Nouvelle-Écosse

Lors d’une dégustation de vins et de mets de la Nouvelle-Écosse, organisée par The Savvy Grapes (www.thesavvygrapes.com) en juin dernier, j’ai eu le privilège de m’entretenir avec deux figures importantes de l’industrie viticole néo-écossaise, soit Sean Buckland, et Gina Haverstock.

Sean est sommelier accrédité au réputé restaurant The Five Fishermen à Halifax, récipiendaire d’un prix d’excellence du WineSpectator, et il est le co-fondateur de The Valley Wine Tours, une organisation qui se spécialise dans le tourisme viticole en Nouvelle-Écosse. Sean est également président du chapitre Atlantique de l’Association canadienne des Sommeliers professionnels et il a reçu en 2005 le prix « Innovateur de l’Année » de l’industrie touristique de la Nouvelle-Écosse.

Gina, pour sa part, est viticultrice au domaine Gaspereau Vineyards, un des plus importants producteurs de vins néo-écossais. Après avoir accompli des stages en Allemagne, en Autriche, en Nouvelle-Zélande et en Bourgogne, Gina avait le choix d’exercer ses talents de viticultrice à peu près n’importe où dans le monde : elle a choisi la Nouvelle-Écosse à cause du potentiel de développement de cette industrie viticole encore embryonnaire. Sean et Gina ont partagé avec moi leur fascinant parcours professionnel et leur vision de l’avenir des vins néo-écossais. Ces entretiens et la dégustation mémorable qui s’ensuivit ont nourri la capsule informative qui suit.

L’industrie viticole de la Nouvelle-Écosse

D’abord, il faut noter que la Nouvelle-Écosse est la quatrième zone viticole en importance au Canada, après la péninsule du Niagara, la vallée de l’Okanagan et le Québec, comptant en 2007 vingt-deux domaines viticoles répartis sur 350 acres de vignes cultivées. Bien que les premières vignes furent plantées en 1611 par Louis Hébert, un colon français, l’industrie viticole néo-écossaise est réellement née vers la fin des années 1970 avec la création du Domaine de Grand Pré par un Américain puis, peu de temps après, du domaine Jost Vineyards par un Allemand.

Le nom du cépage maréchal foch est inspiré du personnage historique du même nom.

Le terroir néo-écossais compte trois principales zones viticoles, soit la vallée de l’Annapolis, la péninsule de Malagash et la vallée de la rivière La Have; d’autres aires viticoles commencent également à émerger. À mi-chemin entre l’Équateur et le pôle Nord, les terroirs de la Nouvelle-Écosse se situent aux limites climatiques soutenables pour la viticulture, avec des hivers froids (accusant une moyenne de moins 15 degrés Celsius) et une période de culture moins longue et moins chaude que celle de la plupart des grandes aires productrices de vins d’Europe et des Amériques.

C’est pour cette raison que la Nouvelle-Écosse se spécialise dans la culture de cépages hybrides, lesquels résistent relativement bien aux ardeurs du climat néo-écossais. Ceux-ci portent des noms évocateurs tels que l’acadie blanc, siegfried, de chaunac, new york muscat, lucie kuhlmann, seyval, leon millot, baco noir et maréchal foch. Les espèces russes de cépages rouges sont également populaires auprès des viticulteurs néo-écossais, bien que méconnues du public, telles que le michurnitz et le severnyi. Quelques cépages dits « internationaux », c’est-à-dire appartenant à la famille vitis vinifera, tels que le chardonnay, le pinot noir et le riesling, sont également cultivés, mais dans une moindre mesure car ils s’adaptent moins bien aux rigueurs du climat néo-écossais.

L’acadie blanc est le cépage qui est le plus souvent considéré comme l’emblème de l’industrie viticole néo-écossaise. Créé dans les laboratoires de l’Institut ontarien d’horticulture dans les années 1950, l’acadie blanc est un hybride qui résiste aux rigueurs de l’hiver canadien et il est uniquement cultivé en Nouvelle-Écosse. L’acadie blanc se distingue par des arômes d’agrumes, de pomme et de fleurs blanches, parfois relevé de délicates notes herbacées. Il se marie à merveille avec la cuisine néo-écossaise, laquelle se compose en grande partie de poissons et de fruits de mer, incluant le homard, le crabe des neiges de l’Atlantique et les légendaires pétoncles de Digby.

À l’instar du Québec, la Nouvelle-Écosse n’a pas joint les rangs de la fameuse VQA (Vintners Quality Alliance), pourtant synonyme de qualité en Ontario et en Colombie-Britannique, car l’industrie viticole néo-écossaise se spécialise dans la culture de cépages non-traditionnels, lesquels ne sont pas autorisés par la VQA (à quelques exceptions près, tel le vidal pour la production de vins de glace). Toutefois, la réglementation provinciale développée en collaboration avec des associations de vignerons néo-écossais et mise en vigueur par le Ministère de l’Agriculture depuis mai 2006, est tout aussi sévère que les standards de la VQA au plan de l’origine des raisins, des niveaux de sucre autorisés, du rendement des vignes, etc.

Selon Sean et Gina, la viticulture néo-écossaise, bien que modeste, est caractérisée par une grande volonté d’expérimenter et d’innover de la part des vignerons, de même que par un fort esprit de collaboration entre les viticulteurs qui partagent entre eux le résultat de leurs recherches et de leurs expérimentations. Selon Sean et Gina, c’est ce qui fait la force de l’industrie viticole de la Nouvelle-Écosse et qui en assure son succès et son avenir.

