Alain Brumont

J’ai eu l’honneur et le grand plaisir, à plusieurs reprises, de discuter avec l’une des figures les plus emblématiques du Sud-Ouest de la France sinon de tout l’Hexagone, monsieur Alain Brumont. Alain Brumont est le maître incontesté du cépage tannat et de l’appellation Madiran. En fait, il a

Marie-France en compagnie d'Alain Brumont

littéralement remis les cartes de noblesse au Madiran. Reconnaissant l’extraordinaire exploit de Brumont, le magazine français Gault Millau lui attribue en 1991 le titre de « Meilleur Vigneron des années 1980 ».

Alain Brumont est un visionnaire qui a beaucoup fait pour la promotion des cépages locaux du Sud-Ouest de la France, non seulement avec le tannat (en rouge) mais également avec les cépages blancs gros manseng (vinifié dans les styles secs et moelleux) et petit courbu (vinifié en sec).

Le terroir du Madiran, qui ne produit que du vin rouge, est sis dans les Pyrénées. Madiran est constitué d’un ensemble de collines à fortes pentes (de 20 à 40 pour cent) où seules les crêtes de même que les pentes sud et sud-ouest peuvent fournir du raisin servant à la vinification des vins du Madiran. Le sol et le sous-sol du Madiran sont principalement constitués d’argile, avec de gros galets sur les terres de Montus et du calcaire sur le terroir de Bouscassé. L’une des caractéristiques principales de l’appellation est que l’écoulement des eaux sur les sols assez filtrants des grandes pentes de Madiran peuvent causer la perte des éléments nutritifs du sol (essentiels à la vigne) : les producteurs du Madiran ont dû ainsi rectifier ce problème en installant de gros drains transversaux. L’un des gros avantages du Madiran est son climat quasi idéal pour la viticulture : l’été, les journées sont chaudes et les nuits fraîches et, à l’automne, la pluviométrie est faible.

Alain Brumont vinifie également du vin sous l’appellation Pacherenc-du-Vic-Bilh, laquelle est sise dans la même aire viticole que le Madiran, mais ne produisant que des vins blancs. Plus récemment, Brumont a commencé à vinifier des vins d’appellation Vin de pays de Gascogne, dont le sol est constitué d’argiles grises et de calcaire délité.

Alain Brumont exploite 300 hectares de vignes sur lesquelles il pratique les vendanges manuelles pour assurer un meilleur tri des raisins à parfaite maturité de même que la lutte raisonnée dans le respect de l’environnement. Il dirige les châteaux Montus et Bouscassé depuis le départ à la retraite de son père en 1980. Les domaines d’Alain Brumont produisent en moyenne 1,6 million de bouteilles annuellement, lesquelles sont vendues dans une quarantaine de pays à travers le monde. Son porte-étendard, le Montus Cuvée Prestige, est souvent surnommé « le Pétrus du Sud-Ouest ».

Par son travail acharné à vinifier des vins de très grande qualité, Alain Brumont a permis au terroir du Madiran de renaître de ses cendres. En effet, il a accompli un travail de recherche et d’étude admirable pour réinventer le Madiran et pour faire redécouvrir le cépage noble tannat.

Entre autres, Alain Brumont a introduit des techniques de vinification rigoureuses dans le Madiran, incluant :

  • sélection des bourgeons – en éliminant les plus vivaces et les plus faibles, il évite les écarts trop grands de maturité entre les grains;
  • orientation des rangs de vignes à 15h au soleil – cela permet d’exposer le raisin au soleil du matin et à celui de l’après-midi, accroissant ainsi la maturité du fruit;
  • effeuillage en trois passages – en effeuillant la vigne en juin, en juillet et en août, il permet au raisin d’être plus exposé au soleil;
  • forte densité de plantation à 7 500 pieds par hectare – plus les pieds sont rapprochés, plus on obtient un effet de bonzaï et, par conséquent, des grappes plus petites;
  • vendanges manuelles – cela permet une récolte plus douce que celle effectuée à la machine, protégeant mieux autant l’intégrité du raisin que l’environnement.

Alain Brumont est également reconnu pour sa position bien établie sur l’interdiction totale à travers le monde de la chaptalisation (ajout de sucre), de l’acidification ou de la désacidification du vin, qu’il considère comme des techniques de manipulation du vin visant uniquement à corriger une ou plusieurs déficiences dans la matière première, soit le raisin. Pour Brumont, tout commence à la vigne et seul un raisin de qualité peut produire de grands vins.

