Péchés mignons bachiques pour le temps des Fêtes

Le temps des Fêtes est pour plusieurs d’entre nous la période de l’année pendant laquelle nous aimons particulièrement mijoter de savoureux plats et ouvrir nos meilleures bouteilles en bonne compagnie. Certains d’entre vous, j’en suis sûre, sont à la recherche d’idées cadeaux pour leurs famille et plus proches amis.

Je vous offre ci-dessous ma liste personnelle de péchés mignons bachiques pour la saison festive, soit la crème de la crème (rien sous la barre des 17 points sur 20), lesquels plairont aux plus exigeants des palais et aux plus fervents des collectionneurs.

Tous les flacons sont disponibles sur les tablettes de la SAQ et/ou de la LCBO à la date de publication de ce billet ou le seront à partir du 10 décembre à la LCBO.


Mon système de notation sur une échelle de 20 points se définit comme tel :

0-10 points — le vin affiche un défaut évident – en règle générale, je ne commente pas ces vins sur mon blog.

11-14 points — le vin est quelque peu déficient au plan qualitatif; malgré cela, si le prix vous convient, il peut vous apporter du plaisir.

15-16 points — cuvée bien vinifiée qui mérite votre attention si le prix vous convient.

17-18 points — cuvée hautement recommandable peu importe la plage de prix.

19-20 points — fabuleuse expérience bachique qui génère des émotions et qui laisse des souvenirs indélébiles.


Vins blancs prêts à boire qu’on peut aussi mettre au cellier

ÉTATS-UNIS

Chardonnay, Russian River Valley 2009, La Crema, Californie (38 $ @ LCBO – arrivages du 10 décembre) –  La Crema nous offre ici un chardonnay énergique et riche, au bouquet extraverti de pomme verte, de fumée et de menthe blanche. La bouche, moyennement corsée et très persistante, se termine sur un registre fruité et légèrement grillé. Un vin d’envergure et d’esprit typiquement californien qui s’avère ample, équilibré et éminemment séduisant. 17/20

FRANCE

Chassagne-Montrachet « Vieilles Vignes » 2008, Maison Roche de Bellene, Bourgogne (50 $ @ LCBO) –  Le nez de ce chardonnay regorge d’arômes de pomme verte et d’amande blanchie. Les somptueuses saveurs s’étalent sur un ensemble classique et raffiné, lequel est relevé d’une saine et digeste acidité. Il y a assez de structure dans ce vin pour lui assurer un bel avenir sur un horizon de huit à dix ans. 18/20

Meursault-Blagny 1er Cru 2009, Roux Père & Fils, Bourgogne (57 $ @ LCBO – arrivages du 10 décembre) –  Encensée à la pomme verte et entrelacée de joyeuses tonalités de minéral et d’amande, cette cuvée bourguignonne s’affirme avec franchise et distinction. Dès la première gorgée, on se laisse charmer par la profondeur de sa matière fruitée, l’onctuosité de sa texture et l’excellente persistance de ses saveurs. Ce magnifique premier cru tendre et racé résume bien toutes les qualités de l’appellation. 18/20

Riesling, Goldert Grand Cru 2007, Cave vinicole de Gueberschwihr, Alsace (31 $ @ SAQ) –  Le nez enivrant de ce noble riesling est ponctué de vifs parfums d’agrumes accentués d’une envoûtante touche minérale si typique au cépage. Vinifiée dans un style sec, cette cuvée se démarque par la netteté exemplaire de ses saveurs, une acidité tendue et une texture fraîche et pénétrante. Un beau riesling alsacien, racé et classique. 17/20


Vins rouges que l’on peut boire dès maintenant mais réellement bâtis pour la garde

CANADA

Le Grand Vin 2007, Osoyoos Larose, Vallée de l’Okanagan (44 $ @ SAQ / 100 $ pour 1500 ml @ LCBO – arrivages du 10 décembre) – Cette cuvée est considérée comme l’un des plus grands vins rouges canadiens. Composée surtout de merlot (70 %) et assemblée avec du cabernet sauvignon, du cabernet franc, du petit verdot et du malbec, à la mode bordelaise, la version 2007 respire la groseille, la prune, la torréfaction et l’eucalyptus. Ce flacon aux saveurs généreuses, vinifié dans un style qui n’est pas sans évoquer les vins de Bordeaux, s’avère éminemment rassasiant grâce à sa grande plénitude et à ses heureux échos torréfiés en finale. Le 2007, particulièrement réussi, devrait bien évoluer sur un horizon de cinq à dix ans.  17/20

