Okanagan

La vallée de l’Okanagan a d’abord attiré l’attention des Canadiens et des touristes par ses paysages enchanteurs, avec une vue imprenable des Rocheuses. Aujourd’hui, cette région est beaucoup plus qu’un attrait touristique : l’Okanagan est dorénavant reconnu comme étant une aire viticole capable de produire des vins de grande qualité.

Géographiquement, la vallée de l’Okanagan se situe dans la partie sud-est de la Colombie-Britannique et bénéficie d’un climat aride et, au sud de la vallée, quasi-désertique, avec une moyenne de 2 000 heures d’ensoleillement par an, conditions propices à la croissance sanitaire de la vigne. La présence du lac Okanagan contribue à la clémence des hivers, ce qui est aussi bénéfique pour la culture de la vigne. Toutefois, les précipitations annuelles sont plutôt faibles dans l’Okanagan, avec au plus 33 cm de pluie par an, et moins de 15 cm dans la région d’Oliver, ce qui rend l’irrigation obligatoire.

Fait intéressant, l’Okanagan se situe à la même latitude que les régions du Rheingau en Allemagne et de la Champagne en France, bien que le climat de la vallée de l’Okanagan diffère de celui de ses deux consoeurs. Ainsi, bien que l’Okanagan bénéficie du même type d’automne que le nord de l’Allemagne, soit long et doux, le climat prend une tournure différente en octobre, alors que les températures s’abaissent considérablement dans l’Okanagan, ce qui a pour effet d’arrêter le mûrissement du raisin. D’un autre côté, les étés sont chauds et prévisibles dans la vallée de l’Okanagan, ce qui assure une qualité constante du raisin d’une année à l’autre, au contraire du Rheingau et de la Champagne.

L’histoire de la viticulture dans la vallée de l’Okanagan débute vers les années 1860 alors que des missionnaires plantèrent, près de la ville de Kelowna, les premières vignes appartenant à la famille vitis labrusca (tels que le concord, le delaware, le campbell et le patricia), abondantes localement, mais ne produisant pas de vin de très grande qualité. L’industrie viticole de la Colombie-Britannique n’a réellement pris son envol que vers les années 1930, malgré la Prohibition et la Dépression, grâce aux besoins en vin de communion. Dans les années 1960, les vignes plantées étaient surtout des hybrides entre les vignes américaines et européennes (tels que le baco noir, le maréchal foch et le vidal). Encore à cette époque, on produisait presque exclusivement du vin en gros, que l’on vendait souvent en cruche et dont la qualité était rarement au rendez-vous, du moins selon les standards d’aujourd’hui.

Un tournant majeur a eu lieu il y a presque vingt ans. En 1988-1989, sous les pressions de l’Accord de libre-échange conclu avec les États-Unis et avec l’aide financière de l’État provincial, de nombreux vignerons de l’Okanagan ont arraché leurs vignes hybrides pour les remplacer par des vignes vitis vinifera (tels que le chardonnay, le cabernet sauvignon, le pinot noir et le merlot), soit la même famille de vignes cultivées dans la plupart des grands pays viticoles, incluant nos voisins américains. Au début des années 1990, à la suite de cet arrachage massif, il ne restait que 400 hectares de vignes. Aujourd’hui, après la période de transition de replantage, on compte 6 600 hectares de vignes, en majorité du vitis vinifera. Cette superficie est relativement modeste : la Champagne, à elle seule, compte 29 000 hectares de vignes plantées.

Un autre point tournant a eu lieu en 1990, alors que la Colombie-Britannique adoptait le système d’appellations Vintners Quality Alliance (VQA), lequel met l’accent sur l’origine du vin et les densités minimales du moût. Ainsi, les vins VQA ne doivent être élaborés qu’à partir de cépages cultivés localement (alors que les vins non-VQA peuvent contenir du moût provenant d’autres pays). Le système VQA a grandement contribué à la hausse du niveau qualitatif des vins de l’Okanagan. Depuis, non seulement les vins de l’Okanagan reçoivent-ils l’éloge des critiques vinicoles mais, de plus, l’infrastructure touristique se développe à un rythme accéléré. Ainsi, malgré que l’industrie viticole de la Colombie-Britannique soit relativement petite, elle compense par des paysages enchanteurs et la qualité de ses vins.

Les climats variant de façon notable d’un terroir à l’autre tout le long de la vallée, l’Okanagan produit de multiples styles de vin. Au sud de la vallée, où le climat est plus chaud, on y produit surtout des vins à base de cépages bordelais (cabernet sauvignon et merlot, par exemple). Au centre, où le climat est plus tempéré, on y vinifie des vins d’un style plus bourguignon à base de cépages qui requièrent un peu moins de chaleur solaire, comme le chardonnay et le pinot noir. Au nord, où le climat est plus frais, le style des vins évoque plus ceux de l’Allemagne avec ses rieslings et ses gewürztraminers.

