Roussillon

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En avril 2011, j’ai eu l’immense plaisir d’entreprendre une tournée vinicole dans le Languedoc et le Roussillon pour observer de mes propres yeux (et de mes propres papilles gustatives) l’incroyable progrès réalisé par les viticulteurs pour élever le niveau qualitatif des vins de cette région en pleine effervescence.

Voici la deuxième partie de mon compte-rendu, laquelle porte cette fois-ci sur le Roussillon.  


Dans mon premier compte-rendu, portant sur le Languedoc, je mentionnais que l’aire viticole que nous connaissons sous le nom « Languedoc-Roussillon » est constituée en fait deux régions assez distinctes, chacune ayant leur propre identité culturelle et géographique.

Un peu d’histoire

Les Roussillonnais s’identifient beaucoup à la culture catalane. En fait, l’histoire du Roussillon est intimement liée à celle de l’Espagne, surtout entre le 13e et le 17e siècles, alors que la région est sous l’autorité de Majorque puis du royaume d’Aragon. Le Roussillon est donc une province espagnole jusqu’à son annexion par la France en 1659.

Les Roussillonnais entretiennent donc des affinités profondes avec la culture de la Catalogne espagnole, n’étant séparés que par la chaîne montagneuse des Pyrénées, laquelle est si élevée qu’elle reste en grande partie enneigée pendant la période estivale. Les styles de vin, les techniques de vinification et les cépages ont beaucoup de points en commun avec les pratiques espagnoles.

La viticulture dans la région aurait été introduite à Marseille par les Grecs, au 7e siècle av. J.-C., puis développée par les Romains. Le cépage muscat fut probablement la première variété à y être cultivée. Les vins de Rivesaltes à base de raisin muscat, qu’on laissait sécher sur souche pour leur donner une plus grande concentration, auraient acquis une réputation d’excellence au 14e siècle. On appelle cette technique de séchage « passerillage ».

Les communautés religieuses ont grandement aidé la viticulture roussillonnaise car elles mirent de l’avant la recherche en viticulture et élaborèrent plusieurs méthodes de vinification encore utilisées de nos jours; ce sont ces communautés qui introduisirent le concept des vins liquoreux.

On attribue en fait la création des vins doux naturels (VDN) à Arnaud de Villeneuve (aussi connu sous le nom Arnau de Vilanova), un médecin, astrologue et théologiste du 13e siècle, dont on ignore s’il était vraiment Français ou Espagnol, mais qui a étudié et travaillé à l’Université de Montpellier. Les VDN sont des vins mutés, c’est-à-dire dont la fermentation a été interrompue par l’ajout d’eau-de-vie afin de conserver le sucre naturel du raisin. Les VDN français doivent tirer 14 pour cent d’alcool au minimum.

Grâce aux vins de Rivesaltes, de Banyuls et, dans une moindre mesure, ceux de Maury, le Roussillon devint le plus grand producteur de VDN.  Toutefois, cette spécialité roussillonnaise perdit en popularité au 20e siècle alors que les goûts des consommateurs se tournèrent davantage vers les vins secs. Aujourd’hui, la spécialité du Roussillon demeure les VDN, bien que l’appellation Collioure ait récemment acquis de la notoriété comme producteur de vin sec.

Les coopératives et les négociants dominent la production de vin dans le Roussillon, avec quelques domaines privés qui réussissent à s’imposer.

Climat et géographie

Le Roussillon est la région la plus ensoleillée de l’Hexagone, avec 325 jours d’ensoleillement par an. La combinaison entre le climat chaud et sec et le terroir aride exploité en terrasses fait du Roussillon une terre de prédilection pour la culture autant de la vigne (particulièrement le grenache) que de l’olivier. La tramontane, un vent des montagnes qui apporte un peu de fraîcheur et aide à sécher le raisin en été, souffle fréquemment, presque un jour sur quatre (avec des pointes à 100 kilomètres à l’heure, comme ce fut le cas lors de mon séjour en avril 2011).

Il existe plusieurs sous-climats dans le Roussillon, phénomène imputable à divers facteurs : les différences d’altitude et la proximité avec la mer qui engendrent de fortes variations de températures et d’humidité; une exposition plus ou moins prononcée aux brumes amenées par le vent marin; le degré d’exposition au vent du nord et à la tramontane qui peut parfois casser les rameaux ou trop assécher le raisin; la position des vignes sur les collines qui reçoivent plus ou moins de pluviométrie; l’exposition des vignes en coteaux, est ou sud, qui engendre des disparités importantes dans la maturité du raisin. L’impact de ces divers facteurs sur la vigne influence les décisions des vignerons à l’effet de produire du vin sec d’appellation Collioure ou du VDN, en plus d’influencer le style du vin dans chaque catégorie.

