Nouvelle-Zélande

Les premières vignes de la Nouvelle-Zélande, un archipel situé dans le Pacifique Sud, furent plantées dès 1819. Toutefois, les documents historiques datent l’élaboration du premier vin néo-zélandais à 1835, par un Anglais, James Busby, qui vendait sa production aux troupes anglaises. Il faudra néanmoins attendre jusque vers la fin des années 1980 avant que les premiers vins « fins » néo-zélandais, c’est-à-dire de qualité comparable aux vins produits en Europe occidentale, soient vinifiés et acquièrent une notoriété internationale.

La croissance de l’industrie viticole néo-zélandaise fut lente à ses débuts, car les colons anglais, issus de la classe ouvrière, préféraient la bière au vin. Encore aujourd’hui, la consommation de bière par les Néo-Zélandais est bien supérieure à celle du vin, soit 78 litres par habitant par an contre 19 litres pour le jus de raisin fermenté. 

Deux facteurs contribuèrent à maintenir un faible niveau de consommation de vin. D’abord, l’État avait imposé une tempérance sur la consommation d’alcool par des restrictions réglementaires qui ne furent que récemment levées. Ainsi, l’État interdit aux restaurants de vendre du vin à leurs clients jusqu’en 1960. Les magasins d’alimentation, de leur côté, ne furent autorisés à vendre des boissons alcoolisées qu’en 1989.

Le deuxième facteur réside dans la modeste taille de l’industrie viticole néo-zélandaise. Ainsi, malgré la croissance phénoménale de son industrie viticole depuis une décennie, la Nouvelle-Zélande ne produit qu’un faible volume de vin à l’échelle globale, ne contribuant qu’à 0,3 % de la production mondiale. Pourtant, son climat maritime frais est très propice à la croissance de la vigne.

L’épanouissement du vin néo-zélandais ne débuta réellement qu’à la fin des années 1980, alors que le gouvernement néo-zélandais, prenant conscience du potentiel de son industrie viticole, décida d’octroyer des subventions aux viticulteurs qui acceptaient d’arracher les vignes de qualité médiocre pour les remplacer par des vignes à cépages « nobles », comme celles cultivées en Europe occidentale.

Aujourd’hui, c’est le sauvignon blanc, originaire de la Loire, qui est le porte-étendard de la Nouvelle-Zélande. Pourtant, le sauvignon blanc a longtemps été devancé par le chardonnay et le müller-thurgau, des cépages blancs qui s’adaptent bien à une grande diversité de climats et qui peuvent générer de très hauts rendements. Mais, les viticulteurs néo-zélandais ont fait le choix stratégique de miser d’abord et avant tout sur la qualité plutôt que sur les rendements quantitatifs. Ainsi, le sauvignon blanc, s’adaptant extraordinairement bien au climat maritime et aux terroirs de l’archipel, s’est avéré être la variété de raisin qui génère les meilleurs résultats qualitatifs et qui a donné à la Nouvelle-Zélande une solide réputation internationale quant à la production de vins de qualité. Le sauvignon blanc occupe maintenant 39 % de la superficie viticole de la Nouvelle-Zélande, suivi par le pinot noir (18 %) et le chardonnay (17 %).

La Nouvelle-Zélande est donc surtout un pays producteur de vin blanc : il compte pour 80 % de ses exportations viticoles. Malgré tout, le marché des vins rouges continue, lentement mais sûrement, à se développer, le pinot noir acquérant de plus en plus de reconnaissance internationale.

De nos jours, l’industrie viticole néo-zélandaise s’étend sur une superficie de 1 200 km, couvrant toutes les régions des îles du Nord et du Sud. Toutefois, à ses débuts, alors que la viticulture néo-zélandaise était encore marginale, celle-ci se concentrait surtout autour de la ville d’Auckland, important marché regroupant un tiers de la population. Puis, entre 1960 et 1983, la production de vin passa de 4,1 millions à 57,7 millions de litres par an. La vallée plate et fertile de la rivière Gisborne fut la grande gagnante de cette expansion, usurpant le titre de la plus grande région viticole du pays. Plus tard, lorsque le phylloxéra, un puceron qui s’attaque à la racine des vignes, dévasta la région de Gisborne, Hawkes Bay devint la région leader du pays, pour ensuite se faire dépasser par Marlborough en 1990. Aujourd’hui, Marlborough, avec ses 11 500 hectares de vignes, à majorité du sauvignon blanc, reste la région viticole la plus importante, comptant pour la moitié du vignoble néo-zélandais.