Château de Montus

Alain Brumont, loin de s’asseoir sur ses lauriers, continue sur sa lancée visionnaire : en juillet dernier, il annonce que ses cuvées haut de gamme des châteaux Montus et Bouscassé seraient dorénavant vendues en primeur, à l’instar des Bordeaux.

Pour plus d’information sur Alain Brumont et ses vins, visitez son site web au www.brumont.fr.


Notes de dégustation

Les Québécois sont des grands amateurs des vins d’Alain Brumont et on les trouve facilement dans le réseau de la Société des alcools du Québec (www.saq.com). Bien que la sélection de vin de Brumont soit pour l’instant anémique à la Liquor Control Board of Ontario (www.lcbo.com), on peut les trouver périodiquement dans la section Vintages.

Aalin Brumont applique beaucoup de rigueur dans la vinification de toutes ses cuvées et réussit à produire d’excellentes fioles même dans les millésimes plus difficiles. Vous pouvez donc acheter sans hésitation ses cuvées issues de tous les millésimes, sauf peut-être ceux de 2002, pluvieux, qui a produit des madirans parfois dilués, à la structure un peu chancelante. Pour ceux qui veulent acheter des cuvées à faire vieillir sur un horizon de dix ans et plus, tournez-vous vers le millésime 2005, sans conteste le meilleur de la décennie.

Toutes les cuvées ci-dessous ont été dégustées dans les 18 derniers mois. On peut les trouver présentement sur les tablettes de la SAQ ou de la LCBO, mais parfois en quantités très limitées, donc veuillez vérifier la disponibilité des produits avant de vous déplacer.

Vins blancs :

Les Jardins de Bouscassé, Pacherenc du Vic-Bilh Sec 2007 (16 $ SAQ) – La séduisante palette aromatique de cette cuvée évoque la pomme verte et le minéral, ponctuée de tonalités évasives et intrigantes de musc. À la fois léger et expressif, ce beau vin sec, au fruité bien encadré par une saine acidité, est doté d’une personnalité envoûtante et d’une profondeur à laquelle on ne s’attend pas dans une fiole de cette gamme de prix. Alain Brumont applique autant de sérieux à vinifier ses fioles d’entrée de gamme que ses grandes cuvées encensées par la critique internationale. 18/20

Torus, Pacherenc du Vic-Bilh Sec 2007 (16 $ SAQ) – Un bouquet merveilleusement volubile prélude en bouche à des saveurs de pomme, d’agrumes et de minéral, rehaussées de délicieuses tonalités de champignon blanc et de poire. Moyennement corsée et débonnaire, je recommande fortement cette fiole à tout amateur à la recherche d’expériences vinicoles uniques et variées. Dégusté avec des sushis, l’accord était réussi. 17/20

Alain Brumont produit d’autres cuvées en blanc, sous l’éponyme « Vin de pays de Gascogne », lesquelles offrent un rapport qualité-prix supérieur.

Vins rouges :

Argile Rouge 2004 (30 $ SAQ) – Cette cuvée est issue du seul terroir d’argile rouge du Madiran, d’où son nom, lequel est riche en fer, ce qui donne au vin un goût particulier. Assemblage judicieux de tannat (50 %), de cabernet sauvignon (25 %), de cabernet franc (20 %) et de fer servadou (5 %), il s’annonce par une robe rubis-bourgogne très dense qui précède un nez de groseille, de cerise macérée, d’épices diverses, de fer et de terre noire. La bouche, charnue, présente une matière fruitée judicieusement extraite et des tanins encore juvéniles, comme on s’y attendrait d’un vin si jeune, mais sans aucune dureté. Une belle interprétation racée du Madiran. 18/20

Bouscassé 2006 (11 $ pour 375 ml SAQ) – À base de tannat et assemblé avec du cabernet franc et du cabernet sauvignon, ce succulent Madiran livre des parfums de petits fruits noirs fraîchement cueillis saupoudrés d’une généreuse dose de grillé, d’épices diverses et de grains de café finement moulus. Cette fiole charme par son côté étonnamment accessible pour un vin si jeune. Une belle introduction à l’appellation Madiran.  17/20

Bouscassé Vieilles Vignes 2002 (34 $ SAQ) – Alain Brumont a vinifié ici une superbe cuvée malgré un millésime moins qu’idéal. Vêtue d’une robe de couleur sang de bœuf, le 2002 exhale de doux parfums de mûre mûre, d’épices à cuisson, de chêne grillé et de terre noire fraîchement remuée. Le tout se poursuit allègrement au palais sur un ensemble frais et beaucoup plus solide que la moyenne des vins de l’appellation issus de ce millésime. Prêt à boire, il s’avère très rassasiant. 17/20