Pinot Noir « Le Grand Clos » 2009, Le Clos Jordanne, Péninsule du Niagara (75 $ @ LCBO) –  Le nez de ce délicieux pinot noir est dominé par la griotte saupoudrée d’une délicate touche de rose et de fumée. La bouche, friande et harmonieuse, révèle des tanins nobles, une bonne allonge des saveurs et une finale nette et élégante. L’ensemble est joliment sculpté et d’une grande précision. Un superbe vin du Niagara. 17/20

ESPAGNE

Alion 2007, Bodegas y Viñedos Alion, Ribera del Duero (76 $ @ SAQ / 79 $ @ LCBO – arrivages du 10 décembre) – L’Alion dévoile un séduisant bouquet aux douces senteurs de cerise, de prune, de bleuet et de grillé pondéré, complexifié par d’agréables tonalités de menthe, d’orge et de crème brûlée. Ce tempranillo à la fois riche et affable exhibe des tanins bien intégrés à la matière fruitée de même que des saveurs percutantes et matures qui se prolongent sur une longue finale. Un vin sérieux qui illustre bien la qualité des vins du Ribera del Duero. 18/20

Mas La Plana 2006, Miguel Torres, Peñedés (48 $ @ SAQ) – Ceux qui me connaissent ne seront pas étonnés de voir sur cette page le fameux Mas La Plana, un des mes vins cultes. Le nez de ce ténor évoque les petits fruits des champs, la prune, la framboise, le noyau de cerise et le pain grillé. Cette folle symphonie se poursuit sur une bouche structurée et gouleyante, encadrée de tanins finement ciselés et relevée d’une acidité équilibrante. Déjà en pleine forme et plus accessible dans sa jeunesse que d’autres millésimes, on se plaît à imaginer ce que cette cuvée livrera dans quelques années et par la suite sur un horizon d’au moins vingt ans. Ce majestueux cabernet sauvignon s’avère de la même qualité que certains grands crus bordelais mais beaucoup moins dispendieux. 18/20

Mas La Plana 2007, Miguel Torres, Peñedés (47 $ @ LCBO) – Le bouquet voluptueux de la version 2007 respire la groseille et la torréfaction rehaussées d’une délicate touche de poivron vert. La bouche, suintant littéralement la richesse, révèle une extraction du fruit à la fois généreuse et judicieuse, de même que des tanins juvéniles mais nobles. Malgré son côté encore un peu fougueux, il est facile de se laisser tenter maintenant par son panache et sa plénitude. Je conseille toutefois de l’attendre au moins cinq ans : ce délai lui permettra de développer profondeur, harmonie, rondeur et sagesse. Le potentiel de vieillissement du Mas La Plana 2007 ? Probablement trente ans! 18/20

ÉTATS-UNIS

Cabernet Sauvignon « Private Reserve », Vallée de Napa 1997, Beringer, Californie (120 $ @ LCBO) –  Ce succulent « cab » séduit d’emblée avec ses élans aromatiques portés sur la groseille mentholée et le grillé bien intégré à la matière fruitée. Le tout s’étale langoureusement sur un palais modérément corsé, profond, voluptueux, somptueux et très, très raffiné. Les saveurs harmonieuses n’affichent pas encore un caractère tertiaire (attribuable au vieillissement prolongé en bouteille) mais elles sont toutefois enveloppées d’une texture quasi soyeuse et de tanins très fins bien qu’encore perceptibles malgré l’âge respectable du vin. Une fiole californienne d’exception et encore resplendissante de jeunesse; probablement à son zénith aujourd’hui, elle y restera très longtemps, possiblement jusqu’en 2030, voire au delà. 19/20

Le domaine Beringer dans la vallée de Napa

FRANCE

Côte-Rôtie « L’Églantine » 2007, Ferraton Père & Fils, Vallée du Rhône (74 $ @ LCBO) –  Ce sublime vin de syrah exhibe un bouquet évocateur aux senteurs de cassis, de grillé bien intégré, de poivre noir finement moulu et de cuir. Dès la première gorgée, on se laisse instantanément envoûter par l’harmonie de ses saveurs et la profondeur de sa matière fruitée. Sa structure phénoménale de même que l’équilibre parfait entre le fruit, le tanin et l’acidité laissent croire que ce flacon vieillira en beauté pendant au moins vingt ans, voire davantage. 19/20

Hermitage « Les Miaux » 2006, Ferraton Père & Fils, Vallée du Rhône (87 $ @ SAQ) – Une palette aromatique complexe compose le nez de cet Hermitage, alliant à merveille mûre, cassis, torréfaction et minéral. Ce rhodanien déroule sur la langue des saveurs franches et dodues, dévoilant une belle pureté du fruit et une trame tannique finement tissée. Cette grandiose fiole est un hymne à la syrah, illustrant à merveille toute la noblesse et l’envergure de ce cépage-roi. Bien qu’il soit déjà difficile de lui résister, ce cru évoluera avec grâce sur un horizon d’au moins deux décennies.  18/20

