Gérard Bertrand

Gérard Bertrand est l’un des plus dynamiques vignerons du Languedoc-Roussillon, propriétaire de cinq domaines viticoles, incluant le Château L’Hospitalet et le Château Villemajou, et auteur de quelques-unes des meilleures fioles de cette aire viticole. J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Gérard à Montréal lors d’une dégustation organisée par Sopexa pour la presse spécialisée, durant laquelle je me suis longuement entretenue avec ce vigneron visionnaire.

Gérard était vraisemblablement destiné à sa naissance à la culture de la vigne bien que cela n’ait pas été son unique carrière. En effet, si vous êtes amateurs de rugby, son nom vous est familier car il a joué professionnellement à Narbonne dans les années 1980-1990. Le père de Gérard, Georges, était vigneron et propriétaire du Château Villemajou dans l’appellation Corbières jusqu’à son décès en 1987. Gérard hérita alors du domaine viticole à l’âge de 22 ans.

Aujourd’hui, âgé de 44 ans, Gérard a étendu ses activités dans tout le Languedoc, gérant des domaines dans les Coteaux du Languedoc, le Minervois, les Corbières et le Banyuls, en plus d’avoir établi des partenariats avec une dizaine de coopératives et une quarantaine de cultivateurs. Malgré l’étendu de ses activités, il y a un domaine qui a davantage contribué à sa réputation d’excellence, soit le Château L’Hospitalet. Ce domaine, que Gérard acheta en 2002, s’étend sur 82 hectares de vignes plantées dans un sol calcaire, sur le massif de la Clape, entre Narbonne et la Méditerranée; La Clape est considérée comme l’un des meilleurs sinon le meilleur terroir du Languedoc-Roussillon.

Gérard est un vigneron prolifique, produisant dix millions de bouteilles annuellement réparties sur une quarantaine de cuvées différentes, allant de l’entrée de gamme au haut de gamme. La moitié du chiffre d’affaires des domaines Gérard Bertrand est réalisée grâce à l’exportation vers une cinquantaine de pays, les principaux étant la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada et le Japon.

Gérard est également un adepte de la culture biodynamique. Ainsi, les vignes de son domaine Cigalus dans les Corbières sont cultivées selon les règles de biodynamie établies par Ecocert. Gérard s’adonne aussi à l’oenotourisme. Le Château L’Hospitalet, bâti au 16e siècle, a été converti en un hôtel de 38 chambres et est le gîte d’une galerie d’art, d’un musée du vin et d’un restaurant.

Gérard est très conscient du niveau de compétition qui existe de nos jours dans l’industrie mondiale du vin, particulièrement en provenance des nouveaux pays producteurs de vin tels que l’Australie et le Chili. La France, longtemps considérée comme le modèle à imiter quant à la diversité et la qualité de sa production viticole, vit maintenant une crise majeure.

En effet, malgré ses lettres de noblesse, le vin français perd de sa popularité auprès des consommateurs, autant domestiques qu’étrangers. D’un côté, les Français consomment beaucoup moins de vin que par le passé. Selon l’Office national interprofessionnel des vins (ONIVINS), la consommation moyenne est passée de 160 litres par habitant en 1965 à 70 litres en 2005.

D’un autre côté, la compétition mondiale donne du fil à tordre aux vignerons français sur les marchés d’exportation. Alors que des pays comme l’Australie et le Chili inondent les marchés européens et nord-américains de vins de qualité vinifiés en grande quantité, à des prix très compétitifs, l’Hexagone semble tituber sous l’effet tsunami de la compétition. Dans un contexte mondial où l’offre est plus importante que la demande en vin, les vignerons français perdent du terrain et semblent dépassés par la tournure des événements. La France entière (à l’exception notable de la Champagne qui s’est créée un créneau) doit s’adapter et prendre des mesures pour maintenir son hégémonie.

Dans un contexte mondial où le consommateur typique cherche des produits facilement identifiables et abordables, la France perd des plumes à l’occasion. En effet, il est parfois difficile de s’y retrouver parmi toutes les appellations françaises : il existe présentement en France 470 AOC (appellations d’origine contrôlée), sans compter les VDQS (vins délimités de qualité supérieure), les VDP (vins de pays), les vins de table et les vins de cépage. La réalité est que peu de consommateurs sur la planète sont capables de situer le Languedoc sur un globe terrestre ou d’identifier l’encépagement autorisé dans les vins de Corbières ou du Minervois.

Gérard a compris que pour mieux rejoindre les consommateurs, il doit présenter ses produits (du moins ceux d’entrée de gamme) de façon à les rendre plus attrayants. Comment ? D’abord, en réduisant la complexité de l’information présentée sur les étiquettes; ainsi, Gérard identifie ses cuvées d’entrée de gamme par l’épithète « Sud de France », région plus facilement situable sur une carte du monde. Puis, à l’encontre des habitudes françaises, Gérard identifie sur l’étiquette principale les cépages composant ses cuvées d’entrée de gamme; le consommateur moyen reconnaît plus facilement les mots chardonnay et syrah que les appellations Corbières et Minervois.