Bouscassé Vieilles Vignes 1999 (329 $ pour 6 litres SAQ) –  Encore resplendissant de jeunesse au visuel, cette cuvée dominée par le tannat, provenant de vignes de plus de 50 ans d’âge, se distingue par une grande expression aromatique relevée de senteurs de mûre, de chêne torréfié et de café, traversées d’un filet épicé et minéral. En bouche, le vin dévoile amplement de corpulence ainsi qu’une solide structure, une belle allonge des saveurs et une trame tannique encore imposante mais noble. À onze ans, il commence à dévoiler son potentiel. Malgré cela, je recommande d’oublier ce vin en cave pour au moins un autre cinq ans : cela lui permettra d’acquérir encore plus de finesse et de profondeur. Magnifique Madiran! 18/20

La Tyre 2000 (115 $ SAQ) – Composé uniquement de tannat, La Tyre offre un nez des plus enchanteurs qui évoque la mûre, la fumée, l’espresso, le minéral et la terre fraîchement remuée. Corsée et élégante, cette cuvée aux saveurs plantureuses et généreuses est soutenue par une acidité vibrante et des tanins encore fougueux malgré ses dix ans d’âge. L’ensemble est incroyablement riche et merveilleusement structuré, réunissant toutes les qualités auxquelles on s’attend d’un grand Madiran. Toutefois, le vin est encore ancré dans sa jeunesse : votre patience sera largement récompensée dans un autre dix ans. Le millésime 2000 de La Tyre fut le premier à être commercialisé. 18/20

Montus 2006 (26 $ SAQ) – Fortement coloré et violacé, ce tannat additionné de cabernet sauvignon et de cabernet franc révèle un bouquet parfumé à la mûre, à la prune noire, au moka et aux épices à cuisson. Relativement accessible dans sa jeunesse, la version 2006 révèle au palais un ensemble charnu, juteux et plein, au fruité exubérant de jeunesse. Un autre beau vin d’introduction aux madirans de Brumont. 17/20 

Montus Prestige 2001 (49 $ SAQ) – La Cuvée Prestige, composée uniquement de tannat, révèle un bouquet extraverti et aromatisé à la mûre, au chêne grillé, aux épices à cuisson et à l’humus. Dévoilant une matière fruitée virile et musclée de même qu’une trame tannique imposante, il lui faudra encore quelques années pour s’assouplir. Ceux qui sauront attendre en seront grandement récompensés : c’est une promesse! 18/20

Montus Prestige 1996 (87 $ SAQ) – Dégustée pour la dernière fois en août dernier, l’édition 1996 commençait à afficher des reflets briqués au visuel. À l’olfactif, on se laisse charmer par un début d’évolution tertiaire (vieillissement en bouteille), avec des notes de boîte à tabac qui percent les arômes de prune, de noyau de cerise, de torréfaction et de fer. La bouche, moyennement corsée, révèle d’heureux échos des arômes supportés par des tanins bien intégrés, le tout se concluant sur une finale pleine et dodue. À son sommet, il y restera très, très longtemps. 18/20

Torus 2006 (14 $ LCBO) – Cette cuvée constituée en parts égales de tannat et de cabernet (sauvignon et franc) dévoile un nez porté sur les petits fruits rouges des champs et la fumée, entrelacé de tonalités de grains de café torréfiés et de fleurs séchées. La bouche, à la fois gourmande et gouleyante, offre une belle matière fruitée et des tanins volumineux qui suggèrent qu’une garde à moyen terme serait bénéfique au vin. Une autre belle introduction aux vins du Madiran. 17/20

Accords mets-vins 

Dans leur jeunesse, les vins rouges à base de tannat ont une poigne tannique puissante, alors il est recommandé de les carafer au moins une heure avant le service, puis de les servir avec des mets appropriés qui sauront gommer ces tanins juvéniles, telles que les viandes rouges préférablement saignantes. Les vins rouges d’Alain Brumont se marient également bien avec le osso buco, le carré d’agneau et les fromages relevés tel qu’un vieux cheddar. Les vins blancs du domaine s’accordent avec une multitude de mets, incluant les poissons à chair blanche, les salades saisonnières et les fromages à pâte molle.

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