Terre de schistes du Roussillon

Une caractéristique commune aux vignobles roussillonnais est certes la difficulté à les travailler. En effet, les viticulteurs de la région font face à plusieurs difficultés : terrasses inaccessibles à la machinerie, pentes abruptes, sols secs et pierreux, forts ravinements lors des orages d’été et sols acides à la limite de la culture de la vigne. Malgré tout, le Roussillon est comme une oasis dans le désert où la vigne y trouve son compte.

Cépages

Les vins rouges du Roussillon sont composés principalement de carignan, de syrah, de grenache et de mourvèdre avec un peu de lladoner pelut et de cinsault. Comme en Espagne, le maccabéo blanc peut constituer jusqu’à 10 pour cent de l’assemblage des vins rouges.

La production de vin blanc sec reste plutôt marginale dans le Roussillon. Les principaux cépages sont le maccabéo (aussi connu sous les noms macabeu, malvoisie et tourbat), la marsanne, la roussanne, le vermentino, le grenache blanc et le carignan blanc.

Comme dans le Languedoc, les viticulteurs roussillonnais expérimentent parfois avec les cépages dits internationaux comme le chardonnay et le merlot. Ceux-ci sont généralement vendus en « vin de pays des Côtes catalanes » ou en « vin de pays catalan ».

Le cépage-roi dans le Roussillon demeure toutefois le grenache, s’exprimant dans toute sa noblesse lorsque vinifié dans un style moelleux.

Le grenache noir est roi dans le Roussillon

Le grenache ou grenache noir, également connu sous les noms garnacha en espagnol, garnatxa en catalan et cannonau en italien, est une variété à peau foncée originaire d’Espagne, plus précisément de la province d’Aragon. Il s’est par la suite étendu à la Rioja et à la Navarre avant de traverser les Pyrénées pour devenir un cépage de prédilection dans le Roussillon. Le grenache est le deuxième cépage le plus cultivé sur la planète, après l’airén, une autre variété espagnole.

Les vignes de grenache, dont le cycle végétatif est relativement long, produisent des rouges puissants et séduisants qui peuvent vieillir plusieurs dizaines d’années en cave. Pour cela, il faut toutefois limiter les rendements de la vigne : on obtient des vins totalement différents lorsque les rendements dépassent 50 hectolitres par hectare (hl/ha), comparés aux vins issus de rendements sous la barre des 35 hl/ha.

Le grenache donne des résultats remarquables en VDN. Les vins de grenache peuvent révéler une personnalité bien distincte selon le terroir où ils sont issus et le style recherché par le producteur; toutefois, le cépage se démarque plus souvent qu’autrement par ses goûts sauvages de fruits noirs, de figue, de cuir, d’épices, de torréfaction et parfois de goudron, d’olive noire et même d’amande grillée et de rancio (cette dernière caractéristique étant commune dans les portos).

Les VDN composés de grenache noir tel que le Banyuls accompagnent bien les desserts à base de chocolat, les gâteaux aux fruits et les fromages bleus.

Les appellations roussillonnaises

Le Roussillon produit du vin rouge sec principalement sous les appellations Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon-Villages et Collioure, lequel s’avère plus souvent qu’autrement généreux et chaleureux. Toutefois, les VDN restent de loin la spécialité du Roussillon, en particulier ceux produits dans les appellations Banyuls, Maury et Rivesaltes.

Banyuls

Banyuls a obtenu son statut d’appellation d’origine contrôlée (AOC) en 1936 et produit des VDN d’une très grande complexité. On y vinifie également du vin sec, mais celui-ci est vendu sous l’épithète Collioure. Sis au pied des Pyrénées, non loin de la frontière espagnole, les vignobles de Banyuls sont cultivés en terrasses soutenues par plus de 6 000 kilomètres de murettes de pierres sèches qui couvrent des pentes vertigineuses et tournées vers la Méditerranée. Ces murettes aide à préserver de l’érosion la fine couche de terre et de schistes qui recouvre le sol.

