Liban

Le Liban est l’une des plus anciennes aires viticoles au monde. Bien que l’histoire du vin libanais ait débuté au temps des Phéniciens (vers 3 000 ans avant J.-C.), la viticulture libanaise telle qu’on la connaît aujourd’hui est relativement récente. Après sa quasi-disparition en 1517 alors que le territoire de l’actuel Liban est absorbé par l’Empire ottoman (lequel interdit la vinification outre à des fins religieuses), l’industrie du vin renaît en 1857 grâce aux missionnaires Jésuites qui y réintroduisent la vigne, jetant ainsi les bases de la viticulture libanaise moderne. C’est pourquoi, bien qu’historiquement faisant partie de l’Ancien Monde, on place le Liban dans le Nouveau Monde viticole, joignant ainsi les rangs des nouveaux pays exportateurs de vin tels que le Chili et l’Australie.

Baalbek, l’ancienne cité grecque située dans la vallée de Békaa, est le centre viticole du Liban. S’y trouve également le temple de Bacchus (dieu romain du vin), lequel fut construit au milieu du 2e siècle après J.-C.

Le temple de Bacchus à Baalbek

 À l’exception de quelques vignobles situés dans les montagnes, la grande majorité des vignes sont cultivées dans la vallée de Békaa (également épelé Beqaa et Beeka), aire viticole s’appropriant 79 % de la production nationale. La vigne y est cultivée sur une superficie totale d’environ 29 000 hectares mais, selon l’Union vinicole du Liban, seuls entre 2 000 et 2 500 hectares servent à la production de vin, soit une superficie presque trois fois plus petite que le vignoble ontarien et 50 fois plus petite que la région de Bordeaux. Le reste des raisins cultivés est destiné à la distillation pour produire de l’arak, une eau-de-vie anisée.

La haute altitude du vignoble (environ 1 000 mètres) et les hauts versants de chaque côté de la vallée sont à l’origine de nuits fraîches, propices à la maturation saine du raisin, et d’une bonne pluviométrie.

Les cépages cultivés sont principalement d’origine française, soit le grenache, le cinsault, la syrah, le carignan et le cabernet sauvignon, avec un peu de merlot.

Il n’existe qu’une trentaine d’entreprises viticoles au Liban, en hausse fulgurante comparé aux cinq qui existaient en 1998. Les châteaux Kefraya et Ksara monopolisent à elles seules 70 % de la production nationale.

Contrairement à la majorité des pays arabes, le Liban n’a aucune restriction au plan du commerce, de la promotion, de la vente ou de la consommation de vin. Néanmoins, le vin n’est pas aussi populaire auprès des Libanais que l’arak, leur boisson nationale. Les domaines viticoles doivent donc miser sur l’exportation pour subsister. C’est un gros défi pour les vignerons libanais car ils font face à une concurrence féroce de la part des nouveaux pays exportateurs tels que l’Australie, le Chili et l’Argentine. De plus, le vin libanais ne bénéficie pas encore d’une image de marque basée sur un système d’appellation (comme les Appellations d’origine contrôlée en France) ni d’organisation réelle de leur secteur. Tout reste à réaliser pour faire reconnaître la qualité du vin libanais à l’international.

Le parcours de la viticulture libanaise depuis 1857 a été, pour le moins qu’on puisse dire, juché d’embûches. Les crises politiques et la guerre ont créé des conditions difficiles, sinon hostiles, au développement de l’industrie viticole. Des vignobles entiers ont été ravagés par la guerre, au point que seuls les domaines Musar et Ksara ont aujourd’hui des vignes âgées de plus de 50 ans.

Grâce à un climat politique dorénavant plus stable depuis la fin des années 1990 (à l’exception du conflit de 2006 et des tensions politiques récentes) et à une climatologie très propice à la culture de la vigne, le Liban est aujourd’hui une zone viticole qui attire l’attention des investisseurs étrangers, élément crucial pour l’accroissement de la superficie du vignoble et de la qualité de la production.

De nos jours, le vin libanais est une industrie qui génère annuellement 38 millions de dollars en chiffres d’affaires. On y produit annuellement quelques 7 millions de bouteilles de vin.

Voici un aperçu des principaux domaines viticoles libanais.

