Afrique du Sud

L’Afrique du Sud, située à l’extrême sud du continent africain, produit du vin depuis le 17e siècle. Son histoire viticole commence lorsque le premier commandant du Cap (Le Cap est à la fois une ville et la région sise à la pointe méridionale du pays), le Hollandais Jan Van Riebeeck, importa et planta des boutures de vigne en 1656. Trois ans plus tard, il produisit le premier vin sud-africain, soit 12 litres de muscat. Quelques années plus tard, son successeur, le gouverneur Simon Van der Stel, dans le but de lancer et de supporter l’industrie viticole sud-africaine, créa le domaine Groot Constantia, lequel deviendra légendaire avec le Vin de Constance.

L’industrie viticole sud-africaine a réellement pris son envol vers 1688 avec l’arrivée des huguenots fuyant la persécution religieuse en France; ceux-ci apportèrent avec eux une expertise significative de la viticulture. L’émigration allemande a également eu une certaine influence, toutefois, c’est sous le régime britannique que l’industrie viticole du Cap commença à se développer de façon considérable, soit à partir de 1806. En effet, la France et l’Angleterre étant en guerre, les Britanniques durent se tourner vers de nouvelles sources d’approvisionnement pour remplacer leur consommation de vin français.

Des débuts glorieux

L’Afrique du Sud a certes un passé viticole glorieux et le Cap cherche aujourd’hui à revenir sur le devant de la scène. Au 18e siècle, le célèbre Vin de Constance, lequel se vendait à un prix faramineux, séduisait l’Europe entière à une époque où les noms comme Lafite et La Romanée-Conti commençaient à peine à acquérir une réputation de qualité. De nombreux auteurs, dont Balsac, Baudelaire et Alexandre Dumas, mentionnent d’ailleurs le Vin de Constance dans leurs ouvrages. L’Histoire se rappelle que les têtes couronnées de cette époque buvaient plus de Vin de Constance que n’importe quel autre vin, à part le Tokaji, et que c’était également le vin préféré de Napoléon lors de son exile à l’Île Sainte-Hélène.

Néanmoins, la situation plus qu’enviable du Cap changea dès la deuxième moitié du 19e siècle. Trois phénomènes contribuèrent à la déchéance de la viticulture sud-africaine. D’abord, le phylloxéra, ce puceron dévastateur pour la vigne qui détruisit dès 1886 des terres viticoles entières dans le monde, ayant presque éradiqué l’industrie viticole autant en Afrique du Sud qu’en Europe. Puis, s’ensuivirent la guerre des Boers (1899-1903) et un manque prononcé de débouchés commerciaux pour les vins du Cap. Une fois le phylloxéra sous contrôle (grâce à la greffe des vignes sur des souches américaines, plus résistantes), les vignerons sud-africains voulurent compenser en plantant des vignes de façon massive et en accroissant considérablement les rendements de leurs vignobles, ce qui inévitablement eu un effet des plus négatifs sur le niveau qualitatif des vins sud-africains et fit dégringoler les prix à des niveaux insoutenables.

Pour essayer de remonter la pente et de revenir aux succès passés, les viticulteurs du Cap se réunirent en 1918 pour former une association, la KWV (Ko-operatiewe Wynbouwers Vereniging), laquelle deviendra l’outil réglementaire de l’État suite à un décret parlementaire de 1924. La KWV était légalement chargée de fixer les seuils maximaux de production, les limites des aires viticoles et les prix minimaux. Ce système centralisé avait toutefois ses inconvénients : il handicapait les domaines viticoles privés et favorisait les producteurs de raisins en vrac. En 1992, la KWV relaxa ses règles et ouvra la voie à un système de production beaucoup plus libéral et dynamique. Depuis, le niveau qualitatif de l’industrie viticole sud-africaine reprend son ascension. Il reste que, malgré un nombre croissant de petits viticulteurs centrés sur la qualité, l’industrie viticole du Cap est encore dominée par les producteurs de gros volumes; en fait, plus de la moitié de la vendange annuelle est destinée à la distillation et à la fabrication de produits dérivés comme l’eau-de-vie de raisin et le moût concentré. La surproduction est encore un problème et les rendements montent, dans certaines zones incluant le long de la rivière Orange, jusqu’à 350 hectolitres par hectare, soit neuf fois plus que les rendements autorisés pour les vins d’appellation d’origine contrôlée français.

Avec la fin de l’apartheid et des sanctions économiques en 1991, l’Afrique du Sud pu exporter sa production vers un plus grand nombre de pays et son industrie viticole commença à être infusé de nouveaux capitaux : ces deux facteurs, combinés à de meilleures techniques de vinification, contribuèrent à la croissance qualitative des vins sud-africains lors de la dernière décennie.

L’industrie viticole sud-africaine fait toutefois face à des difficultés majeures. En partant, les sols du Cap sont souvent trop acides et demandent à être chaulés; les vignerons doivent également ajuster la teneur en acide tartrique de leurs vins. En second lieu, les viticulteurs du Cap dépendent beaucoup de l’exportation car les Sud-Africains, préférant de loin la bière, boivent peu de vin, seulement 9 hectolitres par habitant par année (comparé aux Argentins avec 41 litres par habitant par année et aux Portugais avec 56 litres par habitant par année). De plus, étant géographiquement éloignés des marchés de consommation, les vignerons sud-africains assument des frais de transport considérables. Finalement, l’Afrique du Sud, économiquement isolée pendant l’apartheid, a pris du retard dans la conquête des marchés internationaux, surtout par rapport à de nouveaux pays exportateurs comme l’Australie et le Chili, lesquels ont inondé ces marchés de produits de qualité peu dispendieux.