Vignoble en coteau de Banyuls avec murettes pour contrer l'érosion

Les VDN de l’appellation sont commercialisés soit sous l’épithète « Banyuls » (environ 80 pour cent de la production) ou, depuis 1962, « Banyuls Grand Cru » (un peu moins de 20 pour cent). Dans les deux cas, le cépage principal est le grenache noir, lequel doit constituer au moins 50 pour cent des Banyuls et 75 pour cent des Banyuls Grand Cru. Les rendement sont faibles et la récolte est totalement manuelle (les coteaux abrupts rendent pratiquement inutilisable la machinerie ou même les chevaux).

Le Banyuls est un vin produit selon la technique de mutage sur grain, laquelle consiste à ajouter de l’alcool neutre à 96 pour cent sur le raisin en cours de fermentation. Cela permet d’extraire au jeune vin un large éventail de composés aromatiques.

Après cinq semaines de macération, le vigneron peut élever le vin de différentes manières. Pour obtenir la mention Grand Cru, le vin doit vieillir dans le bois pendant au moins 30 mois. D’autres vins sont conservés aussi longtemps que possible dans des bonbonnes de verre ou dans des fûts de chêne, soigneusement fermés et conservés dans un endroit frais et humide. Les vins peuvent aussi être entreposés à l’extérieur afin d’acquérir des arômes de rancio ou être logés dans un système de solera. Le système de la solera consiste en plusieurs étages de barriques contenant du vin issu d’un millésime unique. Chaque étage est appelé « criadera ». On prélève une partie du vin des barriques qui contiennent le jus le plus ancien : cet étage est appelé « solera ». Puis, on remplit à nouveau les barriques avec du vin de la première criadera, qui à son tour est complétée par le vin de la seconde criadera, et ainsi de suite.

Les vins de Banyuls sont élevés soit dans un milieu réducteur ou un milieu oxydatif. Sous un milieu réducteur, les vins sont protégés de l’oxygène afin de préserver la fraîcheur aromatique. Dans un milieu oxydatif, on expose le vin à l’oxygène pendant une période plus ou moins longue, lequel est parfois entreposé à l’extérieur pour en accélérer le processus d’oxydation. Suite à cette oxydation, les arômes fruités du vin évoluent et laissent place à une palette aromatique complexe portée sur les fruits secs, le tabac, les épices et le cuir.

Parfois, on voit le mot « Rimage » sur l’étiquette : c’est un mot catalan qui veut dire millésime. Les Banyuls sont des vins qui ont le potentiel de vieillir plusieurs années et même plusieurs décennies, particulièrement ceux des domaines les plus sérieux tels que le Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), le Domaine de la Rectorie et le Domaine de la Casa Blanca. Les vins de Banyuls rivalisent aisément avec le porto et accompagnent à merveille les chocolats, bien que personnellement je préfère déguster les vieux Banyuls seuls pour mieux en apprécier leur complexité qui se révèle souvent en paliers.

Maury

Maury, au nord-ouest de Perpignan, au cœur de la vallée de l’Agly, est constitué de sols principalement schisteux. C’est un tout petit vignoble de 17 kilomètres de longueur sur trois kilomètres de largeur, abrité par les Corbières catalanes au nord et au sud par les contreforts des Pyrénées. Maury a obtenu son statut d’AOC dès 1936. Comme le Banyuls, le Maury doit être constitué d’au moins 50 pour cent de grenache noir et produit avec un rendement moyen de 30 hl/ha.

Le Maury peut être vinifié dans des cuves en ciment, sous bois ou en bonbonne de verre, sous la chaleur, dans le froid ou l’humidité, selon le style recherché par le vigneron. Si le vin est vinifié dans un style sec, il porte alors l’épithète Côtes du Roussillon-Villages. À l’instar des Banyuls, les vins de Maury peuvent être élevés dans un milieu réducteur ou oxydatif. Ils doivent vieillir au moins deux ans avant d’être commercialisés, mais il n’est pas rare qu’ils soient vieillis plus longtemps. Cela permet de faire apparaître des arômes complexes portés sur la noisette et le pruneau.

La majorité des vins de Maury sont produits par la Coopérative des Vignerons du Maury, bien que Mas Amiel y soit également très présent et produise des VDN de très grande qualité. Mas Amiel est d’ailleurs une locomotive pour l’appellation qui a grandement contribué à remettre Maury sur la carte vinicole dans la dernière décennie. Mas Amiel s’est créé une niche avec ses VDN de type oxydatif et ses grands vins exposés pendant un an au soleil dans des bonbonnes en verre, subissant de nombreux chocs thermiques, imputant ainsi au vin une robe de couleur acajou et une incroyable et complexe palette aromatique.