Château Kefraya : domaine de 300 hectares sis au pied du mont Liban, dont les vignes sont plantées entre 950 et 1 100 mètres d’altitude et commercialisant 1,8 millions de bouteilles annuellement. Kefraya produit la cuvée « Comte de M », considérée comme l’un des plus grands vins libanais (se détaillant presque 50 $ à la SAQ).

Le Château Ksara

Château Ksara : fondé par les pères Jésuites en 1857, ce qui en fait le plus ancien domaine viticole du Liban, et le plus important aussi avec ses 400 hectares de vignes et ses 2 millions de bouteilles par an.

Château Musar : domaine novateur fondé en 1930 par Gaston Hochar. Musar fut le premier domaine à introduire l’égrappage et la maturation en fûts de chêne neuf français. Musar est l’un des domaines les plus prestigieux du Liban, faisant vieillir sa cuvée rouge haut de gamme, produite en infime quantité, pendant au moins sept ans en barriques et en bouteille avant de la commercialiser. Musar exporte 95 % de sa production, principalement vers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Massaya : domaine créé au milieu des années 1990 qui a marqué le début de l’accroissement des investissements viticoles au Liban. Les prestigieux domaines français Cheval Blanc et Vieux Télégraphe en sont les principaux investisseurs.

 


Notes de dégustation

Voici un aperçu de quelques-unes des meilleures fioles libanaises présentement disponibles sur les tablettes de la Société des Alcools du Québec (SAQ). Il y a présentement peu de choix sur les tablettes de la Liquor Control Board of Ontario (LCBO); à noter, toutefois, une verticale de trois millésimes (1995, 1999 et 2001) du Château Musar blanc, se détaillant 85 $, 59 $ et 35 $ respectivement; voir mes notes de dégustation pour le 2001, ci-dessous.

BLANCS 

Musar Blanc 2001, Château Musar (Gaston Hochar), Vallée de Békaa (35,00 $ @ LCBO) – La viticulture libanaise a accompli de grands progrès au plan qualitatif depuis une dizaine d’années grâce au talent et à l’acharnement de vignerons tel que Gaston Hochar. À preuve, ce fabuleux flacon dont la robe aux chatoyants reflets cuivrés précède un bouquet merveilleusement complexe et tout à fait envoûtant qui regorge de douces senteurs d’abricot, de miel blond, de minéral et de champignon frais. Ce grand cru libanais, qui ne montre aucun signe de fatigue, a indéniablement connu une très belle évolution en bouteille : cela lui a permis d’acquérir profondeur, rondeur et panache. D’un caractère plutôt charnu et d’une texture fraîche et pénétrante, il est maintenant à son apogée. Un vin de très haut niveau. 18/20

Blanc de Blancs 2009, Château Ksara, Vallée de Békaa (16,40 $ @ SAQ) – Cet assemblage de chardonnay, de sauvignon blanc et de sémillon explose de parfums de pomme juteuse, de grillé bien intégré et d’amande blanchie, entrelacés d’un filet de lime et de champignon blanc frais. Cette séduisante complexité aromatique se poursuit sur un palais moyennement charnu, où le chardonnay apporte une belle rondeur et le sauvignon, un judicieux apport acide. Malgré un léger manque de persistance en fin de bouche, cette cuvée s’avère néanmoins un excellent vin de tous les jours. 16/20

Blanc de Blancs 2007, Château Fakra, Vallée de Kfardebian (15,45 $ @ SAQ) – Cette concoction inusitée d’ugni blanc, de muscat et de clairette est dominée par des arômes de poire verte et de zeste de pamplemousse, rehaussée d’accents d’amande blanchie et d’oxydation qui n’est pas sans évoquer les xérès de type fino. Moyennement corsé et sec, ce blanc déborde de vivacité, d’originalité et d’exotisme. Pour sortir des sentiers battus. 15/20

La vallée de Békaa au pied du mont Liban

ROUGES

Château Marsyas 2007, Château Marsyas, Vallée de Békaa (39,00 $ @ SAQ) – Cette sérieuse fiole de cabernet sauvignon (50 %), de syrah (30 %), de merlot (15 %) et de petit verdot (5 %) déborde de senteurs de bleuet, de prune noire et de cèdre judicieusement dosé, traversé d’un fin filet de viande crue (imputable à la syrah). Au palais, ce libanais dévoile un fruité débonnaire, une certaine corpulence, une indéniable puissance, des tanins juvéniles, une solide structure et un potentiel de vieillissement très prometteur. Racé, profond et bien façonné, ce vin révèle beaucoup d’envergure. 17/20

