Mas La Plana : une verticale de 10 millésimes

Mas La Plana, signifiant le Domaine des Plaines en espagnol, est à la fois un vignoble et un vin de marque, possiblement le plus grand vin produit dans la région vinicole de Peñedès dans le nord-est de l’Espagne. Le Mas La Plana est vinifié par Miguel Torres, l’un des producteurs les plus en vue d’Espagne. En 1979, le Mas La Plana (alors appelé Gran Coronas Black Label) s’est mesuré, à l’aveugle, à quelques grands vins de Bordeaux lors d’un concours organisé par le réputé magasine français Gault-Millau et… le Mas La Plana a remporté la médaille! Depuis lors, Miguel Torres a contribué à élever la barre de la qualité des vins espagnols. C’est pourquoi l’influent magasine britannique Decanter a attribué à Miguel Torres le titre honorifique de l’Homme de l’Année en 2002. 

Miguel Torres

La première vendange du Mas La Plana s’est faite en 1970. Le vignoble de 29 hectares est maintenant planté exclusivement avec du cabernet sauvignon, bien que le vin, à ses débuts, était assemblé avec un peu de cabernet franc, de grenache (garnacha en espagnol) et de tempranillo.

Pour plus d’information sur le Mas La Plana et les autres vignobles appartenant à la famille Torres, visitez leur site Web à www.torreswines.com.

Notes de dégustation

1998 (42 $ SAQ / 40 $ LCBO) – Affichant une certaine timidité olfactive, le 1998 laisse néanmoins échapper de joyeuses réminiscences de groseille, de canneberge, de poivron, de café et de sirop d’érable. La bouche, pleine et juvénile, révèle une généreuse extraction du fruit et des tanins serrés. On se plaît à imaginer ce que cette cuvée livrera dans une décennie (et plus!) lorsqu’à la fougue de la jeunesse se substituera un grain de sagesse.

1997 (42 $ SAQ) – Le nez de ce ténor évoque les petits fruits des champs, le pain grillé, le cuir et le poivron, le tout entrelacé de soupçons de sucre d’orge et de médicament. Cette folle symphonie se poursuit sur une bouche structurée et gouleyante, encadrée de tanins rebelles et relevée d’une franche acidité. Bien que plusieurs de mes compagnons de dégustation aient jugé son potentiel de vieillissement moindre que son cadet et son aîné d’un an, le 1997 dévoilera sans aucun doute davantage de finesse et de profondeur d’ici quelques années.

1996 – Le 1996 exhale d’intrigantes mais discrètes senteurs de noyau de cerise, de thé vert et d’eucalyptus, rehaussées de tonalités cacaotées et caramélisées. Le boisé encore bien présent et les tanins indisciplinés suggèrent qu’une garde supplémentaire lui serait bénéfique. Dans quelques années, le 1996 se sera suffisamment assagi pour séduire le plus sceptique des palais.

1994 – Doté de parfums de griotte, de torréfaction, de réglisse, de poussière et d’humidité, ce vin de dix ans se termine au palais sur des nuances de cèdre, une pointe d’amertume et des tanins un peu secs. Provenant pourtant d’un millésime favorable pour l’ensemble du Péñedès, le 1994 est néanmoins la cuvée la plus difficile à saisir de la soirée. Le temps dira si ce jugement est final…

1993 (45 $ SAQ) – Le 1993 révèle un bouquet dominé par le noyau de cerise, le thé et le grain de café rôti, parsemé de notes de cuir, d’olive verte et de champignon. Malgré une acidité quelque peu agaçante en attaque, nos papilles gustatives s’humectent toutefois avec plaisir de cette matière juteuse traversée d’un agréable filet tertiaire. En pleine forme, il le restera pendant encore de longues années.

1991 (57 $ SAQ) – Encensée au grain de café torréfié, au poivron grillé, au tabac, au thé, à la prune, à l’olive verte et à l’eucalyptus, la cuvée 1991 se démarque au palais par sa belle maturité, son panache et son penchant minéral qui n’est pas sans rappeler les bordelais. Certains de mes compagnons de dégustation ont trouvé que le 1991 avait perdu sa fougue; d’autres ont apprécié l’expression irréprochable et triomphante du cabernet sauvignon mature.

1989 (56 $ SAQ) – L’âge avancé de ce vin se reflète aussi bien dans sa riche teinte tuilée que dans son bouquet évolué aux émanations de tabac, de cerise macérée, de cuir, de sous-bois et de fer. En bouche, l’attaque reste fraîche malgré un fruit sur le déclin, avec des jolis rappels de boîte à tabac en finale. La structure séduisante, la trame tannique raffinée et la pleine maturité de ce nectar en assurent incontestablement sa pleine jouissance lorsque servi avec des mets fins.

1985 (71 $ SAQ) – Vêtu d’une robe franchement briquée, le 1985 semble infusé à la prune macérée, au tabac, à la terre humide, au foin fumé, au poivron grillé et à la mélasse. En bouche, il se laisse d’emblée apprécier pour sa richesse, sa texture veloutée, ses tanins arrondis et sa finale indéniablement tertiaire, complexe et sensuelle. Voilà un bel exemple du potentiel de vieillissement d’excellent aloi des Mas La Plana.

1981 – Une robe profondément briquée, témoin d’une longue évolution, précède de merveilleux et enveloppants parfums de tabac, de bâton de vanille, de grillé, de fumé et de chocolat noir. Cette incroyable palette aromatique tertiaire, d’une fabuleuse allonge, s’étale sur un palais équilibré, harmonieux et éminemment séduisant. Ce flacon des plus mémorables nous livre l’essence même des Mas La Plana matures et sereins. Travail d’orfèvre et quintessence de l’appellation, la cuvée 1981 démontre incontestablement que les grands vins peuvent conduire à la méditation.

1975 – S’annonçant au visuel par de magnifiques teintes tuilées, le 1975 dévoile un sublime bouquet de torréfaction, de viande fumée, de feuille de tabac séchée, de raisin sec et de café, complexifié par des nuances de réglisse, de poussière de chêne, de sucre brûlé et de sous-bois. Les saveurs, d’une richesse étonnamment extravagante pour un vin de 30 ans, sont encadrées de tanins merveilleusement fondus et d’une structure fabuleusement souple et élégante. Ce nectar offre une dimension additionnelle qui nous ramène au verre encore et encore. Monumental, le 1975 réunit toutes les qualités qu’il faut pour se qualifier de vin d’anthologie. Envoûtant, il restera imprégné très longtemps dans nos mémoires.

Sans vouloir prêcher aux convertis, cette merveilleuse verticale prouve encore une fois que le Mas La Plana se mérite sans conteste l’épithète « grand vin ». Un clin d’oeil au très talentueux Miguel Torres de produire un tel joyau millésime après millésime!

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