Rivesaltes et Muscat-de-Rivesaltes

Le Rivesaltes (qui signifie « Rives Hautes » en Catalan) est une commune sise au nord de Perpignan qui se spécialise dans la production de VDN sous les appellations Rivesaltes et Muscat-de-Rivesaltes.

70 pour cent de la production totale de muscat en France est vendue sous l’épithète Muscat-de-Rivesaltes. Le Muscat-de-Rivesaltes est un vin blanc moelleux issu de deux variétés de muscat, soit le muscat d’Alexandrie et le muscat blanc à petits grains, auxquelles la surmaturité ne convient pas car elles sont sensibles à la pourriture. Le rendement moyen des vignes de muscat, souvent plantées sur des terrasses sèches difficiles à travailler, ne peut dépasser 30 hl/ha (en comparaison avec les 40 hl/ha autorisés pour les grands crus de Saint-Émilion). 

Le Rivesaltes est un VDN d’une plus grande complexité qui se décline dans toutes les couleurs et tous les styles imaginables. Il est issu d’un assemblage en proportions diverses de grenache noir, gris ou blanc, de malvoisie et des deux cépages muscat autorisés dans la production de Muscat-de-Rivesaltes. Le Rivesaltes peut être vinifié en blanc, sans macération pelliculaire, ou alors subir une macération de plusieurs semaines afin d’optimiser la couleur, les tanins et les arômes. Le Rivesaltes peut être fermenté en cuve inoxydable et embouteillé jeune, ou alors il peut être fermenté et vieilli en fûts de chêne plus ou moins longtemps et avoir une capacité au vieillissement plus ou moins longue. Certains Rivesaltes sont élevés dans un style rancio, un terme de dégustation qui désigne un type de vin particulier obtenu par son exposition (avant l’embouteillage) à l’oxygène et à la chaleur, à l’instar des xérès. Les meilleurs Rivesaltes, comme les portos, doivent leurs arômes complexes au vieillissement.

Sur l’étiquette des Rivesaltes, on trouve parfois les épithètes « grenat », « ambré », « tuilé » ou « hors d’âge ». Celles-ci donnent un indice sur la couleur et le style du vin.

  • Grenat : vin profondément fruité et accessible dans sa jeunesse dont l’épithète fait référence à sa couleur rouge grenat. Il doit contenir au moins 75 pour cent de grenache noir et il doit être élevé pendant au moins un an en fûts de chêne.
  • Ambré : vin vinifié avec les cépages blancs autorisés et élevé au moins 30 mois en milieu oxydatif dans de grandes cuvées ou foudres. Le style ambré est caractérisé par une couleur dorée foncée et par des arômes évoquant la noisette, la torréfaction et les agrumes confits.
  • Tuilé : le Rivesaltes tuilé doit contenir 50 pour cent de grenache noir. Élevés dans de grands contenants, les vins de style tuilé sont exposés à l’air pendant au moins 30 mois. La robe est de couleur tuilée, avec des reflets bruns ou orangés, et les arômes sont portés sur le cacao, le tabac, le pruneau et le café.
  • Hors d’Âge : ce terme peut être ajouté aux Rivesaltes de style tuilé ou ambré lorsqu’ils ont subi un élevage d’au moins cinq ans.

Les Muscat-de-Rivesaltes et les Rivesaltes peuvent être millésimés (provenant d’une seule récolte) ou non-millésimés, c’est-à-dire issus de l’assemblage d’un certain volume de l’année précédente au vin nouveau pour égaliser la qualité de la production.

Le Muscat-de-Rivesaltes est bu jeune et frais, généralement entre six et sept degrés Celsius. Il s’harmonise bien avec les terrines de foie gras, les desserts à base de fruits, les tartes aux amandes, la crème catalane, le fromage bleu ou même, simplement, en apéritif. Le Rivesaltes, de son côté, est à son meilleur lorsque servi entre dix et douze degrés Celsius et il s’accorde davantage avec les desserts chocolatés, le tiramisu, les dattes et les figues fraîches. Les jeunes Rivesaltes se marient aussi très bien avec les fromages bleus, alors que les plus vieux sont tellement rassasiants et complets qu’on peut les savourer sans dessert.