Châteauneuf-du-Pape 2009, Château de Beaucastel, Vallée du Rhône (90 $ @ LCBO) –  Ce percutant et inoubliable flacon du Rhône méridional, à dominante de grenache, dévoile un bouquet séducteur doté de parfums de baies des champs, de torréfaction et de minéral. La bouche, moyennement corsée et tannique, déploie par paliers des saveurs avenantes, bien qu’un peu austères pour l’instant, mais relevées d’un bon support acide. Le vin est encore terriblement ancré dans sa jeunesse et je crois qu’il est présentement dans sa phase ingrate (les humains passent par une phase similaire que l’on appelle l’adolescence), suite à laquelle il révélera toute l’ampleur de sa magnificence. Attendez au moins cinq ans, plus si vous avez une volonté de fer; votre patience en sera grandement récompensée. Beaucastel est l’archétype du Châteauneuf-du-Pape (conjointement avec Château Rayas). 18/20

Margaux 3e Cru Classé 2008, Château Malescot Saint-Exupéry, Bordeaux (64 $ @ LCBO) –  Le bouquet de ce grand cru séduit dès le premier nez avec ses parfums enchanteurs de groseille, de mûre et de chêne vanillé, entrelacés d’un soupçon floral. La bouche est tout aussi charmante, étayant avec fierté sa belle matière fruitée et sa phénoménale structure. Toutefois, ses tanins fougueux nous laissent comprendre que ce vin ne se laissera pas si facilement dompter. Une fois la période difficile de l’adolescence passée (période parfois longue chez les bordelais), cette cuvée classique révèlera toute sa profondeur et sa finesse. Mon conseil : patientez au moins jusqu’en 2018. 18/20

Gevrey-Chambertin « La Justice » 2008, René Bouvier, Bourgogne (45 $ @ LCBO) –  Dominée par des senteurs de framboise et complexifiée par un discret filet fumé, floral et animal, cette cuvée exceptionnelle exhibe une heureuse matière fruitée, des tanins pondérés et, surtout, une structure et un équilibre d’ensemble tout à fait remarquables. Un Gevrey-Chambertin classique et svelte, bâti pour une longue garde. 18/20

Gevrey-Chambertin 2009, Taupenot-Merme, Bourgogne (59 $ @ SAQ) –  Le bouquet de ce grandiose Gevrey-Chambertin semble assaisonné de petits fruits des champs sur un fond subtilement épicé et floral. Au palais, cette cuvée mémorable se signale par son caractère épanoui et fin, son élégance racée et ses courbes sensuelles. Promis à un brillant avenir, ce bourguignon issu d’un excellent millésime, déjà agréable à déguster dès maintenant (une particularité du millésime solaire), atteindra son sommet d’ici sept à dix ans et y restera pendant très, très longtemps. Du beau vin! 18/20

ITALIE

Amarone della Valpolicella Classico « Mazzano » 2004, Masi, Vénétie (98 $ @ SAQ / 100 $ @ LCBO) –  Ce superbe amarone est doté d’arômes richement extraits et magnifiquement complexes qui évoquent la confiture de prune, le pruneau, le chocolat noir, la selle de cuir et l’écurie. La bouche, tout aussi fabuleuse, nous rappelle que l’amarone est roi en Vénétie. La bouche se démarque par son incroyable structure et elle dévoile des saveurs généreuses enveloppées de tanins grassouillets, le tout s’étalant avec assurance sur une remarquable finale. D’ors et déjà accessible, ce Mazzano laisse néanmoins entrevoir un long et bel avenir. 19/20

Brunello di Montalcino « Campogiovanni » 2005, San Felice, Toscane (45 $ @ LCBO) –  Ce vin de sangiovese est une belle représentation des brunellos traditionnels, c’est-à-dire misant sur l’élégance et les nuances. Parfumé à la griotte, au pétale de rose, à la noix et à la terre fraîchement remuée, ce Brunello déjà volubile est bâti sur une trame tannique tissée serrée. Cette sublime fiole révèle un corps élancé et des proportions très classiques : incontestablement une expression irréprochable et triomphante du sangiovese. 18/20


Liquoreux prêts à boire

CANADA

Vin de glace « Vidal » 2007, Open, Péninsule du Niagara (30 $ pour 375 ml @ LCBO) –  Profondément coloré, ce vin de vidal, un cépage hybride qui résiste bien aux hivers canadiens, dévoile un bouquet des plus charmants, aux effluves enchanteurs d’ananas confit, d’agrumes frais et de litchi entrelacés d’un envoûtant filet mielleux et d’abricot mûr. En bouche, on est emballé par l’harmonie parfaite entre le moelleux insistant et l’acidité tranchée au couteau, le tout se poursuivant allégrement jusqu’à la finale nette, fraîche et interminable. Une franche réussite. 19/20

