Brève histoire de la bouteille de vin

De nos jours, la bouteille de verre est le récipient le plus couramment utilisé pour contenir, transporter, conserver et servir le vin. La bouteille de verre est un développement important dans l’histoire du vin. Bien que la bouteille de verre ait l’inconvénient d’être lourde et fragile, elle a toutefois l’avantage d’être inerte : elle n’affecte ainsi pas son contenu. C’est donc avec l’avènement de la bouteille de verre, soigneusement bouchée, qu’est née la pratique du vieillissement du vin.

Avant l’invention de la bouteille de verre, le vin n’était entreposé que pour des périodes relativement courtes, au plus six à huit mois avant qu’il ne tourne au vinaigre, en plus d’être souvent additionné d’épices et d’eau de mer afin de mieux le conserver (et pour mieux garder ses qualités gustatives avec le passage du temps).

Dans l’Antiquité, le vin était conservé et transporté dans de grandes jarres appelées « amphores ». La grandeur et la forme de ces amphores pouvaient considérablement varier, mais celles-ci possédaient toutes deux anses et un goulot assez étroit afin d’être facilement bouchées. La plupart du temps, les amphores possédaient aussi un fond qui se terminait en pointe, sauf dans le sud de la France où les amphores avaient un fond plat. Une fois remplies, les amphores étaient très lourdes, rendant difficile le versage du liquide : le fond en pointe, faisant office de troisième anse, favorisait ainsi une meilleure prise pour verser le liquide.

Pour boucher le goulot des amphores, on utilisait un couvercle d’argile cuite ou un bouchon de liège. Bien que souvent non identifiées, les amphores étaient à l’occasion marquées du nom du propriétaire ou de celui de l’atelier de poterie où elles étaient fabriquées; parfois, elles affichaient également des détails sur leur contenu. Les amphores étaient souvent enfuies à même le sol pour garder leur contenu frais et ainsi prolonger la durée de conservation.

Ce furent les Romains qui inventèrent la technique du verre soufflé et qui, les premiers, fabriquèrent des bouteilles en verre, dont certaines étaient utilisées pour contenir du vin. Jusqu’à la fin du 17e siècle, la production de bouteilles de verre était une pratique coûteuse et donc rare; pour servir le vin, on utilisait plutôt des gourdes en cuir ou en étain, des pichets, des cruches et autres récipients, d’abord conçus pour la bière.

Il faudra attendre le 18e siècle et l’invention des fours à charbon avant que la fabrication de la bouteille de verre ne prenne une dimension commerciale, grâce aux Anglais. Les Anglais achetaient alors leur vin du Continent, lequel était acheminé dans des grands tonneaux (dont leur origine remonte à la Gaule du 3e siècle). Pour mieux écouler la marchandise sur le marché domestique, les marchands de Londres eurent l’idée de mettre le vin en bouteille, laquelle était plus facile à vendre qu’un tonneau. Les Anglais ont vite constaté que le vin se conservait beaucoup mieux en bouteille qu’en tonneau. Grâce à leur maîtrise des fours à charbon, les Anglais apprirent à produire du verre plus résistant et des bouteilles plus épaisses, lesquelles ont vite prouvé leur supériorité pour le transport et l’entreposage du vin. En France, ce n’est qu’à la fin du 18e siècle que le vin et le verre anglais ne deviennent d’inséparables compagnons, d’abord en Champagne, puis dans les autres régions.

L’évolution des récipients à vin, de l’amphore à la bouteille contemporaine

À ses débuts, la bouteille de verre ressemblait plutôt à une sphère aplatie, pour assurer une bonne assise, avec un col relativement long, pour une bonne prise en main. Avec le passage du temps, la forme des bouteilles évolue et devient plus cylindrique, car cela était plus commode pour l’entreposage et le transport.

La bouteille de vin contemporaine vient en divers formats, bien que la norme en vigueur dans la plupart des pays soit de 750 ml. Pourquoi 750 ml et non pas un litre ou un demi-litre? La raison est historique : au moment où le verre soufflé est devenu le matériel le plus populaire pour contenir le vin, la consommation moyenne quotidienne pour un homme européen était de 750 ml. Il faut noter toutefois que le vin à l’époque était loin de contenir autant d’alcool qu’aujourd’hui…

Les divers formats de bouteille portent des noms précis et parfois étranges, la plupart empruntés à l’Ancien Testament. Les noms varient selon qu’on utilise la norme de Bordeaux ou celle de la Champagne et de la Bourgogne.