Le Domaine Cazes est certes le domaine le plus réputé de l’appellation mais on doit noter également l’excellent travail de la cave coopérative du Mont Tauch.

Oenotourisme

L’oenotourisme et le tourisme en général se développent rapidement dans le Roussillon. Les paysages idylliques et vertigineux des Pyrénées et de la Méditerranée sont certes des incitatifs convaincants pour attirer les touristes.

Si vous visitez la région, le domaine Cazes à Rivesaltes est un incontournable. Il vient d’ailleurs de se voir décerner le premier prix national de l’oenotourisme par le ministère du Tourisme. On peut y visiter les chais et les vignobles, déguster toute une gamme de ses vins et se délecter les papilles au fameux restaurant La Table d’Aimé qui propose des plats élaborés à partir de produits bios de la région (www.cazes-rivesaltes.com).

La Table d'Aimé à Rivesaltes

Pour vous donner des idées supplémentaires sur l’oenotourisme dans la région, visitez les sites www.sunfrance.com et www.loisirs.fr/Languedoc-Roussillon/Tourisme-Viti-Vinicole-Oenotourisme.html. Pour en connaître davantage sur les vins de la région, veuillez vous rendre sur www.vins-languedoc-roussillon.fr



Notes de dégustation

Produits présentement disponibles au Québec (SAQ); malheureusement, la sélection en Ontario est anémique mais s’améliorera sans aucun doute au fur et à mesure que la réputation et le prestige du Roussillon s’accroîtront.

ROUGES SECS

Cuvée Marie-Gabrielle 2009, Domaine Cazes, Côtes du Roussillon (19 $ @ SAQ) – Cette joyeuse concoction de syrah (50 %), de grenache (30 %) et de mourvèdre (20 %) exhale des arômes de petits fruits rouges des champs légèrement épicés. Le tout se poursuit au palais sur une charpente moyennement corsée et encadrée de tanins dodus. Voilà une démonstration convaincante du Côtes du Roussillon prêt à boire et convivial à la table.  17/20

Le Credo 2007, Domaine Cazes, Côtes du Roussillon-Villages (52 $ @ SAQ) – Les parfums extravertis de cette cuvée de grande ampleur sont dominés par la cerise, la groseille et le chêne judicieusement grillé. Charnu et modérément tannique, cet assemblage moderne de cabernet sauvignon et de merlot s’avère plein, chaleureux et passablement puissant. Un bel exemple du dynamisme roussillonnais. 16,5/20

LIQUOREUX / VDN

Cuvée Aimé Cazes 1978, Domaine Cazes, Rivesaltes (100 $ @ SAQ) – La cuvée Aimé, dédiée à Aimé Cazes, est le porte-étendard du domaine, lequel existe depuis 1895. La version 1978 de ce Rivesaltes, composée à 80 pour cent de grenache blanc auquel on a ajouté du grenache noir, étale fièrement sa couleur cuivrée aux teintes d’oignon caramélisé. Le bouquet, incroyablement éloquent, laisse échapper d’extraordinaires et fins parfums de pruneau, de zeste d’agrumes, de noisette grillée et de tabac, le tout s’étalant gracieusement sur un palais à la texture satinée et au panache inimitable. L’expression aromatique vibrante et quasi aristocratique de ce vin de méditation, maintenant à son sommet, symbolise la quintessence des Rivesaltes. Il ne reste que quelques bouteilles dans le réseau de la SAQ. 19,5/20

Prestige 15 ans d’âge, Mas Amiel, Maury (42 $ @ SAQ) – Arborant une hallucinante couleur fauve aux teintes rouillées, ce magnifique Maury à dominante de grenache noir, qui a passé un an dans des bonbonnes de verre à l’extérieur, est doté de doux arômes de datte, de figue et de cacao rehaussés par une fine oxydation éminemment plaisante. Moyennement corsée, d’une très grande finesse des saveurs, d’un sublime moelleux engageant et d’une admirable persistance, cette fiole s’avère un plaisir indéniablement hédoniste et une excellente introduction aux vins de Maury élevés en milieu oxydatif. On trouve également une cuvée 10 ans d’âge à 34 $ dans le réseau de la SAQ. 17/20