Carte viticole de la vallée de l'Okanagan

La vallée de l’Okanagan est capable, à l’instar de la péninsule du Niagara, de produire du vin de glace, bien que les conditions climatiques ne s’y apprêtent pas toujours idéalement. En effet, pour vinifier du vin de glace à base de vidal ou de riesling, les températures doivent s’abaisser à moins huit degrés Celsius ou plus froid, afin que le raisin soit bien gelé sur la vigne. Le risque est grand pour les viticulteurs de perdre sa révolte car les températures ne s’abaissent pas toujours au niveau désiré dans la vallée de l’Okanagan. Les vignerons font également face à d’autres types de risques, tels que les populations d’oiseaux qui se nourrissent du raisin : d’ailleurs, en 1983, Inniskillin a perdu toute sa récolte un jour avant la date prévue de la cueillette. Malgré une production modeste, j’ai néanmoins été très impressionnée par les vins de glace que j’ai dégustés lors de mon séjour dans la vallée, particulièrement ceux d’Inniskillin (voir mes notes ci-dessous). Les vins de glace canadiens ont établi un créneau sur les marchés mondiaux, entre autres en Europe et surtout en Asie du Sud-Est. Les vins de glace canadiens se sont élevés au même niveau qualitatif que le eiswein allemand (l’Allemagne étant le berceau des vins de glace), raflant nombre de prix internationaux prestigieux.

Que ce soit au plan des vins de glace, des vins rouges ou des vins blancs, le niveau qualitatif de la viticulture de la Colombie-Britannique a cru de façon phénoménale dans les quinze dernières années. Ma visite des vignobles de l’Okanagan m’a révélé que les viticulteurs visent des normes qualitatives très élevées. L’utilisation de la technologie est certes un facteur de réussite. Par exemple, une meilleure compréhension des terroirs de la vallée de l’Okanagan facilite la prise de décision sur la gestion optimale des vignes. Certains domaines, tel que Calona, ont effectué des études géologiques poussées de leurs sols afin de mieux déterminer où les différentes vignes (cabernet sauvignon, riesling, etc.) donnent un rendement optimal. Les viticulteurs ont également eu accès à un programme gouvernemental de photographie aérienne à l’infrarouge permettant d’identifier les micro-climats les plus cléments pour la vigne et d’éviter les zones problématiques de gel au sol.

En plus d’une utilisation judicieuse de la technologie, j’ai également noté chez les vignerons de l’Okanagan un très grand respect de la vigne et de la typicité des cépages, la majorité d’entre eux évitant les pièges d’une surmaturité du raisin et de la surutilisation de la barrique de chêne. En fait, j’ai découvert une multitude de cuvées dont le style élégant et pondéré évoquait davantage les crus français que les vins virils de la Californie.

D’ailleurs, en 1993, le domaine Mission Hill, très confiant, entra son Chardonnay Grand Reserve (1992) dans le fabuleux concours International Wine and Spirits Competition de Londres et remporta le trophée du meilleur chardonnay du monde. Ce fut le début de la reconnaissance des progrès accomplis par la jeune industrie viticole de l’Okanagan.

La qualité est donc au rendez-vous dans l’Okanagan. Il est toutefois regrettable qu’il ne reste pratiquement plus de terres agricoles à défricher dans la vallée, ce qui veut dire que la production viticole est maintenant à son sommet en terme de volumes. Les consommateurs à l’extérieur de la Colombie-Britannique devront se contenter du peu de la production exportée vers les autres provinces, ou alors ils devront de se rabattre sur l’agro-tourisme pour découvrir les vins de l’Okanagan. Bien que l’industrie viticole de l’Okanagan soit quantitativement limitée, il est de mon opinion, basée sur l’esprit innovateur, le talent et le désir d’accomplissement que j’ai observés chez les des vignerons de l’Okanagan, que cette jeune et vigoureuse industrie n’a pas terminé de s’améliorer au plan qualitatif. C’est à suivre!


Notes de dégustation : domaines sélectionnés

Pour ceux et celles qui auront le plaisir d’explorer la vallée de l’Okanagan, une multitude de domaines viticoles méritent d’être visités. Mes notes ci-dessous visent à donner un point de départ aux amateurs qui désirent découvrir cette relativement petite mais combien fascinante région viticole en pleine ascension qualitative. À noter que le prix des fioles peut varier d’une province à l’autre et que beaucoup de ces produits ne sont disponibles que localement et aux vignobles. Le symbole  indique mes coups de cœur.