Aujourd’hui, le vignoble sud-africain couvre une superficie de 100 000 hectares et produit environ neuf millions d’hectolitres annuellement, surtout en blanc (sept bouteilles sur huit), ce qui en fait le 7e pays producteur de vin au monde.

Les cépages

Le cépage blanc le plus vinifié en Afrique du Sud, comptant pour le tiers de toute la surface plantée, est le steen, que l’on connaît mieux sous son nom français chenin blanc. Le chenin blanc peut produire autant du vin blanc sec que des vins de dessert, à l’instar des vins de la Loire mais sans toutefois parvenir à atteindre leur niveau qualitatif. Le chenin blanc est un cépage difficile qui répond mal à l’irrigation, pratique de viticulture répandue sinon nécessaire en Afrique du Sud, de même qu’à la surproduction, également courante chez plusieurs vignerons, avec une moyenne nationale de 77 hectolitres par hectare, alors que le steen donne de pauvres résultats au-delà de 40 hectolitre par hectare.

Le hanepoot, également connu sous le nom muscat d’Alexandrie (ou muscat de Frontignan ou muskadel), est aussi grandement utilisé, surtout pour les vins de dessert, dont le fabuleusement riche Vin de Constance. Le colombard, le cape riesling (qui n’a rien à voir avec le riesling allemand), le palomino et le sémillon sont des cépages également très populaires au Cap. Plus récemment, les vignerons sud-africains ont commencé à planter du sauvignon blanc et du chardonnay pour répondre à la demande internationale.

Dans le rouge, les cépages les plus vinifiés sont le cinsault, le cabernet sauvignon et le pinotage, de même que le pinot noir, le cabernet franc, le shiraz et le merlot à moindre mesure. Le pinotage est un cépage original à l’Afrique du Sud : créé en 1925 à l’université de Stellenbosch, il est le résultat du croisement génétique entre le cinsault et le pinot noir. Il donne des vins rouges foncés, fruités et aromatiques, mais qui manquent parfois de profondeur et de rondeur, surtout ceux produits en masse. Malgré sa popularité, le pinotage ne représente que 3 % des vignes plantées en Afrique du Sud.

Il est à noter que la législation sud-africaine quant à l’encépagement permet aux producteurs d’incorporer jusqu’à 15 % d’autres cépages dans un vin étiqueté mono-cépage. Par exemple, un vin identifié Pinotage peut comprendre jusqu’à 15 % d’autres cépages. La législation sud-africaine permet également un certain laxisme au plan des millésimes. Ainsi, un vin issu du millésime 2005 peut également comprendre jusqu’à 25 % de vin issu d’autres millésimes. Bien que cette flexibilité dans l’assemblage ne soit pas une pratique viticole si inusitée dans les pays du Nouveau Monde, elle est impensable dans des pays comme la France.

Les zones viticoles et les producteurs

Le vignoble sud-africain est concentré dans la pointe méridionale du pays, à l’intérieur des terres du cap de Bonne-Espérance, d’où son surnom le Cap, le long des côtes des océans Atlantique et Indien. Les vignes du Cap bénéficient ainsi d’une nécessaire brise rafraîchissante en provenance des océans. Le pays est principalement divisé en deux zones viticoles : la région littorale (Coastal Region) qui comprend entre autres les appellations Stellenbosch, Paarl et Constantia; et la Breede River Valley Region qui comprend entre autres les appellations Worcester et Robertson. En 1973, le gouvernement mit en place un système d’appellations d’origine, appelées Wine of Origin (WO); ce système n’est pas tant un contrôle de qualité qu’une procédure de certification au plan de l’origine géographique, du millésime et de l’encépagement.

La KWV est aujourd’hui une association viticole d’importance en Afrique du Sud qui ne dépend plus de l’État. Elle exploite des vignobles, commercialise des vins et administre le secteur viticole du pays mais sans en contrôler sa production. Elle compte 4 900 membres et regroupe 70 coopératives. On trouve facilement sur les marchés québécois et ontarien les vins de KWV étiquetés Cathedral Cellars.

Le domaine Groot Constantia appartient maintenant au gouvernement sud-africain et il est un des sites touristiques les plus populaires du Cap. Une subdivision de la propriété originelle, Klein Constantia, contrôlée par des intérêts privés, a décidé de faire revivre le Vin de Constance en replantant en 1980 des vignes de muscat. Le Vin de Constance est un vin de dessert blanc naturel, non botrytisé et non fortifié, vinifié dans le respect des méthodes ancestrales; le vin de Constance est ainsi une réplique fidèle du fameux nectar d’antan. Hautement prisé et produit en quantités limitées, il est difficile d’y mettre la main dessus au Canada : il faut vérifier constamment les nouveaux arrivages parmi les produits haut de gamme de votre Société d’État préférée.

Parmi d’autres excellents domaines viticoles, on compte : Graham Beck, Bouchard-Finlayson, Fairview, Glen Carlou, Kanonkop, Meerlust, La Motte, Mulderbosch, Plaisir de Merle, Rust-en-Vrede et Stellenzicht.

Sources et lectures additionnelles : « Mieux connaître les vins du monde » de Jacques Orhon, « Encyclopédie du vin » de Jancis Robinson, « Encyclopédie des Vins et des Alcools » d’Alexis Lichine, « Encyclopédie mondiale du vin » de Tom Stevenson, divers numéros des revues WineSpectator, Revue des Vins de France et Decanter.
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