Muscat 2007, Domaine Cazes, Rivesaltes (24 $ @ SAQ) – Habillée d’une robe profondément dorée, cette succulente cuvée de muscat (d’Alexandrie et à petits grains), dotée d’un incontestable panache et d’une grande expression aromatique, évoque les agrumes confits, l’écorce de citron, le zeste de pamplemousse et le miel blond. Riche et onctueux, le palais révèle des saveurs enveloppées d’un voile moelleux insistant qui se poursuit jusqu’à la finale juteuse et d’une fabuleuse allonge. Une excellente introduction au Muscat de Rivesaltes que l’on peut boire avidement dans sa jeunesse. 17/20


Voici quelques autres fioles que j’ai eu le plaisir de déguster lors de mon périple roussillonnais et que je considère comme des « grands crus ». Ils ne sont présentement pas disponibles sur les tablettes de la SAQ ou de la LCBO. Si ces produits vous intéressent, vous pouvez les commander via l’importation privée; sinon, communiquez votre intérêt au gérant de votre succursale des alcools préférée.

BLANCS SECS

Les Pierres Plates 2009, Terrassous, Côtes du Roussillon ($ nd) – Cet assemblage réussi de grenache blanc, de macabeu et de vermentino séduit d’emblée avec son bouquet flatteur évoquant la pêche et la pomme traversé d’un judicieux filet grillé. La bouche révèle une personnalité enjouée aux heureux échos des arômes, ceux-ci s’étalant sur une structure moyennement corsée, pleine et harmonieuse. La finale, ronde, ample et persistante, est à la fois convaincante et éminemment affriolante. Un bel exemple de la qualité des vins blancs secs de la région, bien que la production de blanc reste relativement marginale dans le Roussillon. 17/20

ROUGES SECS

Clos du Moulin 2005, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Collioure ($ nd) – Voilà une superbe cuvée à base de mourvèdre et assemblée avec 10 % de counoise d’où transpirent des arômes enchanteurs de petits fruits sauvages et de boîte à tabac. Au palais, on se laisse envoûter par des saveurs bavardes appuyées d’une trame tannique finement tissée. Un vin de terroir, à la personnalité vibrante et authentique, produite en infimes quantités (les vignes couvrent une superficie de deux hectares seulement). 17,5/20

Cosprons Levants 2006, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Collioure ($ nd) –  Cet assemblage maîtrisé de syrah (60 %), de mourvèdre (30 %) et de grenache (10 %) semble infusé aux petits fruits rouges ponctués de sensuelles tonalités de garrigue et de havane. Le tout se réverbère joyeusement sur une charpente moyennement corsée et saupoudrée de fins tanins. Une excellente interprétation de l’appellation Collioure. 17/20

Réserve 2010, Vignerons Catalans, Côtes du Roussillon-Villages ($ nd) – Voilà une autre belle interprétation des vins rouge secs de la région, celui-ci à base de syrah assemblé avec du grenache et du carignan. Au nez, on se laisse charmer par des odeurs avenantes de petits fruits rouges des champs accentuées par une jolie touche épicée qui ajoute dimension et complexité au vin. Au palais, on découvre une superbe matière fruitée fraîche et nette, encadrée de beaux tanins finement ciselés, le tout se concluant sur un registre agréablement épicé. Une excellente fiole pour consommation immédiate qui fera des heureux à la table. 17/20

LIQUOREUX / VDN

1969, Mas Amiel, Maury ($ nd) – Cette divine cuvée arbore une ravissante couleur fauve. Puis, on distingue dans le verre des arômes suaves et très classiques de pruneau, de boîte à tabac, de caramel et de noix, lesquels conjuguent complexité et délicatesse. Dévoilant en bouche une pénétrante évolution des saveurs, ce Maury mature s’avère merveilleusement onctueux, magnifiquement harmonieux et sublimement profond. L’édition 1969 frise la perfection… dès la première gorgée, on entrevoit même le paradis!  20/20

Le domaine Mas Amiel

1980, Mas Amiel, Maury ($ nd) – S’annonçant par une couleur franchement rousse, ce Maury intemporel, embouteillé en 2009, présente un nez riche et luxuriant dans le même registre que son aîné 1969. Les flaveurs de ce vin d’exception se poursuivent allégrement sur un palais harmonieux et d’une folle complexité. La finale, superbement bien orchestrée, révèle un moment d’éternité. Sans conteste, un chef-d’oeuvre. 19,5/20

