Bourgogne

Domaine de la Romanée-Conti, Domaine Leroy, Domaine Leflaive… pour ne nommer que quelques-uns des plus grands producteurs de vin au monde qui ont élu domicile sur l’un des terroirs les plus prolifiques au plan qualitatif, soit la Bourgogne. Peu de zones viticoles sur la planète ont autant influencé la viticulture mondiale que la Bourgogne, avec d’innombrables vignerons, aussi bien sur le Vieux Continent que dans le Nouveau Monde, cherchant à émuler le style et la qualité des crus bourguignons.

La région viticole de la Bourgogne est située au centre-est de la France. Son climat est de type continental, caractérisé par des hivers très froids (du moins pour une région viticole) et des étés chauds. Les conditions météorologiques sont difficilement prévisibles, avec de fortes possibilités de pluie, de grêle et de gelée au sol au moment de la récolte. Cela explique pourquoi il y a une telle variation au plan qualitatif d’un millésime à l’autre.

L’encépagement bourguignon est l’un des plus uniformes sur la planète. En effet, il y a deux cépages principaux en Bourgogne, soit le chardonnay, en blanc, et le pinot noir, en rouge, bien qu’on y cultive également, dans une moindre mesure, du gamay (Beaujolais), du sauvignon blanc (Saint-Bris) et de l’aligoté (Bourgogne-Aligoté).

La Bourgogne comprend les sous-régions de Côte de Nuits, de Côte de Beaune, de Côte Chalonnaise, du Mâconnais, du Chablis et du Beaujolais. Toutefois, étant donné le caractère unique des vins du Chablis et du Beaujolais, par rapport au reste de la Bourgogne, on les exclut souvent de la terminologie « vins de Bourgogne », les identifiant plutôt sous les termes Chablis ou Beaujolais.

Carte viticole de la Bourgogne

 

La Bourgogne compte le plus grand nombre d’appellations d’origine contrôlées (AOC) de toutes les régions viticoles françaises, soit 150 AOC à elle seule. Bien que ce chiffre semble impressionnant, il ne couvre même pas les appellations qui sont identifiées par leur lieu-dit, tels que les crus d’appellation communale affichant le nom du village où le raisin a été cultivé. Lorsqu’on prend en compte les sous-appellations basées sur le lieu-dit, le nombre d’AOC monte à plus de 500.

Le vignoble bourguignon est également très morcelé quant à la diversité des producteurs et la superficie des domaines viticoles, comparativement à la plupart des vignobles du monde. Cela prend souche dans l’histoire unique de la Bourgogne. Ainsi, après la révolution française de 1789, les terres viticoles, qui appartenaient auparavant à l’Église catholique, furent divisées et vendues, le plus souvent à des familles. Le Code Napoléon fut par la suite adopté : par conséquent, lorsque le chef paternel décédait, ses possessions et ses terres étaient divisées entre tous ses fils. Cela contribua davantage au morcellement des terres viticoles, certains propriétaires terriens ne possédant aussi peu qu’une ou deux rangées de vignes.

Le commerce du vin bourguignon s’organise autour des producteurs et des négociants. Étant donné le morcellement prononcé du vignoble bourguignon, les producteurs-propriétaires ne sont souvent en mesure de ne produire qu’une quantité très limitée de bouteilles, parfois aussi peu que 300 fioles annuellement. Ce sont donc les négociants qui ont forgé le marché bourguignon. Les négociants, aujourd’hui au nombre de 115, achètent les raisins et le vin de plusieurs viticulteurs, puis les assemblent et les commercialisent sur les marchés domestiques et internationaux. Parce que les négociants possèdent souvent un équipement plus performant que le vigneron moyen, les assemblages des négociants sont souvent meilleurs que les divers composants pris séparément. Parmi les négociants les plus connus, on compte Louis Jadot et Bouchard Père & Fils.

La Bourgogne est le vignoble où la notion de terroir est la plus développée. Alors qu’à Bordeaux ce sont les châteaux qui sont à la base de la classification des crus, en Bourgogne, se sont les terroirs, un concept beaucoup plus complexe. En effet, 400 types de sol ont été répertoriés en Bourgogne, et ce sont ces terroirs qui sont à la base des AOC. Ainsi, un seul viticulteur ou négociant peut produire plusieurs cuvées, selon l’emplacement géographique de ses terres. La notion de terroir est si importante que le nom de l’appellation est souvent écrit plus gros sur les étiquettes que le nom du producteur.