Carte viticole de la Nouvelle-Zélande

 

Le phylloxéra constitue encore une menace pour la moitié des vignes de la Nouvelle-Zélande. Pour combattre le fléau, nombre de viticulteurs importèrent des hybrides américains ou greffèrent des vignes européennes sur des porte-greffes américains, lesquels s’avèrent plus résistants face au puceron dévastateur. Toutefois, plusieurs autres vignerons possèdent encore des vignes franches de pied, c’est-à-dire non greffées, lesquelles n’ont pas la capacité de résister au phylloxéra. Ne disposant pas assez de souches greffées et de vignes saines, la Nouvelle-Zélande accuse un retard flagrant à mettre des mesures correctives en place – ceci est un symptôme d’une industrie qui s’est développée trop rapidement, passant de 5 000 hectares en 1990 à 22 600 hectares en 2006. Le nombre de domaines viticoles s’est également accru de façon phénoménale, passant de 150 en 1991 à 530 en 2006.

L’industrie viticole de la Nouvelle-Zélande est dominée par des gros producteurs, tels que Montana, Corbans et Villa Maria-Vidals-Esk Valley, lesquels achètent du raisin de cultivateurs indépendants. Il existe également des producteurs-récoltants, lesquels cultivent leur propre raisin et embouteillent eux-mêmes leur vin, mais ceux-ci sont de taille beaucoup plus modeste. Quelle soit artisanale ou commerciale, toute cave vinicole doit être affiliée au Wine Institute of New Zealand (WINZ), organisme d’État créé en 1975. Le WINZ est une pierre angulaire de l’industrie viticole néo-zélandaise et il a exercé une influence considérable sur l’image et la qualité du vin local. C’est sous son égide que la Nouvelle-Zélande a conquis le marché britannique, longtemps le principal sinon le seul importateur de vin néo-zélandais. Depuis une décennie, suite à une diversification des marchés d’exportation, le marché britannique est en perte de vitesse bien qu’il continue à absorber le tiers de la production néo-zélandaise vendue à l’exportation. Les États-Unis et l’Australie sont les deux autres principaux marchés d’exportation de la Nouvelle-Zélande (comptant respectivement pour 27 % et 24 % des exportations), le Canada se situant en quatrième position, avec seulement 4 % des exportations.

Malgré le peu de vin néo-zélandais que l’on trouve sur le marché canadien, le consommateur peut néanmoins déguster d’excellentes fioles à moins de 25 $ et même sous la barre des 20 $. Les sauvignons blancs de toutes les régions viticoles de la Nouvelle-Zélande sont hautement recommandables, mais particulièrement ceux de Marlborough. Les vins de chardonnay, typiquement moins boisés que les cuvées australiennes, donnent également d’excellents résultats, surtout ceux en provenance des régions de Hawkes Bay et de Gisborne. Pour ce qui est des vins rouges, je recommande sans hésitation les cuvées de pinot noir, entre autres celles des régions de Martinborough et de Marlborough.

Parmi les producteurs les plus éminents qui écoulent une partie de leur production au Canada, on compte : Babich, Cloudy Bay, Coopers Creek, Goldwater Estate, Jackson Estate, Kim Crawford, Matua Valley Wines, Oyster Bay, Saint Clair, Stoneleigh et Villa Maria Estate. Même Henri Bourgeois, le fameux vigneron de la Loire, passé maître dans l’art de vinifier des sauvignons blancs hautement qualitatifs, reconnaissant la qualité du terroir néo-zélandais, s’est installé à Marlborough en 2003 et y produit une cuvée de sauvignon blanc, le Clos Henri, importé sporadiquement au Canada.

En conclusion, la Nouvelle-Zélande a réussi un tour de force en s’imposant si rapidement comme productrice de vins fins. La Nouvelle-Zélande est également sur le point de réussir un deuxième tour de force en devenant un leader quant à l’utilisation de la capsule dévissable. En effet, environ 65 % des vins tranquilles (sans bulle) de la Nouvelle-Zélande sont scellés par une capsule dévissable plutôt qu’un bouchon de liège traditionnel, malgré une résistance, certes déclinante mais encore présente, de la part des consommateurs vis-à-vis les modes d’obturation alternatifs (veuillez vous référer à la page Le débat sur le bouchon de liège pour plus d’information). L’attitude avant-gardiste des vignerons néo-zélandais est certes l’un des avantages d’appartenir à une jeune industrie viticole qui n’a pas eu le temps de s’ancrer profondément dans ses traditions. Cette ouverture d’esprit et cette attitude entrepreneuriale permettra sans aucun doute aux viticulteurs néo-zélandais de se positionner sur l’échiquier international de la distribution du vin où le problème de la surproduction mondiale s’aggrave à chaque année, créant une compétition de plus en plus féroce qui fera des perdants et des gagnants. Quoi qu’il en soit, la qualité est déjà au rendez-vous avec les vins néo-zélandais, au grand plaisir des consommateurs. 

Sources et lectures supplémentaires : « Mieux connaître les vins du monde » par Jacques Orhon, www.nzwine.com, www.winesofnz.com, Wikipedia, divers numéros de WineSpectator.
Cet article, publié dans Nouveau Monde, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.