Tuilé 1995, Domaine Cazes, Rivesaltes ($ nd) – Le vaste domaine de Cazes couvre 200 hectares et il s’est taillé une réputation enviable pour ses fabuleux VDN. Cette version vinifiée dans un style « Tuilé » est habillée d’un voile de couleur fauve aux reflets tuilés qui précède un nez exubérant et porté sur les fruits secs, la boîte à tabac et le zeste d’orange. Merveilleusement net et droit, le 1995 se démarque par une harmonie et une profondeur inégalées des saveurs qui perdurent à l’infini. Ce Tuilé affiche une élégance et une noblesse du même registre que celles que l’on trouve dans les meilleurs portos de style tawny. Il est bâti pour un long et brillant avenir. On trouve présentement la cuvée 1990 à 47 $ à la SAQ, tout aussi sublime.  19,5/20

Hors d’Âge Vieilli en Sostréra, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Banyuls ($ nd) – S’annonçant au visuel par une hallucinante couleur tuilée, ce Banyuls d’exception dévoile un bouquet mémorable qui laisse échapper d’extraordinaires parfums de figue, de zeste d’orange, de havane et de noix, lesquels dansent et virevoltent en parfaite harmonie. La bouche, tout aussi remarquable et incroyablement tendre, se démarque par la grande finesse de ses saveurs et sa finale interminable. Un vin de grande envergure et d’un potentiel de vieillissement qui se mesure en décennies. Sostréra est le mot catalan pour soléra; celle du Domaine du Mas Blanc a été mise en œuvre en 1925, avec un premier soutirage en 1946. 19/20

Caudalies, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Banyuls ($ nd) – Caudalies est un vin monumental issu d’un travail d’orfèvre qui laisse des souvenirs indélébiles. Élaboré à l’origine de la même façon qu’un Banyuls blanc mais avec du grenache gris, le vin est vieilli en fûts de chêne à l’extérieur pendant plusieurs années. Le résultat est saisissant : couleur ambrée aux reflets cuivrés; bouquet somptueux aux senteurs presque indescriptibles (tellement le vin est unique) d’agrumes confits, de boîte à tabac et de sel de mer; saveurs à la fois volumineuses, suaves, puissantes et raffinées qui perdurent et qui perdurent (d’où le nom Caudalies, une mesure du temps). Incontestablement, un vin d’hédoniste. 19/20

Vintage Réserve 2007, Mas Amiel, Maury (19 $ pour 375 ml) – Vêtu d’une robe rubis foncé, ce fabuleux nectar est rempli de beaux arômes de mûre écrasée et torréfiée, traversé d’un insistant filet de cuir et de boîte à cigares. La bouche dévoile des saveurs concentrées qui tapissent littéralement le palais, de même que de nobles tanins : un régal. Cette fiole réunit toutes les qualités auxquelles on s’attend d’un Maury Vintage provenant d’une grande maison. Encore à l’aube de sa vie, il perdurera peut-être plus longtemps que vous et moi. Le millésime 2008 est présentement disponible à la SAQ. 19/20

Le Parfum de Terrassous « Ambré » 2005, Terrassous, Rivesaltes ($ nd) – Ce voluptueux VDN affiche une chatoyante couleur fauve suivie au nez d’une explosion de douces et pénétrantes senteurs de noix et de fruits secs, ponctuées d’un somptueux soupçon oxydé évoquant un peu le sel marin. La bouche, merveilleusement fraîche et vivifiante, révèle une parfaite entente entre l’élégant moelleux et l’acidité équilibrante, se concluant sur de délicieux et très persistants accents de zeste d’orange. On a l’impression de croquer dans un morceau de paradis. 19/20

Ambré 1988, Vignerons Catalans, Rivesaltes ($ nd) – Arborant fièrement une lumineuse robe fauve, cet extraordinaire Ambré composé uniquement de grenache blanc se distingue par son aromatique bouquet porté sur l’écorce de citron, les agrumes confits, la noix et le miel blond, rehaussé de typiques notes oxydées qui confèrent au vin une personnalité du tonnerre. La bouche dévoile des courbes sensuelles, un profil gustatif bavard, un moelleux élégant et une finale très persistante. Maintenant à son zénith, il y restera très longtemps, soit au moins une décennie et probablement davantage. 19/20