FRANCE

Coteaux de Layon 1996, Moulin Touchais, Loire (41 $ @ SAQ) – Le bouquet de ce superbe vin moelleux, tout en jeunesse et en fraîcheur malgré ses quinze ans d’âge, évoque l’abricot, la pomme mûre et le miel de trèfle foncé. Acidité et sucre sont en parfaite harmonie dans ce chenin blanc mémorable, au potentiel de vieillissement extraordinaire. Pour avoir bu des Moulin Touchais de trente ans, je peux vous assurer que votre patience vous récompensera. Dans une autre décennie, cette sublime version 1996, un millésime extraordinaire, aura atteint un niveau supérieur de complexité aromatique qui générera des émotions chez le dégustateur. 19/20

Rivesaltes Hors d’Âge 1974, Vignerons Catalans, Languedoc-Roussillon (31 $ pour 500 ml @ SAQ) – Cet assemblage voluptueux de grenache blanc et de macabeu, vieilli 20 ans en barriques de chêne, affiche une chatoyante couleur fauve suivie au nez d’une explosion de douces et pénétrantes senteurs de noix, de datte fraîche, d’écorce de citron et de fruits secs, ponctuées d’un somptueux soupçon de tabac, de cire d’abeille et de caramel. La bouche, étonnamment fraîche et vivifiante pour un vin de 37 ans, dévoile une parfaite entente entre l’élégant moelleux et l’acidité équilibrante. Le passage du temps n’a eu aucun impact sur la netteté et la fraîcheur des saveurs, lesquelles assurent la quasi-perfection de ce nectar tout à fait resplendissant. On a l’impression de croquer dans un morceau de paradis. 19/20

Rivesaltes Tuilé 1990, Domaine Cazes, Languedoc-Roussillon (47 $ @ SAQ) – Le domaine Cazes s’est taillé une réputation enviable pour ses fameux VDN (vins doux naturels). Ce Rivesaltes issu d’un excellent millésime semble habillé d’un voile de couleur rousse aux reflets tuilés qui précède un nez exubérant et porté sur le pruneau, les fruits secs, le caramel, la boîte à tabac, le zeste d’orange et les épices à gâteau. Merveilleusement net et droit, la cuvée se démarque par une harmonie et une profondeur inégalées des saveurs, lesquelles perdurent très longtemps. Ce Tuilé d’un grand raffinement et d’une indéniable noblesse est bâti pour une longue garde. 19/20

Les chais du domaine Cazes

HONGRIE

Tokaji Aszü 4 Puttonyos 2003, Kereskedöház, Tokaj-Hegyalja (23 $ pour 500 ml @ LCBO) – Le tokaji, peu connu du grand public, est une légende auprès des connaisseurs. On lui attribue d’ailleurs le titre « vin des rois et roi des vins ». Vêtu d’une chatoyante robe intensément dorée, ce magnifique liquoreux hongrois exhibe une volubile palette aromatique portée sur l’ananas frais et les agrumes confits, ponctuée d’une touche de miel blond. Au palais, une amertume des plus agréables, un moelleux pondéré et une formidable acidité se côtoient sur des tonalités de fruits confits et une finale sans fin. On peut commencer à boire ce succulent tokaji dès maintenant, bien qu’il continuera sa belle évolution pendant au moins vingt ans. À découvrir! 19/20

PORTUGAL

Tawny 20 ans d’âge, Taylor Fladgate, Douro (69 $ @ SAQ / 68 $ @ LCBO) – Affichant fièrement une belle couleur fauve, cet extraordinaire porto révèle un bouquet qui déborde de profonds arômes de pruneau, de fruits confits, de caramel légèrement brûlé et de noix. La bouche, dodue et ronde, est inondée de saveurs généreuses qui se répercutent dans la longue finale complexe et vaporeuse. Ce nectar représente l’apothéose du porto de style tawny 20 ans, d’un niveau qualitatif qui étonne toujours étant donné sa production de masse.  20/20


Mousseux prêts à boire

Brut Réserve non-millésimé, Charles Heidsieck, Champagne (61 $ @ SAQ / 55 $ @ LCBO – arrivages du 10 décembre) –  Aromatisé à la pomme, à la mie de pain et au pain grillé, ce Champagne chic et sapide révèle une vivacité très désaltérante au palais. D’un caractère moyennement charnu et d’une texture fraîche et pénétrante, ce Brut Réserve évolue en bouche avec cohésion et précision. Un très beau champagne non-millésimé. 18/20

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