Cette stratégie semble avoir fonctionné pour Gérard. Ses fioles sont dorénavant exportées sur les principaux marchés européens, asiatiques et nord-américains. Ses cuvées haut de gamme ont de plus acquis une réputation internationale quant à leur niveau qualitatif remarquable; ses cuvées L’Hospitalitas, Le Viala et l’Hospitalet sont régulièrement encensées par la critique internationale. Le magazine américain WineSpectator décrit Gérard Bertrand comme une locomotive dans le Languedoc, contribuant à rehausser l’image de marque de cette région viticole qui doit encore composer avec une réputation désuète de productrice de tord-boyaux et de piquette datant d’un quart de siècle. Dans les faits, le Languedoc-Roussillon est aujourd’hui l’une des régions viticoles les plus en effervescence sur la planète, où pullulent les vignerons à l’âme artisane qui sont grandement motivés à produire du vin de caractère reflétant la typicité du terroir. Selon moi, c’est ce désir d’exploiter la diversité des terroirs qui continuera à soutenir l’industrie viticole française et à différencier leurs cuvées dans la mer de produits disponibles sur les marchés internationaux.

Est-ce que Gérard a l’intention de se la couler douce en profitant de son succès bien mérité ? Non, au contraire, selon Gérard, il reste beaucoup à accomplir. Avec un sourire au coin des lèvres, Gérard affirme candidement que le rêve de tout vigneron est de sans cesse viser plus loin et plus haut. Gérard est un homme qui a une vision pour le Languedoc-Roussillon et il affiche une détermination qui laisse croire qu’il continuera d’être un joueur d’importance dans les efforts pour aider cette région viticole à établir son créneau sur l’échiquier viticole mondial.

Du savoir-faire au faire savoir

« Pour réussir dans le Languedoc, il faut avoir une vision claire de cette région, de son potentiel, révélé ou pas, comme à Tautavel ou à La Livinière, où nous avons été des pionniers. Il faut une stratégie claire : devenir le leader des vins premium du Sud de la France. »

Gérard Bertrand


Notes de dégustation

Voici un aperçu de quelques-unes des meilleures fioles produites par Gérard Bertrand. Bien que j’aie eu le plaisir de déguster une quinzaine de cuvées différentes, seules celles commentées ci-dessous sont ou seront disponibles dans les réseaux de la SAQ (Québec) et de la LCBO (Ontario). La Forge et l’Hospitalitas seront prochainement vendus à la SAQ Signature (à Montréal et à Québec uniquement).

Les cuvées commentées sont principalement issues des millésimes 2005 et 2006, lesquels sont considérés très bons dans le Midi de la France. À surveiller également, le millésime 2007 qui promet d’être exceptionnel.

Corbières-Boutenac 2007, Domaine de Villemajou (nd) – Des effluves de baies sauvages, de fleurs, d’épices et de grillé encensent ce succulent assemblage de carignan (40 %), de syrah (30 %) et de grenache (30 %). La bouche, moyennement corsée et harmonieuse, offre une matière fruitée élégante et un équilibre d’ensemble remarquable pour un vin dans cette catégorie de prix. Convivial, amical et prêt à boire, ce vin languedocien s’avère un modèle de réussite pour cette région en pleine effervescence. La cuvée 2005 est présentement disponible à la LCBO au prix de 21 $.

Coteaux-du-Languedoc La Clape « La Réserve » 2005, Château L’Hospitalet (20 $ SAQ / 19 $ LCBO) – On découvre dans cet assemblage typiquement languedocien de syrah, de grenache et de mourvèdre une séduisante richesse aromatique où se croisent cassis, fumée, cuir et poivre rose. La bouche, moyennement corsée, dévoile des saveurs à l’avenant et une trame tannique raffinée qui se prolongent sur une finale joyeusement expressive. L’ensemble s’avère élégant et finement ciselé. Voilà une cuvée sereine et un témoignage convaincant de la qualité des vins issus de l’appellation La Clape.

Coteaux-du-Languedoc La Clape « La Réserve » 2006, Château L’Hospitalet (disponible sous peu à la SAQ au même prix que la cuvée 2005) – La version 2006 est tout aussi séduisante et structurée que son aînée d’un an, dévoilant une palette aromatique complexe dominée par la baie des champs fumée et épicée. Le tout s’étale gracieusement sur un palais moyennement corsé encadré de tanins nobles mais encore un peu juvéniles. Ce nectar continuera à se bonifier sur un horizon d’au moins 8 ans, malgré qu’il soit déjà terriblement difficile de lui résister maintenant.

Corbières « La Forge » 2005, Gérard Bertrand (nd SAQ – environ 48 $) – Cette délicieuse concoction de syrah et de carignan révèle un bouquet enchanteur de groseille parfumée à l’encens, au minéral et au grain de café fraîchement moulu. Au palais, on se laisse charmer par une solide structure enveloppée d’un voile de taffetas, le tout s’étalant langoureusement sur une finale bavarde et très persistante. Du grand Corbières!

Coteaux-du-Languedoc La Clape « L’Hospitalitas » 2005, Gérard Bertrand (nd SAQ – environ 55 $) –  L’Hospitalitas exhale d’amples élans aromatiques évoquant la mûre entrelacée d’insistantes tonalités de chêne grillé et torréfié. Cette fiole languedocienne composée de syrah et de mourvèdre se démarque par ses saveurs dodues, sa charpente imposante, sa trame tannique élégante et les échos indéniablement grillés qui agrémentent parfaitement sa finale. Un vin de garde puissant et d’une grande opulence. La version 2004 (non dégustée) est présentement disponible dans le réseau de la LCBO au prix de 57 $.

Cet article, publié dans Portraits, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.