En plus du terroir, la Bourgogne utilise une classification basée sur la qualité des vins. Les meilleurs vins de la Bourgogne sont ainsi classifiés, en ordre, par les termes « Grand Cru », « Premier Cru » et « Village ». Les vins peuvent également être identifiés par une appellation régionale.

Les Grands Crus sont produits uniquement dans le Chablis et dans la Côte d’Or (incluant la Côte de Nuits et la Côte de Beaune), lesquelles appellations produisent la plupart des plus grandes et plus dispendieuses fioles bourguignonnes. Les Grands Crus sont généralement issus des vignes qui poussent sur la partie la plus élevée des côtes, étant ainsi mieux exposées au soleil et bénéficiant d’un meilleur drainage. Les Grands Crus constituent 2 % de la production bourguignonne et ils sont vinifiés avec des rendements très faibles n’excédant pas 35 hectolitres par hectare. Ce sont des vins qui sont généralement vinifiés pour une longue garde. Corton et Montrachet sont des exemples de Grands Crus.

Les Premiers Crus sont issus du bas des côtes, étant ainsi un peu moins bien exposés et un peu moins bien drainés que les Grands Crus. Les Premiers Crus sont encore considérés comme des vins de très grande qualité, issus des meilleurs terroirs bourguignons. Ils constituent 12 % de la production bourguignonne et ils sont vinifiés avec des rendements n’excédant pas 45 hectolitres par hectare.

Les vins identifiés avec le nom d’un village (appellations communales) sont issus de terroirs situés à proximité d’un ou plusieurs des 42 villages considérés comme étant la source de raisins de grande qualité. Chacun de ces 42 villages possède un style et une personnalité uniques. Ces fioles d’appellation communale constituent 36 % de la production bourguignonne et elles sont issues de rendements n’excédent pas 50 hectolitres par hectare. L’un des villages les plus réputés de la Bourgogne est Pommard.

Finalement, les vins d’appellation régionale sont vinifiés avec des raisins qui peuvent provenir de n’importe où en Bourgogne, ou alors ils sont produits avec des cépages autres que le chardonnay et le pinot noir (par exemple, Bourgogne-Aligoté ou Passetougrain). Alors que les termes Grands Crus, Premiers Crus et vins de Village ne peuvent servir qu’à identifier des vins tranquilles (c’est-à-dire sans bulle), qu’ils soient blancs ou rouges, les vins d’appellation régionale comprennent également les vins mousseux ou rosés.

Vous trouvez cela compliqué? Bien, vous n’avez pas tort. La Bourgogne est en effet une zone viticole complexe à comprendre; il faut consacrer temps et effort intellectuel pour l’apprivoiser. On dit souvent qu’un amateur de vin devient connaisseur à partir du moment où la Bourgogne commence à avoir du sens pour lui ou elle.

Toutefois, selon plusieurs, cette complexité cause problème pour la France viticole, surtout au niveau des exportations sur lesquelles l’Hexagone dépend de plus en plus à cause d’une consommation domestique qui régresse de façon significative, conséquence inévitable de la Loi Evin. Les consommateurs internationaux ont de la misère à s’y retrouver. Parmi la multitude de producteurs, négociants, appellations, terroirs, avec des étiquettes difficiles à comprendre et qui n’identifient pas clairement l’encépagement, de même que le prix souvent élevé des crus bourguignons, le consommateur international moyen se tourne de plus en plus vers des fioles plus abordables et des terroirs plus faciles à comprendre, tels que ceux de l’Australie et du Chili.

Malgré ces embûches, la Bourgogne reste un modèle pour les viticulteurs partout dans le monde et les connaisseurs de vin internationaux se bousculent pour obtenir les meilleures cuvées bourguignonnes, contribuant ainsi à l’escalade des prix, particulièrement pour les fioles issues des meilleurs millésimes (par exemple, 1990, 1995, 1996, 2002 et 2005).

Cet article, publié dans Vieux Continent, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.