 

Calona Vineyards (Sandhill)

Une dégustation horizontale des produits de Calona, en compagnie du viticulteur Howard Soon

Situé au centre-ville de Kelowna, Calona, établi en 1932 et récemment acheté par Peller Estates, est le plus vieux vignoble en opération continue de la Colombie-Britannique. Son viticulteur en chef, Howard Soon, avec qui j’ai passé une demi-journée à déguster des vins embouteillés et d’autres vieillissant tranquillement dans les barriques de chêne, est l’un des vignerons canadiens les plus respectés et un réel passionné de la vigne. À chaque année, il vinifie des vins en petites quantités qu’il vend localement sous le nom « Small Lot Program », afin d’expérimenter avec des cépages peu cultivés au Canada. Calona produit également des vins sous l’appellation « Sandhill », agréablement accessibles dans leur jeunesse et disponible à l’occasion à la LCBO. Les produits haut de gamme de Calona sont vendus sous le nom « Artist Series »; les bouteilles sont habillées d’une étiquette dessinée par des artistes peintres, un différent à chaque année. Il est d’intérêt que Calona sert tous ses vins au comptoir de dégustation dans des verres Riedel pour mettre en valeur les caractéristiques propres aux cépages.

  • Cabernet-Merlot « Sandhill » 2004 (19 $) – Voilà un assemblage réussi, dont les arômes et les saveurs évoquent les petits fruits des champs et le grillé, rehaussés d’un filet vanillé envoûtant. La bouche révèle un ensemble joliment texturé, au corps pondéré et aux tanins bien dosés.
  • Chardonnay « Sandhill » 2005 (17 $) – Affichant une belle pureté du fruit et une texture soyeuse, Calona a vinifié ce chardonnay dans un style convivial, joyeux et ample, sans maquillage ni fioritures, que l’on peut aussi bien servir en apéritif qu’à la table avec une multitude de mets.
  • Gamay Noir « Sandhill » 2005 (18 $) – Cette cuvée est une surprise : le gamay donne souvent des résultats mitigés, mais Howard Soon a réussi à produire un vin  étonnamment plein et complet pour ce cépage, aux succulents accents musqués. Lorsqu’un viticulteur réussi à produire un vin de grande qualité avec un cépage moyen, on réalise que l’on se trouve en présence d’un vigneron talentueux qui n’a pas peur de prendre des risques. ♥ 
  • Pinot Gris, King Family Vineyard, « Sandhill » 2005 (17 $) – Voici un pinot gris charmant aux parfums évocateurs de pomme verte et de minéral, le tout se poursuivant au palais sur un ensemble sec et éminemment plaisant. Voilà un autre vin blanc de Calona qui non seulement donne sur la finesse et la subtilité mais qui de plus respecte la personnalité et la typicité du cépage.
  • Sangiovese, Burrowing Owl Vineyard, Small Lot Program, « Sandhill » 2003 (n.d.) – Howard Soon est le seul à vinifier et à commercialiser du sangiovese canadien. Dans le cadre de son programme d’expérimentation, seules 492 caisses de cette cuvée ont été produites en 2003. Le résultat est une fiole d’une incroyable qualité, élégante, profonde, séduisante et maintenant à son sommet. Le passage du temps lui a permis d’acquérir du velouté et de la profondeur, même comparé à son cadet du millésime 2004 que j’ai également dégusté au vignoble.

Pour plus d’information : www.calonavineyards.ca.


CedarCreek Estate Winery

Le domaine CedarCreek

Situé dans la région de Kelowna, CedarCreek appartient au Sénateur Ross Fitzpatrick et à sa famille. CedarCreek a été nommé « Vignoble canadien de l’Année » au prestigieux Lauréats du vin canadien (Canadian Wine Awards) en 2005.

  • Chardonnay Estate Select 2004 (21 $) – Aromatisé à la pomme et à la poire, ce chardonnay d’approche facile est traversé d’un charmant filet fumé provenant d’un séjour en barrique de chêne. Les arômes se réverbèrent agréablement sur une finale convaincante.
  • Meritage Estate Select 2004 (30 $) – Ce Meritage (terme désignant les vins nord-américains vinifiés avec des cépages bordelais) est composé à 57 % de merlot et complémenté par du cabernet sauvignon et du cabernet franc. Son bouquet exhale d’amples élans aromatiques évoquant les baies des champs et la fumée, lesquels s’étalent par la suite sur un palais bien ficelé et encadré d’une trame tannique encore passablement jeune. Dans deux ou trois ans, cette cuvée se sera assagie et laissera sans aucun doute des souvenirs indélébiles.  
  • Merlot Estate Select 2004 (30 $) – Ce merlot respire la cerise, le chêne grillé et la réglisse, le tout se poursuivant sur un palais jeune et structuré, encadré de tanins fougueux. Voilà une cuvée pleine de promesses pour les cinq prochaines années.
  • Merlot-Cabernet Classic 2004 (18 $) – Le nez de cette fiole, au rapport qualité-prix des plus séduisants, est porté sur la griotte et la fumée, laissant échapper à l’aération d’engageantes notes épicées. La bouche est tout aussi plaisante avec son fruité éclatant et ses saveurs à l’avenant.

