevée d’une belle acidité rafraîchissante. Ce Santenay est un cru d’une grande autorité et droiture. 18/20

La Clape 2010, Château Pech-Céleyran, Languedoc-Roussillon, France (15 $ @ Sélection Caviste) – Cet assemblage de grenache blanc, de marsanne, de bourboulenc et de roussanne exhibe fièrement sa palette aromatique portée sur la pêche et le citron, lesquels sont complexifiés par un fin filet minéral. Des saveurs racoleuses se déroulent au palais sur un ensemble sec soutenu par une fraîche et saine acidité. Une cuvée tout à fait délectable, surtout à ce prix.  16/20

ROUGE

Barolo « Bussia » 2007, Moscone, Piémont, Italie (40 $ @ Les Vins Excalibur) – Ce magnifique Barolo semble encensé à la baie des champs rehaussée d’un fin filet de gibier. La bouche exprime une personnalité vibrante, nourrie et authentique qui résume toutes les qualités de l’appellation. Sa structure élancée et racée est tout simplement épatante. Encore profondément ancré dans sa jeunesse, ce nebbiolo déjà irrésistible est promis à un long et brillant avenir. 18/20

Cabernet Sauvignon, Vigneti Sant’Helena 2007, Fantinel, Frioul, Italie (21 $ @ LCC) – Cette fiole de Fantinel révèle un nez éclatant de vivacité et de fraîcheur, aux senteurs de groseille complexifiée par d’insistantes et envoûtantes tonalités de mine de crayon, de cuir chevalin et de grillé. Moyennement corsé, ce cabernet sauvignon révèle une trame tannique finement tissée. Il se conclut sur une finale à la fois bavarde et élégante. Une heureuse découverte qui plaira à tous les portefeuilles. 17/20

Blaufränkisch 2009, Umathum, Autriche (31 $ @ Maison Invino Inc.) – Cette ravissante fiole composée uniquement de blaufränkisch, un cépage aussi connu sous le nom lemberger, nous rappelle que l’Autriche est une zone viticole en pleine ascension qualitative. Ce blaufränkisch plaît d’emblée avec son bel étagement des arômes évoquant la cerise rehaussée de succulentes tonalités de fleurs sauvages, d’épices mélangées et de fumée. Au palais, il révèle un profil gustatif droit et harmonieux, encadré de tanins bien intégrés à la matière fruitée.  Ce vin fera des heureux à la table. 16/20

Cet article, publié dans Sur la sellette, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.