Bergerac

Le Bergerac est une zone viticole de la région du Sud-Ouest de la France produisant des vins rouges, rosés, blancs secs et moelleux et comptant environ 1 150 viticulteurs. 55 pour cent de ces viticulteurs sont affiliés à des coopératives, le reste étant des vignerons indépendants. Les sols du Bergerac sont sensiblement les mêmes que dans le Bordelais, juste au nord de Bergerac, et on y cultive les mêmes cépages, soit principalement le merlot et le cabernet sauvignon en rouge et le sémillon, le sauvignon blanc et la muscadelle en blanc.

L’ère viticole du Bergerac ne date pas d’hier : on y cultivait déjà de la vigne à l’époque romaine. Toutefois, ce n’est qu’au Moyen-Âge, grâce au travail des moines, que l’industrie viticole bergeracoise prit son envol. Après la Guerre de Cent Ans, les Hollandais prirent en main le commerce et l’exportation des vins du Bergerac et ils développèrent la production de vins doux de la région. Ainsi, dès 1254, les vins de Bergerac furent exportés vers l’Angleterre, via la place marchande de la ville de Bordeaux, avec les mêmes privilèges que les vins bordelais, c’est-à-dire avec liberté d’assemblage et expédiés sans taxes vers l’Angleterre, grâce à une exemption accordée par le roi Henry III.

Bergerac se remit difficilement du phylloxéra, un puceron qui dévasta une bonne partie des vignobles européens à la fin du 19e siècle. Les quelques 13 000 hectares que compte l’appellation aujourd’hui ne constituent qu’une petite partie de la surface plantée en 1870.

La région du Bergerac compte treize appellations, en plus de produire du vin de pays. Parmi les appellations, on note Bergerac, Côtes-de-Bergerac et Pécharmant, lesquelles produisent du vin rouge qui n’est pas sans évoquer le style bordelais, mais à une fraction du prix. En blanc, on compte, entre autres, les appellations Bergerac Sec, Côtes-de-Bergerac Blanc et Montravel.

L’une des AOC (appellations d’origine contrôlée) bergeracoises qui s’est fait le plus remarquer ces dernières années est Monbazillac. Établie en 1936, elle se spécialise dans la production de vins blancs

Grappe de raisins atteinte de botrytis : le secret des vins de dessert de Monbazillac

moelleux. Les vignerons de Monbazillac utilisent les mêmes cépages qui servent à produire les fameux vins de Sauternes, soit le sémillon, le sauvignon blanc et la muscadelle. De plus, tout comme à Sauternes, on laisse la pourriture noble, le botrytis cinerea, affecter les raisins. Le botrytis est un champignon qui absorbe l’eau des raisins, contribuant ainsi à accroître le taux de sucre des baies et la complexité aromatique des vins qui en sont issus. Le climat automnal de Monbazillac, caractérisé par des brouillards matinaux conjugués avec la chaleur du soleil de l’après-midi, est propice à la production de pourriture noble. Étant donné que le botrytis affecte les raisins à des stages de maturité différents, une récolte manuelle est de mise, de même que plusieurs tries successives. Les vins de Monbazillac sont produits avec de faibles rendements, soit au plus 40 hectolitres par hectare. Le résultat est un nectar délicieusement moelleux et richement aromatique qui, malgré des coûts de production élevés, se détaille à des prix incroyablement raisonnables (surtout comparés aux Sauternes).

Le Bergerac écoule le gros de sa production localement, n’en exportant que 12 pour cent, principalement vers les pays de l’Europe de l’Est. Il n’y a donc pas une très grande sélection sur le marché canadien. Parmi les produits qui sont présentement sur les tablettes de la SAQ  (mes plates excuses à mes lecteurs ontariens mais je n’ai rien à conseiller aujourd’hui du côté de la LCBO car celle-ci ne distribue que sporadiquement les vins du Bergerac), je recommande les suivants.