Pour plus d’information : www.cedarcreek.bc.ca.


Inniskillin Okanagan Vineyards

Le domaine Inniskillin

Situé dans la région d’Oliver au sud de la vallée, Inniskillin a été le premier domaine, en 2002, à vinifier du zinfandel dans l’Okanagan. Les vins vendus sous l’étiquette « Discovery Series » (anciennement distribués sous l’étiquette « Bear Club ») sont produits en petites quantités et sont le résultat d’expérimentation de nouveaux cépages par le domaine. Inniskillin est également établi dans la péninsule du Niagara.

  • Cabernet Sauvignon Reserve 2004 (18 $) – Voilà un cabernet sauvignon extraordinairement bien réussi dans cette gamme de prix, aux caractéristiques de groseille et de chêne vanillé, lesquelles se réverbèrent en bouche sur une structure moyennement corsée, aux tanins équilibrés et à la texture soyeuse. Merveilleusement prêt à boire dans sa jeunesse.
  • Pinotage, Discovery Series 2005 (n.d.) – Le pinotage est un cépage exclusivement cultivé en Afrique du Sud, avec lequel Inniskillin expérimente afin de déterminer son adaptabilité au terroir de l’Okanagan. Le résultat est un vin au fruité très mûr et au grillé bien intégré qui se prolongent sur un palais moyennement corsé et rempli de saveurs. Produit en quantités infinitésimales : 170 caisses seulement, lesquelles seront mises sur le marché en mai 2007. Ça reste une curiosité à ce stade, mais je lève mon chapeau à l’esprit entrepreneur d’Inniskillin.
  • Riesling Icewine, Dark Horse Vineyard 2005 (60 $ / 375 ml) – Inniskillin, autant dans la péninsule du Niagara que dans la vallée de l’Okanagan, s’est bâti une réputation internationale quant à la production de ses vins de glace, gagnant prix et médailles dans plusieurs compétitions à travers le monde. Ce riesling 2005 est un vibrant témoignage à l’expertise de ce domaine, avec son bouquet exubérant aux parfums enjôleurs d’agrumes et de miel rehaussés d’accents pétrolés si typiques au cépage riesling. Le tout se poursuit en bouche sur un ensemble harmonisant à merveille le moelleux et l’acidité jusqu’à la finale somptueusement agrumée et extraordinairement persistante. On frise ici la perfection.
  • Vidal Icewine, Plut Vineyard 2005 (53 $ / 375 ml) – Agrumes, abricot et miel émanent joyeusement de ce superbe vidal. Tous les éléments d’un grand vin de glace y sont : pureté du fruit, magnifique moelleux, superbe acidité, longueur en bouche qui semble durer une éternité. De l’or en bouteille!  
  • Zinfandel, Discovery Series 2004 (30 $) – Aromatisé à la cerise et à la prune, saupoudrées d’un soupçon d’épices et de gâteau aux fruits, ce zinfandel s’avère passablement charnu mais équilibré au palais. Son style est plus raffiné que les gros zinfandels confiturés des vallées de Napa et de Sonoma; il affiche une personnalité distincte, reflet du terroir de l’Okanagan. La version 2003, similaire au 2004, est présentement disponible dans le réseau de la SAQ.

Pour plus d’information : www.inniskillin.com.


Jackson-Triggs Okanagan Estate

Les chaies de Jackson-Triggs

Situé dans la région d’Oliver, au sud de la vallée, Jackson-Triggs est le plus gros producteur de vin de l’Okanagan, commercialisant environ 120 000 caisses annuellement, à partir de leurs installations ultra modernes (le domaine utilise, entre autres, des régulateurs de température informatisés qui contrôlent chaque cuve de fermentation). L’importance de sa production lui permet d’en exporter une partie vers les autres provinces, incluant le Québec et l’Ontario. Jackson-Triggs, qui est également établi dans la péninsule du Niagara, a été nommé « Vignoble canadien de l’Année » au prestigieux Lauréats du vin canadien (Canadian Wine Awards) en 2006.

