Trucs d’apprentissage

Le monde du vin peut parfois sembler bien intimidant, avec la diversité des produits disponibles sur nos marchés (cépages, terroirs, producteurs, millésimes), avec son vocabulaire précis et parfois franchement poétique, sans compter les liens complexes qui existent entre le vin et, entre autres, la gastronomie, l’histoire et les débats sociaux (tels que problèmes d’alcoolisme, biodynamie, OGM et environnement)

Il n’est aucunement nécessaire d’acquérir le niveau de connaissance des experts pour apprécier le vin. Toutefois, un peu de connaissance et d’aptitudes acquises avec l’expérience peuvent aider l’amateur à mieux apprécier le contenu de son verre, à se départir d’une certaine gêne quant au partage de ses opinions sur les qualités olfacto-gustatives d’une cuvée, de même qu’à aider le consommateur à faire des choix d’achat éclairés.

Voici quelques trucs qui permettront à l’amateur de tirer le maximum de ses expériences bachiques.

Apprenez la base

Le vin est comme n’importe quelle discipline complexe (le jardinage, la littérature, l’art, etc.) : un peu de connaissance à la base vous permettra de mieux maîtriser le sujet de votre passion. Comme point de départ, un peu de lecture vous amènera très loin dans la compréhension de la nature du vin dans votre verre. On trouve chez nos libraires une panoplie de livres sur le sujet, incluant plusieurs rédigés par d’illustres auteurs francophones tels que François Chartier, Jacques Orhon, Pierre Casamayor et Michel Phaneuf. Toutefois, puisque le monde du vin évolue rapidement, plusieurs se tournent davantage vers les revues qui sont généralement plus actualisées. Il existe une variété de revues traitant exclusivement du vin, mes préférées étant Vins & Vignobles (Québec), Decanter (Grande-Bretagne) et La Revue des Vins de France. Il existe également de nombreuses sources d’information gratuites sur la toile; vous en trouverez plusieurs références sur Les bacchuseries de Marie-France.

Une autre façon efficace et qui plus est socialement plaisante d’acquérir des connaissances de base sur le vin est de suivre un cours d’introduction au vin. Les sociétés de distribution étatiques (telles que la SAQ ou la LCBO) de même que les clubs de dégustation (généralement à but non lucratif) offrent des cours d’introduction à l’appréciation du vin dans la plupart des grands centres urbains. Les cours offerts par les clubs de dégustation sont en règle générale du même niveau qualitatif que ceux offerts par les sociétés d’État, mais sont typiquement un peu moins dispendieux car ils sont organisés par des bénévoles, grands connaisseurs de vin. D’une façon ou d’une autre, un cours d’introduction au vin se déroule typiquement sur une période de six semaines, à raison d’un soir par semaine, et comprends à la fois un volet théorique et une session de dégustation pour affiner votre technique d’analyse olfacto-gustative.

Parmi les cours donnés dans la langue de Molière au Québec et en Ontario, je note (en ordre alphabétique) la sélection suivante d’organismes ayant un chapitre dans au moins un grand centre urbain, de même que leur site web par l’entremise duquel vous pourrez obtenir plus d’information :

Partagez vos impressions

Lorsque vous dégustez du vin avec d’autres personnes, encouragez un dialogue sur votre expérience bachique. Cela n’a pas besoin d’être très élaboré. À force de partager ses impressions à vive voix, on se débarrasse de cette gêne à s’exprimer sur le vin qui est tout à fait inutile. Ce dialogue aide l’amateur à développer du vocabulaire sur le vin de même qu’à élargir sa zone de confort. Gardez toutefois à l’esprit que le vin n’est pas une science exacte. Au contraire, tout comme l’appréciation de l’art, l’analyse du vin peut s’avérer très subjective – c’est le partage des opinions qui apportent du plaisir et nous aide à apprécier les multiples facettes du vin.

Lorsque vous partagez vos impressions sur une cuvée, essayez d’être le plus précis possible. Demandez-vous quelles odeurs vous détecter : du fruit? si oui, lequel/lesquels? des épices? du bois? des caractéristiques animales? quoi d’autres? En bouche, concentrez-vous sur les sensations générées par le vin : les goûts, la puissance, la persistance des saveurs, la texture, l’impression d’ensemble, l’évolution sur une période de temps, etc. Est-ce que le vin génère en vous des images mentales ou même des émotions (oui, ça arrive)? Forcez-vous à utiliser un vocabulaire diversifié pour décrire vos impressions. Faites-en un jeu – on apprend toujours mieux lorsqu’on a du plaisir.

Le nez, beaucoup plus puissant que la langue, est primordial dans l’appréciation du vin. En effet, la langue ne peut détecter que quatre saveurs (le salé, le sucré, l’acide et l’amer), alors que notre organe olfactif peut détecter plus de 800 parfums distincts. Le nez est toutefois comme un muscle; il faut l’exercer régulièrement pour qu’il atteigne son plein potentiel. Des exercices répétés d’identification des odeurs vous permettront également de développer ce que les oenologues appellent la « mémoire olfactive ». Donc, la prochaine fois que vous vous servez dans votre garde-manger, sentez, par exemple, les épices et essayez de graver les odeurs dans votre mémoire olfactive. Faites le même exercice la prochaine fois que vous vous promenez dans la nature – gravez l’odeur unique de chaque fleur sauvage dans votre mémoire olfactive. On découvre souvent ces odeurs dans le vin : votre mémoire olfactive vous aidera à mieux les identifier.