Vins blancs :

Cuvée des Conti 2008, Château Tour des Gendres, Bergerac Sec (16 $) – Cette fiole à dominante de sémillon et assemblée avec 20 % de muscadelle est dotée de frais parfums fruités et minéraux. Au palais, on se laisse séduire par des saveurs rondes et pleines, soutenues par une saine acidité. Cette cuvée de la Tour des Gendres, l’un des domaines viticoles bergeracois les plus sérieux, en offre beaucoup pour 16 $. MIAM

Montravel 2008, Château Calabre, Montravel (15 $) – La palette aromatique de cet assemblage de sauvignon blanc (50 %), de sémillon (40 %) et de muscadelle (10 %), issu de faibles rendements de l’ordre de 22 hl/ha, évoque la lime fraîche entrelacée de tonalités de ciboulette et de fleurs coupées. L’ensemble se poursuit au palais sur une structure volubile et franche, aux saveurs incisives. Voilà une cuvée qui fait très sauvignon blanc et qui s’avère très honnête à ce prix. OK

Accord mets-vins : essayez ces cuvées avec un poisson d’eau douce grillé, des fruits de mer ou du fromage de chèvre.

Vins rouges :

Gloire de mon Père 2006, Château Tour des Gendres, Côtes de Bergerac (24 $) – Le nez de cette fiole bergeracoise laisse échapper de douces senteurs de groseille et de chêne grillé, lesquelles se poursuivent en bouche sur un ensemble solidement tissé, moyennement corsé et très prometteur. La version 2006 est encore bien ancré dans sa jeunesse; sa trame tannique suggère de laisser le vin se reposer un autre deux ou trois ans afin qu’il gagne en rondeur et en plénitude. MIAM

La Truffière 2005, De Conti, Bergerac (14 $) – Voilà une cuvée de merlot, assemblée avec 20 % de malbec, qui enchante avec ses joyeux parfums de cerise et de grillé, saupoudrés d’un nuage de grains de café finement moulus, le tout s’étalant avec grâce sur une bouche gourmande, aux saveurs modérément charnues et encadrées de tanins élégants. Une autre grande réussite de la famille de Conti, propriétaire du Château Tour des Gendres, dont le prix saura séduire toutes les bourses. MIAM

Réserve 2007, Château Grinou, Bergerac (16 $) – Profondément colorée, cette fiole composée uniquement de merlot est remplie d’arômes de mûre et d’encens, ponctués d’accents épicés. Le tout se prolonge sur un palais corsé et modérément tannique. Vinifié dans un style moderne, il offre une personnalité généreuse et opulente. OK

Accord mets-vins : ces fioles s’harmoniseront à merveille avec un magret de canard, un lapin aux pruneaux, une brochette d’agneau ou une entrecôte grillée.

Vins moelleux :

Monbazillac 2003, Château Septy, Monbazillac (23 $) – Cette concoction de sémillon et de sauvignon blanc exhibe une palette aromatique axée sur l’abricot, le zeste d’agrumes et le miel blond. La bouche, onctueuse, ronde et volubile, dévoile des saveurs juteuses et enveloppées d’une structure moelleuse tout à fait délectable, se poursuivant sur une finale incroyablement persistante et envoûtante. Un Monbazillac hautement recommandable qui continuera à évoluer gracieusement sur un horizon de dix ans, sinon davantage. MIAM

Moelleux 2005, Château Les Tours des Verdots, Côtes de Bergerac (28 $) – Ce succulent vin de sémillon, assemblé avec 15 % de muscadelle, évoque au nez l’abricot, le minéral et le miel de trèfle. On retrouve en bouche de bons échos des arômes et on se laisse épater par des saveurs dodues et mielleuses qui s’étalent sur une finale interminablement persistante et somptueusement onctueuse. Une autre belle interprétation du Monbazillac. MIAM

Monbazillac 2006, Château Ladesvignes, Monbazillac (22 $) – Cette cuvée vinifiée uniquement avec du sémillon révèle un nez éloquent aux effluves d’agrumes confits et de miel blond. La bouche dévoile des saveurs corsées et profondément moelleuses, lesquels s’étirent longuement sur une finale mielleuse. Encore bien jeune, une garde de quelques années lui permettra de se bonifier. OK

Accord mets-vins : le mariage de ces cuvées sera réussi avec du foie gras sauté, du fromage bleu ou de la tarte Tatin.

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