  • Chardonnay Proprietors’ Grand Reserve 2004 (20 $) – Cette cuvée moderne s’annonce par un séduisant bouquet aux relents de pomme verte, de grillé et de beurre fondu, lesquels se poursuivent allégrement sur un palais moyennement corsé, aux saveurs très persistantes. Difficile de produire du vin de qualité en grandes quantités, mais Jackson-Triggs réussit cet exploit avec toute sa gamme de chardonnays.
  • Meritage Proprietors’ Grand Reserve 2004 (21 $) – Cet assemblage de cépages bordelais (merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc, malbec et petit verdot) se distingue par sa matière fruitée bavarde et sa finale chocolatée, dont le boisé insistant n’ensevelit toutefois pas le fruit. Beau produit de la Colombie-Britannique, vinifié dans un style moderne.
  • Riesling Icewine Proprietors’ Grand Reserve 2005 (n.d.) – Le nez de ce vin de glace fait très abricot, agrumes confits et miel. La bouche, au friand moelleux, se termine sur une touche mielleuse insistante et fait montre d’une excellente allonge des saveurs. La version 2003 (pas dégustée) est présentement disponible à la LCBO.
  • Sauvignon Blanc 2005 (14 $) – Ce sauvignon blanc, qui n’a pas touché le bois, est resplendissant de fraîcheur avec ses saveurs agrumées à souhait et sa touche typiquement herbacée. L’ensemble au palais est soutenu par une acidité tranchée au couteau qui apporte droiture et netteté au vin. Très réussie et se détaillant à un prix plus qu’attrayant, cette fiole est un excellent coupe-soif. La version 2004 (pas dégustée) est présentement disponible dans le réseau de la SAQ.

Pour plus d’information : www.jacksontriggswinery.com.


Mission Hill Estate Winery

Le domaine Mission Hill

Situé à Westbank, près de Kelowna, Mission Hill est le vignoble le plus spectaculaire visuellement parlant, sis au sommet d’une petite montagne, avec une vue imprenable de la vallée. Mission Hill a été rénové au coût de 35 millions de dollars en 2002. La propriété, qu’on accède par une arche de pierre géante, évoque quelque peu une cathédrale, avec en son centre un clocher dans une tour haute de douze étages. Fait intéressant : son clocher a été fabriqué par la même fonderie qui a fabriqué les clochers de Notre-Dame-de-Paris.

  • Chardonnay SLC 2005 (30 $) – Ce chardonnay révèle un nez séduisant qui suggère les agrumes et la pomme verte. On retrouve en bouche de jolis rappels des arômes habillés d’un voile agréablement crémeux. SLC signifie « Select Lot Collection ».
  • Oculus 2003 (57 $) – L’Oculus, un assemblage médocain de merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot, est le fleuron de la maison Mission Hill et considéré par plusieurs critiques vinicoles comme l’un des meilleurs vins rouges canadiens. La version 2003 exhale d’amples élans aromatiques évoquant le cassis, le grillé et la torréfaction. Il se distingue au palais par la précision de ses saveurs charnues, sa trame tannique svelte et ses charmants échos grillés qui persistent très longtemps en finale.  
  • Riesling Icewine Reserve 2004 (60 $ / 375 ml) – Le nez présente des arômes avenants d’agrumes et de miel rehaussés d’intrigantes notes florales, le tout se prolongeant au palais sur une structure éminemment moelleuse, à la fabuleuse allonge des saveurs. Présentement disponible à la LCBO.
  • Sauvignon Blanc Reserve 2005 (22 $) – Cette cuvée réservée est marquée par des senteurs typiquement agrumées et accentuées par un agréable filet herbacé. On note au palais une texture soyeuse imputable à une fermentation partielle en fûts de chêne. Très réussi.
  • Shiraz Reserve 2004 (23 $) – Typiquement parfumé au cassis, au poivre noir et à la viande grillée, ce shiraz, à mi-chemin entre le style australien et le style français, est bien soutenu par une structure ferme et se distingue par son caractère franc.

Pour plus d’information : www.missionhillwinery.com.


Mt. Boucherie Estate Winery

Le domaine Mt. Boucherie

Situé dans la région de Kelowna, Mt. Boucherie est un vignoble familial fondé par les trois frères Gidda, originaires de l’Inde. Les frères Gidda, à l’esprit innovateur, vinifient des cuvées adorables et distinctes, certaines à base de cépages inusités tel que le blaufränkisch et le michurnitz. Leur cuvée de syrah, tout à fait extraordinaire mais malheureusement produite en quantités limitées, se vend à la vitesse de la lumière. Votre meilleure chance de déguster ce cru tout à fait mémorable est de vous rendre à l’un des restaurants locaux qui réussissent à mettre la main dessus, tel que Bouchons à Kelowna. Mt. Boucherie est un vignoble artisanal dont la production relativement modeste est entièrement écoulée sur les marchés locaux.