Finalement, il est à noter que la presque totalité de la production viticole néo-écossaise est écoulée localement, bien qu’une petite partie soit également exportée vers le Nouveau-Brunswick, l’île du Prince-Édouard, le Manitoba et l’Alberta. Toutefois, on ne trouve pas encore de vins néo-écossais au Québec ou en Ontario, bien qu’il soit possible d’en importer en communiquant directement avec les domaines viticoles.

Notes de dégustation

J’ai été agréablement surprise par la qualité des vins néo-écossais, portés sur la pureté du fruit et peu maquillés par le bois. Bien qu’ils n’atteignent [pas encore] le niveau qualitatif des vins produits dans la péninsule du Niagara et de la vallée de l’Okanagan, les vins néo-écossais m’ont semblé étonnamment équilibrés et dévoilaient dans l’ensemble beaucoup de personnalité. Je suis toutefois d’avis qu’il est peu probable que les vins néo-écossais réussissent à percer les marchés internationaux. D’abord, la production suffit à peine à la demande locale. Puis, à moins de cultiver des cépages « internationaux » (tels que le cabernet sauvignon, le merlot et le chardonnay), que les consommateurs connaissent et apprécient, il est très difficile de percer les marchés mondiaux. Ceci étant dit, on avait tenu des propos similaires sur les vins de glace… le Canada (surtout la péninsule du Niagara) a maintenant acquis une solide réputation internationale pour ses succulents nectars moelleux.

En bout de ligne, il reste que les amateurs de vins à la recherche de diversité découvriront dans les cuvées néo-écossaises de nouvelles et rassasiantes expériences bachiques à peu de frais.

Voici mes notes de dégustation sur les cuvées que j’ai eu le plaisir de découvrir lors de la fameuse dégustation organisée par The Savvy Grapes :

  • L’Acadie Blanc 2006, Domaine de Grand Pré (15 $) : Le nez est porté sur la pomme, la poire et le raisin vert, lesquels s’ensuivent par la suite sur une bouche moyennement corsée, soutenue d’une agréable acidité et traversée d’un léger filet d’alcool. Accord réussi avec le homard et le gravlox de saumon.
  •  Siegfried 2005, Sainte-Famille Wines (13 $) : Des odeurs de citron et de limette dominent à l’olfactif, bien qu’on y découvre également des tonalités de sous-bois et d’herbe fraîchement coupée. La bouche révèle un ensemble léger et sec, à la finale modérée. Accompagne bien le homard et le fromage de chèvre à la canneberge. 
  • Muscat 2005, Gaspereau Vineyards (18 $) : Ce muscat (issu du clone new york muscat) explose de parfums exubérants de raisin vert et d’épices diverses, parsemés de jolies notes de champignon blanc frais et de minéral. Le palais, merveilleusement bavard et moyennement corsé, est enveloppé d’une texture veloutée et se poursuit joyeusement sur une finale persistante. S’accorde bien avec des crevettes au cari. 
  • Seyval Blanc 2005, Gaspereau Vineyards (15 $) : Les senteurs de ce seyval évoquent les agrumes, la pierre, le melon et le sous-bois, lesquelles s’étalent avec grâce sur un palais léger, révélant une légère et séduisante touche de sucre résiduelle équilibrée par une saine acidité. Harmonieux avec le gravlox de saumon et le fromage de chèvre à la canneberge. 
  • Chardonnay 2005, Blomindon Estate (20 $) : D’abord un peu sulfureux, le nez devient plus net à l’aération, dévoilant des arômes d’ananas et de pomme, rehaussés d’accents de beurre et de sous-bois. La bouche révèle une structure légère mais expressive et classique, à la bonne allonge des saveurs. Excellent avec le homard. 
  • Maréchal Foch Réserve 2003, Jost Vineyards (20 $) : Habillée d’une robe de couleur prune foncée, cette cuvée sapide et généreuse est aromatisée à la mûre, au bleuet, au chêne grillé et aux épices à cuisson, le tout saupoudré d’un soupçon de gâteau au rhum, de goudron et d’humus. Plutôt corsé, mûr et typiquement rustique, ce vin est une belle introduction au cépage maréchal foch. À servir avec des viandes rouges relevées, tel l’agneau. 
  • Vidal Icewine 2006, Jost Vineyards (22 $ pour 200 ml) : Ce vin de glace dévoile un bouquet très volubile et doté de succulents parfums d’ananas confit et de purée de poire fraîche, complexifiés par d’envoûtantes nuances mielleuses. La bouche, corsée et soutenue d’une franche acidité, séduit par son insistant moelleux et l’excellente allonge de ses saveurs. Servi avec de traditionnels petits gâteaux aux bleuets, il accompagnerait cependant mieux les desserts à base d’agrumes et les crèmes brûlées. 

Une destination touristique à découvrir

La Nouvelle-Écosse investit beaucoup d’argent et d’efforts à développer son industrie et son infrastructure touristique. On associe déjà à la Nouvelle-Écosse des images touristiques uniques, telles que les plages invitantes, l’observation des baleines, les marées de la Baie de Fundy et la route des phares. La stratégie touristique renouvelée de la Nouvelle-Écosse vise à mieux faire connaître un autre visage de cette province, soit celui d’un paradis pour les hédonistes à la recherche de plaisirs gastronomiques et bachusiens.

D’ailleurs, la majorité des domaines viticoles néo-écossais accueillent dorénavant les touristes une bonne partie de l’année, sinon toute l’année, et ils ont aménagé à cet effet des bars à dégustation, comme c’est déjà la tradition dans les vignobles du monde entier.

Pour ceux d’entre vous qui auront le plaisir de visiter la Nouvelle-Écosse, voici quelques sites web (en anglais seulement) qui vous aideront à planifier vos activités :

Cet article, publié dans Nouveau Monde, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.