Ambré 1974, Vignerons Catalans, Rivesaltes (31 $ pour 500 ml) – Le frère aîné de la précédente cuvée lui ressemble presque comme un frère jumeaux, bien que l’édition 1974 soit un peu plus évoluée, comme on s’y attendrait, avec des notes additionnelles de cire d’abeille. Le passage du temps n’a eu aucun impact sur la netteté et la fraîcheur des saveurs, lesquelles assurent la quasi-perfection de ce nectar tout à fait resplendissant. Ce Rivesaltes est le parfait exemple du potentiel de vieillissement remarquable des vins de l’appellation lorsqu’ils sont vinifiés avec brio, comme c’est le cas ici. Quelle expérience bachique inoubliable!  19/20

Croix Milhas 4 ans, Vignerons Catalans, Banyuls ($ nd) – Cet assemblage en parts égales de grenache noir et de grenache gris, élevé pendant 4 ans dans des foudres de chêne centenaires, dévoile une robe de couleur cerise aux teintes tuilées qui précède une palette aromatique séductrice où se chevauchent des parfums de pruneau et de havane, complexifiée par un léger soupçon de sel marin. En bouche, ce vin moyennement corsé séduit par sa plénitude, son beau centre moelleux et ses saveurs croquantes très persistantes. Superbe Banyuls! 18,5/20

Cuvée du Dr. Parcé, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Banyuls ($ nd) – Cet assemblage de plusieurs millésimes se veut un Banyuls d’introduction pour la nouvelle génération d’amateurs de vin. C’est réussi. À l’olfactif, on découvre une panoplie d’arômes allant du fruit confit à la noix légèrement torréfiée en passant par le pruneau et la figue. Le tout s’étale allègrement sur un palais généreux, chaleureux et ample, dont le moelleux élégant ne tombe jamais dans la lourdeur. La finale, d’une allonge remarquable, se termine en queue de paon sur des rappels de fruits confits. Délicieux! 18,5/20

Vieilles Vignes 1998, Domaine du Mas Blanc (Dr. Parcé & Fils), Banyuls ($ nd) – Ce voluptueux Banyuls, issu de vignes de grenache de plus de 40 ans, révèle une belle couleur tuilée qui précède de douces senteurs de fruits confits, de pruneau, de boîte à tabac, de grains de café rôtis et de noix de Brésil. On retrouve au palais cette même palette aromatique complexe et raffinée qui laisse transpirer un début d’évolution tertiaire (c’est-à-dire imputable au vieillissement en bouteille) d’une grande ampleur. Il n’y a toutefois pas de presse à déguster cette magnifique fiole : si vous avez la patience d’attendre, le vin continuera sa belle évolution sur un long horizon. 18,5/20

Plénitude, Passerillé sur schistes, « L09 », Mas Amiel, Maury ($ nd) – Arborant fièrement une profonde couleur dorée, cette fulgurante cuvée vinifiée en vin de table se distingue par ses odeurs avenantes et volubiles d’agrumes frais et de marmelade. Au palais, on se laisse charmer par de somptueuses saveurs moelleuses ragaillardies par une judicieuse et digeste acidité. La finale, extraordinairement ronde et bavarde, perdure interminablement.  18/20

Ambré 1998, Domaine Cazes, Rivesaltes (≈21 $ pour 375 ml) – Vêtue d’une chatoyante robe fauve pâle, cette fiole à dominante de grenache blanc est une explosion d’agrumes confits et de noix grillées ponctués de luxuriantes tonalités caramélisées. Les saveurs modérément charnues s’étalent langoureusement sur un ensemble merveilleusement moelleux jusqu’à une glorieuse finale aux échos des arômes. Encore bien ancré dans sa jeunesse, ce vin est destiné à un long avenir. Le millésime 1996 est présentement disponible à la SAQ. 18/20

Muscat 1996, Domaine Cazes, Rivesaltes ($ nd) –  Voilà un bel exemple de muscat qui commence sa phase tertiaire (c’est-à-dire imputable au vieillissement en bouteille) et la preuve que le muscat vieilli bien lorsque vinifié d’une main de maître. Cette version maintenant âgée de 15 ans respire les agrumes confits et la pêche en conserve rehaussée d’intrigantes et subtiles tonalités oxydées. La bouche révèle un moelleux insistant et équilibré qui enveloppe des saveurs moyennement corsées, le tout se concluant sur une finale d’une excellente allonge. On peut commencer à le boire dès maintenant mais il lui reste encore de nombreuses années de gloire devant lui. 17/20

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