  • Blaufränkisch, Summit Reserve 2002 (25 $) – Cette cuvée à base du cépage autrichien blaufränkisch (appelé limberger en Allemagne) est dotée de doux parfums de petits fruits et d’épices diverses, saupoudrés d’un soupçon terreux. Léger sans être dénué de matière ni d’expression, ce vin unique et original, aux tanins bien enveloppés dans la matière fruitée, est prêt à boire dans sa jeunesse.
  • Melange, Summit Reserve 2003 (22 $) – Cet assemblage inusité de maréchal foch, un cépage hybride, et de michurnitz, un cépage de la famille vitis amurensis cultivé principalement en Nouvelle-Écosse, assemblés avec du merlot et du gamay noir respire la prune, le bleuet, les épices diverses et le cuir. La bouche, plutôt corpulente et modérément tannique, révèle une matière fruitée presque confiturée et une finale merveilleusement épicée et persistante.
  • Pinot Gris, Estate Collection 2005 (15 $) – La qualité et la sensualité des pinots gris de l’Okanagan m’ont profondément charmée. Cette cuvée de Mt. Boucherie est le parfait exemple du pinot gris sec, élégant et équilibré, dont l’ensemble conjugue plénitude et pureté du fruit.
  • Sémillon, Summit Reserve 2003 (18 $) – À l’olfactif, on découvre d’emblée un vin raffiné et expressif, aux séduisants parfums d’agrumes ponctués de notes de fumée, de levure et de pêche. Le gustatif s’avère tout aussi charmant avec ses courbes sensuelles et sa structure élancée.
  • Syrah, Summit Reserve 2004 (25 $) – La palette aromatique de cette syrah est portée sur la groseille, les épices diverses et la viande grillée, lesquelles s’étalent avec grâce sur un palais ciselé avec précision, profond et d’une très bonne allonge des saveurs. Cette syrah canadienne, qui n’est pas sans évoquer un Côte-Rôtie issu d’un millésime chaud, dévoile une qualité et une harmonie d’ensemble qui m’ont littéralement époustouflée.  

Pour plus d’information : www.mtboucherie.bc.ca.


Nk’Mip Cellars

Le domaine Nk’Mip

Situé dans la région d’Osoyoos, au sud de la vallée, ce vignoble aborigène (le premier en Amérique du Nord) est un partenariat entre la bande indienne Osoyoos et la multinationale Vincor International Inc. Nk’Mip (prononcez Inkamipe) signifie « la place où le ruisseau rejoint le lac ». L’architecture de ses bâtiments n’est pas sans rappeler les pueblos du Nouveau Mexique. Les produits haut de gamme de Nk’Mip sont vendus sous l’étiquette Qwam Qwmt, ce qui signifie « atteindre l’excellence ». Accueillie avec beaucoup de chaleur, comme une accueillerait une amie de longue date, j’ai eu le plaisir de déguster une série de vins avec le viticulteur Randy Picton et la chargée de l’hospitalité Donna Faigaux, deux hôtes modèles.

  • Chardonnay Qwam Qwmt 2005 (25 $) – Randy Picton est un vigneron qui respecte la typicité des cépages et ne cherche pas à les maquiller avec un excès de bois ou une surmaturation du raisin, comme c’est souvent le cas dans les pays viticoles du Nouveau Monde. À preuve, son chardonnay, lequel rappelle beaucoup plus l’élégance des vins blancs de la Bourgogne que les gros chardonnays américains. La cuvée 2005 donne tout en finesse, avec du fruit pondéré, harmonieux et ponctué de séduisants accents beurrés.
  • Meritage Qwam Qwmt 2004 (40 $) – On se laisse d’emblée séduire par les amples élans aromatiques de ce Meritage qui laisse échapper de douces odeurs de groseille et de fumée. Au gustatif, cette succulente cuvée dévoile une trame tannique tissée serrée et des proportions très classiques. Issu d’une viticulture rigoureuse, ce Meritage est un vin canadien d’envergure.
  • Merlot 2004 (17 $) – Ce convivial merlot dévoile des effluves attrayants de cerise noire et de chêne fumé, lesquels se poursuivent en bouche sur une structure moyennement corsée et bâtie sur un succulent centre fruité et des tanins juvéniles. Très réussi pour un merlot de cette gamme de prix.
  • Riesling 2005 (16 $) – Une autre cuvée de Randy Picton qui mets l’emphase sur la noble personnalité du riesling, aux arômes agrumés à souhait et complexifiés par un délicieux filet minéral. Voilà un vin sans artifices, d’une grande pureté, dont les saveurs sont ragaillardies par une franche acidité, ce qui donne de l’élan à l’ensemble.
  • Riesling Icewine Qwam Qwmt 2005 (60 $) – Ce vin de glace révèle un bouquet très expressif à dominante d’ananas et de miel, lesquels se prolongent sur une structure profondément moelleuse, à la finale qui s’étire langoureusement.