Capacité Bordeaux Champagne / Bourgogne
375 millilitres fillette demi-bouteille
750 millilitres frontignan bouteille
1,5 litres (2 bouteilles) magnum magnum
2,25 litres (3 bouteilles) marie-jeanne
3 litres (4 bouteilles) double magnum jéroboam
4,5 litres (6 bouteilles) jéroboam réhoboam
6 litres (8 bouteilles) impériale mathusalem
9 litres (12 bouteilles) salmanazar salmanazar
12 litres (16 bouteilles) balthazar balthazar
15 litres (20 bouteilles) nabuchodonosor nabuchodonosor
18 litres (24 bouteilles) melchior salomon
50 à 60 litres (64 à 80  bouteilles) Dame Jeanne*

* Bonbonne de verre munie de deux poignées pour en faciliter le transport.

Les érudits qui veulent faire vieillir le vin chérissent plus souvent qu’autrement les grands formats, du magnum à l’impériale (Bordeaux), car ceux-ci contiennent moins d’oxygène par volume : cela favorise un vieillissement du vin plus lent et contrôlé.

Les bouteilles de vin sont plus souvent qu’autrement colorées (souvent verdâtres, parfois aux teintes jaunâtres presque brunâtres, dites feuille-morte). Les Champenois, qui se sont penchés sur les effets de la bouteille sur le vin, ont découvert que le précieux liquide se conserve mieux dans un verre sombre, lequel filtre davantage les rayons ultraviolets de la lumière, nocifs au vieillissement du vin. Par contre, un verre coloré rend plus difficile l’appréciation de la couleur par le consommateur. C’est pour cette raison que les rosés, qui ne sont pas destinés à la garde, sont généralement vendus dans une bouteille transparente. Il existe une exception à cette règle du verre coloré : les Sauternes. Pourtant destinés à la garde, les vins de Sauternes sont embouteillés dans du verre clair. Il n’y a aucune raison pour cela autre que le respect d’une tradition centenaire.

La forme des bouteilles est aujourd’hui relativement standardisée dans la plupart des pays. Ainsi, les vins de chardonnay du monde entier sont plus souvent qu’autrement logés dans des bouteilles dites « bourguignonnes », alors que les rieslings sont contenus dans des fioles plus élancées de style « alsacien ». La forme des bouteilles aujourd’hui peut donner un indice sur le style du vin. Par exemple, les producteurs de la Rioja embouteillent souvent leurs vins à base de grenache dans des fioles de forme bourguignonne, alors que leurs vins de tempranillo, destinés à un plus long vieillissement, sont contenus dans des flasques de forme bordelaise.

Nombreux producteurs utilisent aussi les bouteilles comme outil commercial. Ainsi, les producteurs de Châteauneuf-du-Pape utilisent un flacon affichant les armoiries de la commune.

Les bouteilles contemporaines ont un fond plat ou creux. Lorsque le fond est creux, on parle de piqûre ou de cul de la bouteille. La plupart des bouteilles de Champagne ou autres vins effervescents ont une piqûre profonde car, selon les méthodes de vinification traditionnelles, les bouteilles d’effervescents sont mises sur pointe, c’est-à-dire placées goulot vers le bas, les unes sur les autres. Les vins tranquilles (sans bulle) n’ont pas besoin d’être entreposés dans des bouteilles avec piqûre; toutefois, la majorité des bouteilles contemporaines ont un fond creux car cela donne l’illusion qu’une fiole de 750 ml a une plus grande capacité. L’avantage le plus évident d’une piqûre profonde est que celle-ci offre une meilleure prise pour le service du vin, le pouce y prenant appui.

Aujourd’hui, le verre n’a plus le monopole comme matériel pour contenir le vin. On trouve de plus en plus sur le marché des vins embouteillés dans des fioles en plastique imitant le verre ou alors en Tetra Pak, ce dernier étant basé sur le principe de la pinte de lait et qui serait, selon ses concepteurs, plus écologique. Est-ce la fin de la bonne vieille bouteille de verre pour contenir le vin? L’Histoire le dira, mais pour l’instant la bouteille de verre conserve toute sa noblesse et sa relation privilégiée avec la boisson de Bacchus.

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