Étant donné que les gens détectent les odeurs différemment (tout comme les gens perçoivent les couleurs différemment), en partie parce qu’ils sont exposés à des environnements olfactifs variés (par exemple, les gens vivant à la campagne ont un avantage marqué sur les citadins pour détecter les odeurs de la nature), il est préférable de déguster avec d’autres personnes, d’où l’attrait des clubs de dégustation comme outil d’apprentissage. En effet, un groupe de dégustateurs détectera plus d’odeurs dans un vin qu’une personne seule. Cet exercice de groupe vous permettra également de mettre le mot juste sur ces odeurs qui semblent parfois vouloir nous élucider. 

Mais attention au pouvoir de la suggestion – je note souvent ce phénomène dans les dégustations de groupe alors qu’une personne exprime son opinion sur les caractéristiques d’un vin, influençant ainsi l’expérience olfacto-gustative des autres dégustateurs. C’est pour éviter le pouvoir de la suggestion que plusieurs professionnels préfèrent s’enfermer dans leur bulle lors de leur analyse préliminaire d’un vin avant de se tourner vers les autres pour le partage de leurs impressions.

Écrivez vos propres notes de dégustation

Il est très difficile de se rappeler le nom et les caractéristiques uniques de tous les vins que l’on déguste, même pour les professionnels. Il est donc recommandé de jeter quelques notes sur papier au moment de déguster le vin, en mettant l’emphase sur la couleur, les odeurs et les sensations au palais. Nombre de dégustateurs écrivent également des détails sur des éléments autres que le vin pour mieux se rappeler le moment de la dégustation, tels que le nom de la personne avec qui le vin a été dégusté, l’endroit ou l’évènement, le mets servi, etc. Certains voudront informatiser leurs notes ou utiliser un système de cotation (par étoile ou sur une échelle de 1 à 100) : ce n’est pas obligatoire; l’important est d’utiliser le système qui vous convient le mieux. Peu importe la méthode, après un certain temps, vous verrez des tendances émerger : vous associerez certaines caractéristiques communes à un certain producteur, à une certaine appellation ou à un certain cépage. 

Même si vous ne retournez jamais à vos notes, ce petit moment dédié à l’écriture vous encouragera à mettre un effort intellectuel supplémentaire à l’analyse du vin. À la longue, cette  discipline améliorera votre capacité d’analyse olfacto-gustative et ajoutera une dimension additionnelle à l’appréciation du contenu de votre verre.

Soyez curieux – expérimenter

L’expérimentation est l’un des plus grands plaisirs de la dégustation. Prenez des risques. Sortez des sentiers battus. Élargissez le champs de vos expériences : il y a tellement plus d’options que le chardonnay ou le cabernet sauvignon sur le marché! Découvrez les plaisirs que peuvent apporter des vins composés de cépages méconnus, des fioles issues de petites et mésestimées appellations ou des cuvées vinifiées par des producteurs-artisans cherchant à faire ressortir la typicité de leur terroir plutôt que celles produites en masse par les gros domaines viticoles qui ont tendance à vinifier des cuvées homogènes.

Comme point de départ, l’amateur choisira peut-être de se laisser influencer dans découvertes bachiques par les conseils d’un expert, tel un critique de vin ou un conseiller à la société des alcools de votre choix. C’est une bonne stratégie; toutefois, je vous recommande de ne pas vous limiter à une seule source de conseils. En effet, peu importe le niveau de professionnalisme et d’expertise des critiques et des conseillers de vin, tous sont influencés par leurs goûts personnels, leurs goûts culturels, leurs expériences passées, etc. Ainsi, si je me fiais uniquement aux notes de dégustation du WineSpectator, le magasine américain le plus influent, je ne boirais jamais de vins rouges de la Loire : ceux-ci ne se voient presque jamais accorder de bonnes notes par le WineSpectator car ils sont trop légers pour le palais américain typique – c’est simplement une question de goût culturel. Pourtant, les vignerons de la Loire font d’excellents vins rouges!

Faites attention aux idées préconçues véhiculées par les gens qui cherchent à simplifier à outrance le monde complexe du vin, même pour des raisons honorables. Certains « experts » vous rebattront les oreilles qu’on ne devrait jamais servir, par exemple, du vin rouge avec les viandes blanches. Hummm… bien qu’il soit vrai que le vin blanc s’harmonise typiquement mieux que le vin rouge avec les viandes blanches, il reste qu’il y a des exceptions. Ne substituez jamais le jugement d’un critique ou d’un conseiller de vin pour le vôtre… si boire du chardonnay avec votre steak vous apporte du plaisir, alors buvez du chardonnay avec votre steak! Dans le même ordre d’idée, soyez toujours honnête avec vous-même et ne vous laissez pas trop influencer par les conventions véhiculées par certains critiques de vin – ainsi, même si les experts affirment que le Château XYZ est une cuvée phénoménale, ne vous sentez pas obligé d’adhérer à cette opinion.

En conclusion, gardez toujours à l’esprit que l’apprentissage du vin doit d’abord et avant tout être un plaisir. Évitez donc le piège de la suranalyse… le vin est d’abord un plaisir pour les sens, à servir avec de bons mets et à boire en bonne compagnie!

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