Pour plus d’information : www.nkmipcellars.com.


Quails’ Gate Estate Winery

Le domaine Quail’s Gate

Situé dans la région de Kelowna, Quails’ Gate s’est taillé une réputation inébranlable quant à la production de pinot noir. Quails’ Gate utilise d’ailleurs sept clones différents de pinot noir. Les fioles vendues sous l’étiquette « Limited Release » offrent un rapport qualité-prix particulièrement avantageux, alors que la série « Family Reserve » est le porte-étendard du domaine. Il est d’intérêt que Quails’ Gate sert tous ses vins au comptoir de dégustation dans des verres Riedel pour mettre en valeur les caractéristiques propres aux cépages. De plus, adjacent à la salle de dégustation, se trouve le restaurant Old Vines Patio Restaurant, qui se spécialise dans les produits locaux et offre une vue inoubliable du lac Okanagan – un « must » pour les touristes qui séjournent dans la région de Kelowna.

  • Chardonnay, Limited Release 2005 (20 $) – Le nez de ce chardonnay à la qualité irréprochable dévoile une palette aromatique enchanteresse d’où émanent d’élégants parfums d’essence de pomme légèrement ponctués de notes de beurre fondu. Superbement vinifiée dans un style à la fois léger et expressif, beaucoup plus proche du Bourgogne blanc que du chardonnay américain, cette cuvée se démarque par sa profondeur, sa finesse et la précision de ses saveurs.
  • Chasselas-Pinot Blanc 2005 (16 $) – Ce vin de chasselas, un cépage surtout cultivé en Suisse, assemblé avec 35 % de pinot blanc évoque la pomme verte et la poire japonaise, révélant un corps léger, délicat et féminin. Un vin très convivial à la table et offrant un excellent rapport qualité-prix.
  • Chenin Blanc, Limited Release 2005 (19 $) – Cette jolie cuvée de chenin blanc semble infusée à la poire et aux agrumes, rehaussée de légers accents fumés provenant d’une judicieuse utilisation de la barrique de chêne.
  • Merlot, Family Reserve 2004 (40 $) – Bien que Quail’s Gate s’est d’abord et avant tout bâti une réputation d’excellence avec ses pinots noirs, j’ai néanmoins trouvé leurs merlots tout aussi réussis (même le personnage Miles du film Sideways, qui ne jurait que par le pinot noir, serait d’accord avec moi). Ce merlot 2004, dont les raisins ont été cueillis à la main, affiche un bouquet enchanteur de petits fruits des champs fumés qui s’étalent en bouche sur une structure tout en relief, aux tanins finement tissés et à la finale volubile.
  • Old Vine Foch, Limited Release 2004 (25 $) – Les amateurs du cépage maréchal foch adoreront cette fiole aux parfums rustiques de bleuet et de prune entrelacés de tonalités vanillées et animales. Voilà une cuvée à la personnalité virile et affirmée.
  • Pinot Noir, Limited Release 2004 (25 $) – Le somptueux bouquet de cette magnifique cuvée canadienne est dominé par la framboise et entrelacé d’un soupçon de terre sèche et de vanille. L’ensemble, joliment façonné et d’une grande précision aromatique, confirme que cette cuvée fut vinifiée dans les règles de l’art. J’ai eu le plaisir de déguster ce pinot noir avec du lapereau sauce au vin – sublime!
  • Pinot Noir, Family Reserve 2004 (40 $) – Cette cuvée réservée est vieillie un peu plus longtemps en fûts de chêne que le pinot noir précédent, ce qui lui impute davantage de tanins et des tonalités grillées plus insistantes. Parfumé à la framboise fumée, ce pinot noir révèle des saveurs friandes et voluptueuses qui s’étalent avec grâce jusqu’à une finale vibrante. Sa phénoménale structure lui assure un long et brillant avenir.

Pour plus d’information : www.quailsgate.com.


Summerhill Pyramid Winery

Le domaine Summerhill

Situé dans la région de Kelowna, Summerhill a été fondé par Steve Cipes, originaire de New York et un fervent environnementaliste et diodynamiste. Summerhill est le plus important vignoble organique au Canada. Steve Cipes est également un grand amoureux des vins mousseux; ses cuvées Blanc de Blancs et Blanc de Noirs ne sont pas sans évoquer la finesse et la profondeur des vins de la Champagne. Summerhill est un attrait touristique important de la région, avec sa grande pyramide blanche dans laquelle on fait vieillir les bouteilles, ce qui, selon monsieur Cipes, les bonifierait de façon notable. Les visiteurs sont parfois amenés à l’intérieur de la pyramide dans une tournée qui frise le mysticisme. La totalité de la production de Summerhill est écoulée localement.