Les Émirs 2006, Clos Saint-Thomas, Vallée de Békaa (16,60 $ @ SAQ) – Composé principalement de cabernet sauvignon, de syrah et de grenache, Les Émirs exhale d’amples élans aromatiques évoquant la prune rouge, la rose fanée et l’encens, ponctués de soupçons terreux, épicés et torréfiés. Cette succulente cuvée, à la fois gouleyante et exotique, se distingue par l’élégance et la précision de ses saveurs, sa trame tannique finement tissée, sa texture veloutée et sa finale harmonieuse. Une très belle représentation des vins libanais.  17/20

Château Kefraya 2006, Château Kefraya, Vallée de Békaa (26,10 $ @ SAQ) – Cette joyeuse concoction de cabernet sauvignon, de syrah et de mourvèdre, fortement colorée, révèle un bouquet enchanteur aux infusions de mûre, de groseille, de chêne grillé bien dosé et d’épices diverses. Au palais, ce Kefraya dévoile un centre fruité et juteux, une charpente à la fois solide et harmonieuse de même que des tanins encore indisciplinés qui bénéficieraient du passage du temps. Voilà un vin libanais de facture moderne, au caractère éminemment plaisant et débordant d’originalité, qui témoigne du niveau qualitatif grandissant de cette région viticole. 16,5/20

Clos St-Alphonse 2007, Château Ksara, Vallée de Békaa (13,70 $ @ SAQ) – Cet assemblage réussi de syrah et de cabernet sauvignon dégage d’heureux effluves de griotte, de prune et de fleurs, rehaussés d’insistantes notes de gibier et de poivre noir. L’édition 2007 de cette cuvée d’entrée de gamme révèle beaucoup de complexité et d’élégance, ce qui surprend pour une fiole sous la barre des 15 $. À notre grand bonheur, ce libanais gouleyant, moyennement corsé et aux tanins dodus offre sans conteste un très bon rapport qualité-prix. 16/20

Réserve du Couvent 2008, Château Ksara, Vallée de Békaa (14,75 $ @ SAQ) – Vin de syrah (40 %), de cabernet sauvignon (30 %) et de cabernet franc (30 %) dont le bouquet semble infusé à la cerise noire et à la fumée, saupoudré d’épices diverses, de cannelle et de chocolat blanc. Les saveurs moyennement corsées sont encadrées de tanins pondérés et se concluent sur une finale expressive, un tantinet amère mais de bonne allonge. De facture moderne, il plaira beaucoup aux amateurs de vins du Nouveau Monde. 16/20

Les Bretèches 2007, Château Kefraya, Vallée de Békaa (15,45 $ @ SAQ) – Le nez de cette succulente fiole libanaise composée de cinsault, de syrah, de cabernet sauvignon, de tempranillo, de carignan, de grenache et de mourvèdre suggère la griotte, la cerise macérée, l’essence florale et la gousse de vanille. Au palais, le vin s’avère d’abord velouté puis révèle un profil gustatif généreux et harmonieux, encadré de tanins bien intégrés à la matière fruitée. Une très bonne affaire! 16/20

Musar Jeune 2008, Château Musar (Gaston Hochar), Vallée de Békaa (17,95 $ @ LCBO) – Cet assemblage de cinsault, de syrah et de cabernet sauvignon qui n’a pas touché le bois dévoile un bouquet très volubile d’où s’échappe un tourbillon de framboise, de réglisse rouge et d’essence florale. Les saveurs, moyennement corsées et juteuses, sont encadrées d’une trame tannique plus imposante qu’on s’y attendrait pour un vin non boisé (outre la peau des raisins et la rafle, les tanins sont typiquement transmis par la barrique de chêne). Le terme « Jeune » est inspiré du terme espagnol « Joven », lequel désigne des vins qui sont vinifiés pour être bus dès leur commercialisation. 15/20

Cabernet Sauvignon « Cuvée spéciale » 2006, Château Ksara, Vallée de Békaa (22,40 $ @ SAQ) –  Cette cuvée monocépage se distingue par ses odeurs avenantes de cerise noire, de prune, de musc prononcé et de grillé bien intégré. Le palais, moyennement corsé et passablement tannique, révèle une certaine rusticité et une personnalité extravertie. La trame tannique exige que le vin soit servi avec de la nourriture : essayez-le avec une terrine de viande sauvage ou une viande grillée. 15/20

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