  • Baco Noir, Platinum Series 2005 (n.d.) – Le baco noir est un cépage hybride (croisement créé en 1894 entre une variété de vitis riparia et la folle blanche, un cépage de la famille vitis vinifera qui a presque disparu de nos jours). Bien qu’on cultive le baco noir surtout dans la péninsule du Niagara, Steve Cipes en a importé des boutures pour vinifier sa propre cuvée. Le résultat est un vin expressif aux caractéristiques fruitées, fumées et de musquées, lesquelles se répètent allégrement sur un palais moyennement corsé et un peu rustique, ce qui est typique au baco noir.
  • Blanc de Noirs 1999 (35 $) – Habillé d’une robe profondément dorée, ce vin effervescent de pinot noir dévoile une mousse pleine et abondante de même qu’un bouquet riche et élégant, dominé par la pomme Granny Smith, la mie de pain et la levure. En bouche, les papilles se laissent titiller avec joie par les saveurs fraîches, charnues et harmonieuses de ce Blanc de Noirs encore resplendissant de jeunesse, dont la qualité n’est pas sans rappeler les vins de la Champagne.
  • Brut non-millésimé (35 $) – Voilà une cuvée non-millésimée (assemblage de raisins provenant de plusieurs millésimes, afin d’assurer une qualité constante année après année) très respectable. S’annonçant par une robe dorée et une effervescence bien maîtrisée, ce mousseux est joyeusement parfumé à la pomme jaune et au pain grillé, lesquels se poursuivent sur un palais équilibré et raffiné, à la tendre acidité et à la longue finale frétillante. Son niveau de qualité égale sans difficulté les meilleurs crémants français.
  • Pinot Gris 2005 (29 $) – Selon moi, le pinot gris est le cépage blanc qui donne les meilleurs résultats dans la vallée de l’Okanagan; il n’est pas aussi gras que le pinot gris alsacien, mais on y trouve une minéralité tout à fait divine. Le pinot gris de Steve Cipes est probablement le meilleur pinot gris que j’ai dégusté dans cette appellation et il vaut pleinement son prix. Son nez est aromatisé à la poire blanche et à la pomme verte, entrelacées d’une sublime minéralité. Au palais, on se laisse séduire par son extraordinaire richesse de corps et son architecture harmonieuse et orchestrée à la perfection.

Pour plus d’information : www.summerhill.bc.ca.


Plusieurs autres domaines méritent amplement d’être visités. Toutefois, certains n’offrent pas de visites ou de dégustations à longueur d’année, donc vous devriez vérifier à l’avance lorsque vous vous déplacez vers la vallée de l’Okanagan.

Achat de vin

Environ 85 % de la production viticole de l’Okanagan est écoulée aux vignobles et sur les marchés locaux, de même que dans les restaurants et les boutiques de vin de la Colombie-Britannique (l’État provincial ayant permis la vente de vin par des entreprises privées en 2002). Le reste de la production, surtout les gros volumes produits par Mission Hill et Jackson-Triggs, est exportée vers les autres provinces, l’Alberta étant la grande gagnante.

Pour acquérir des bouteilles de vin de l’Okanagan, vous avez deux choix, à part celui de vous rendre directement aux vignobles. D’abord, commencez par vérifier le stock (qui peut varier grandement selon la période de l’année) de votre société d’État distributrice de vin (LCBO : www.lcbo.com; SAQ : www.saq.com). Vous pouvez également acheter du vin en ligne auprès du vignoble qui vous intéresse, mais n’oubliez pas que cette méthode d’achat ne vous exempte pas de payer les taxes d’alcool à l’État de votre province de résidence.

Pour plus d’information

Pour plus d’information, veuillez consulter les sites web suivants, lesquels sont de bonnes sources d’information sur les vignobles, les restaurants, les hôtels, les cartes routières et les diverses activités touristiques de la région : www.winebc.com/  et www.okanaganwine.ca.

La revue canadienne WineAccess publie également chaque année un guide sur les vignobles canadiens intitulé « Canadian Wine Annual » (en anglais seulement), lequel est très utile pour planifier les visites aux domaines viticoles.

Finalement, pour ceux qui désirent en savoir plus sur l’histoire du vin canadien, je vous recommande fortement le livre de Tony Aspler intitulé « Vintage Canada » (en anglais seulement).

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